‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 144 sur 318 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

L'état de notre conscience.

Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons.

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avaient-ils fait ? nulle offense.

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le berger.

Je me dévoûrai donc, s'il le faut: mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi; Car on doit souhaiter, selon toute justice.

Que le plus coupable périsse.

Sire, dit le renard, vous êtes trop bon roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse. Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce, Est-ce un péché? Non, non. Vous leur fîtes, seigneur.

En les croquant, beaucoup d'honneur.

Et quant au berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux.

Étant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire.

Ainsi dit le renard ; et flatteurs d'applaudir.

On n'osa trop approfondir Du tigre, ni de l'ours, ni des autres puissances,

Les moins pardonnables offenses:

Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins. Au dire de chacun, étaient de petits saints. L'âne vint à son tour, et dit: J'ai souvenance

Qu'en un pré de moines passant, La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense,

Quelque diable aussi me poussant, Je tondis de ce pré la largeur de ma langue. Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net. ?

A ces mots on cria haro sur le baudet Un loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue

i88 FABLES DE LA FONTAINE

Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l'herbe d'autrui! quel crime abominable!

Rien que la mort n'était capable D'expier son forfait. On le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou inisérable,

Les iugements de cour vous rendront blanc ou noir.

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