‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 219 sur 318 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

l'huître et les plaideurs

Un jour deux pèlerins sur le sable rencontrent Une huître, que le flot y venait d'apporter: Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent; A l'égard de la dent il fallut contester. L'un se baissait déjà pour ramasser la proie; L'autre le pousse, et dit : Il est bon de savoir

Oui de nous en aura la joie.

Celui qui le premier a pu l'apercevoir En sera le gobeur; l'autre le verra faire.

Si par là l'on juge l'affaire, Reprit son compagnon, j'ai l'œil bon, Dieu merci.

Je ne l'ai pas mauvais aussi.

Dit l'autre, et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. Eh bien, vous l'avez vue; et moi je l'ai sentie.

Pendant tout ce bel incident, Perrin Dandin arrive: ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre l'huître et la gruge.

Nos deux messieurs le regardant.

Ce repas fait, il dit, d'un ton de président: Tenez, la cour vous donne à chacun une écaille, Sans dépens; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille.

Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles: Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui, Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.

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