‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 126 sur 318 · LE MULET SE VANTANT DE SA GÉNÉALOGIE · texte numérisé non relu

LE MULET SE VANTANT DE SA GÉNÉALOGIE

Le mulet d'un prélat se piquait de noblesse. Et ne parlait incessamment Que de sa mère la jument.

Dont il comptait mainte prouesse.

Elle avait fait ceci, puis avait été là. Son fils prétendait pour cela Qu'on le dût mettre dans l'histoire.

i68 FABLES DE LA FONTAINE

Il eût cru s'abaisser servant un médecin. Étant devenu vieux, on le mit au moulin: Son père l'âne alors lui revint en mémoire.

Quand le malheur ne serait bon Qu'à mettre un sot à la raison, Toujours serait-ce à juste cause Qu'on le dit bon à quelque chose.

LE VIEILLARD ET l'ÂNE

Un vieillard sur son âne aperçut en passant

Un pré plein d'herbe et fleurissant ; Il y lâche sa bête : et le grison se rue

Au travers de l'herbe menue,

Se vautrant, grattant et frottant.

Gambadant, chantant et broutant,

Et faisant mainte place nette.

L'ennemi vient sur l'entrefaite.

Fuyons, dit alors le vieillard.

Pourquoi ? répondit le paillard :

Me fera-t-on porter double bât, double charge ? Non pas, dit le vieillard, qui prit d'abord le large. Et que m'importe donc, dit l'âne, à qui je sois ?

Sauvez-vous, et me laissez paître.

Notre ennemi, c'est notre maître:

Je vous le dis en bon françois.

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