‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 16 sur 318 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

L'athlète avait promis d'en payer un talent :

Mais quand il le vit, le galant N'en donna que le tiers; et dit, fort franchement Que Castor et Pollux acquittassent le reste : Faites-vous contenter par ce couple céleste.

Je vous veux traiter cependant ; Venez souper chez moi : nous ferons bonne vie ;

Les conviés sont gens choisis,

Mes parents, mes meilleurs amis.

Soyez donc de la compagnie.

Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur De perdre, outre son dû, le gré de sa louange.

Il vient: l'on festine, l'on mange.

Chacun étant en belle humeur, Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte Deux hommes demandaient à le voir promptement.

Il sort de table ; et la cohorte

N'en perd pas un seul coup de dent.

Ces deux hommes étaient les gémeaux de l'éloge. Tous deux lui rendant grâce; et, pour prix de ses vers.

Ils l'avertissent qu'il déloge, Et que cette maison va tomber à l'envers.

La prédiction en fut vraie.

Un pilier manque; et le plafond.

Ne trouvant plus rien qui l'étaie.

Tombe sur le festin, brise plats et flacons.

N'en fait pas moins aux échansons.

Ce ne fut pas le pis : car, pour rendre complète

La vengeance due au poète, Une poutre cassa les jambes à l'athlète,

Et renvoya les conviés

Pour la plupart estropiés.

La renommée eut soin de publier l'affaire:

Chacun cria, Miracle! On doubla le salaire

Que méritaient les vers d'un homme aimé des dieux.

Il n'était fils de bonne mère

Qui, les payant à qui mieux mieux,

Pour ses ancêtres n'en fît faire.

Je reviens à mon texte: et dis premièrement Qu'on ne saurait manquer de louer largement Les dieux et leurs pareils : de plus, que Melpomène Souvent, sans déroger, trafique de sa peine ; Enfin, qu'on doit tenir notre art en quelque prix. Les grands se font honneur, dès lors qu'il nous font grâce;

Jadis l'Olympe et le Parnasse

Étaient frères et bons amis.

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