‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 131 sur 318 · LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT · texte numérisé non relu

LE VILLAGEOIS ET LE SERPENT

Ésope conte qu'un manant,

Charitable autant que peu sage,

Un jour d'hiver se promenant

A l'entour de son héritage.

Aperçut un serpent sur la neige étendu. Transi, gelé, perclus, immobile, rendu.

N'ayant pas à vivre un quart d'heure.

Le villageois le prend, l'emporte en sa demeure; Et, sans considérer quel sera le loyer

D'une action de ce mérite.

Il l'étend le long du foyer.

Le réchauffe, le ressuscite.

L'animal engourdi sent à peine le chaud, Que l'âme lui revient avecque la colère. Il lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt. Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père. Ingrat, dit le manant, voilà donc mon salaire! Tu mourras. A ces mots, plein d'un juste courroux. Il vous prend sa cognée, il vous tranche la bête;

Il fait trois serpents de deux coups.

Un tronçon, la queue, et la tête.

L'insecte, sautillant, cherche à se réunir;

Mais il ne put y parvenir.

Il est bon d'être charitable:

Mais envers qui ? c'est là le point.

Quant aux ingrats, il n'en est point Qui ne meure enfin misérable.

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