‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 178 sur 318 · LE CHIEN QUI PORTE A SON COU LE DÎNÉ DE SON MAÎTRE · texte numérisé non relu

LE CHIEN QUI PORTE A SON COU LE DÎNÉ DE SON MAÎTRE

Nous n'avons pas les yeux à l'épreuve des belles. Ni les mains à ceHe de l'or:

Peu de gens gardent un trésor Avec des soins assez fidèles.

Certain chien, qui portait la pitance au logis. S'était fait un collier du dîné de son maître. Il était tempérant, plus qu'il n'eût voulu l'être

Quand il voyait un mets exquis ; Mais enfin il l'était: et, tous tant que nous sommes. Nous nous laissons tenter à l'approche des biens. Chose étrange! on apprend la tempérance aux chiens,

Et l'on ne peut l'apprendre aux hommes! Ce chien-ci donc étant de la sorte atourné, Un mâtin passe, et veut lui prendre le dîné.'

Il n'en eut pas toute la joie Qu'il espérait d'abord: le chien mit bas la proie Pour la défendre mieux n'en étant plus chargé.

Grand combat. D'autres chiens arrivent:

Ils étaient de ceux-là qui vivent Sur le public, et craignent peu les coups. Notre chien, se voyant trop faible contre eux

tous, Et que la chair courait un danger manifeste. Voulut avoir sa part: et, lui sage, il leur dit: Point de courroux, messieurs; mon lopin me suffit:

Faites votre profit du reste.

A ces mots, le premier il vous happe un morceau; Et chacun de tirer, le mâtin, la canaille, A qui mieux mieux : ils firent tous ripaille ;

Chacun d'eux eut part au gâteau.

Je crois voir en ceci l'image d'une ville Où l'on met les deniers à la merci des gens.

Echevins, prévôt des marchands,

Tout fait sa main : le plus habile Donne aux autres l'exemple; et c'est un passetemps

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