‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 213 sur 318 · LE GLAND ET LA CITROUILLE · texte numérisé non relu

LE GLAND ET LA CITROUILLE

Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la

preuve En tout cet univers, et l'aller parcourant,

Dans les citrouilles je la trouve. vjj-w>v^ t^.. .

Un villageois, considérant Combien ce fruit est gros et sa tige menue, A quoi songeait, dit-il, l'auteur de tout cela ? Il a bien mal placé cette citrouille-là !

Hé parbleu! je l'aurais pendue

A l'un des chênes que voilà;

C'eût été justement l'affaire:

Tel fruit, tel arbre, pour bien faire. , C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré Au conseil de celui que prêche ton curé; Tout en eût été mieux : car pourquoi, par exemple. Le gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt,

Ne pend-il pas en cet endroit ?

Dieu s'est mépris : plus je contemple Ces fruits ainsi placés, plus il semble à Garo

Que l'on a fait un quiproquo.

Cette réflexion embarrassant notre homme : On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit. Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. Un gland tombe : le nez du dormeur en pâtit. Il s'éveille; et portant la main sur son visage,

Il trouve encor le gland pris au poil du menton. Son nez meurtri le force à changer de langage : Oh! oh! dit-il, je saigne! Et que serait-ce donc S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde,

Et que ce gland eût été gourde ?

Dieu ne l'a pas voulu: sans doute il eut raison;

J'en vois bien à présent la cause.

Et louant Dieu de toute chose

Garo retourne à la maison.

l'écolier, le pédant, et le maître d'un jardin

Certain enfant qui sentait son collège.

Doublement sot et doublement fripon Par le jeune âge et par le privilège Qu'ont les pédants de gâter la raison, Chez un voisin dérobait, ce dit-on.

Et fleurs et fruits. Ce voisin en automne Des plus beaux dons que nous offre Pomone Avait la fleur, les autres le rebut.

Chaque saison apportait son tribut:

Car au printemps il jouissait encore

Des plus beaux dons que nous présente Flore. Un jour dans son jardin il vit notre écolier, Qui, grimpant sans égard sur un arbre fruitier, Gâtait jusqu'aux boutons, douce et frêle espérance, Avant-coureurs des biens que promet l'abondance: Même il ébranchait l'arbre ; et fit tant à la fin

Que le possesseur du jardin Envoya faire plainte au maître de la classe. Celui-ci vint suivi d'un cortège d'enfants: Voilà le verger plein de gens

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