‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 223 sur 318 · JUPITER ET LE PASSAGER · texte numérisé non relu

JUPITER ET LE PASSAGER

Oh! combien le péril enrichirait les dieux,

Si nous nous souvenions des vœux qu'il nous fait

faire!

Mais, le péril passé, l'on ne se souvient guère

De ce qu'on a promis aux cieux; On compte seulement ce qu'on doit à la terre. Jupiter, dit l'impie, est un bon créancier;

Il ne se sert jamais d'huissier.

Eh! qu'est-ce donc que le tonnerre?

Comment appelez- vous ces avertissements ?

Un passager pendant l'orage Avait voué cent boeufs au vainqueur des Titans. Il n'en avait pas un: vouer cent éléphants

N'aurait pas coûté davantage.

11 brûla quelques os quand il fut au ri\'age. Au nez de Jupiter la fumée en monta.

Sire Jupin, dit-il, prends mon vœu: le voilà: C'est un parfum de bœuf que ta grandeur respire. La fumée est ta part: je ne te dois plus rien.

Jupiter fît semblant de rire:

Mais, après quelques jours, le dieu l'attrapa bien.

28o FABLES DE LA FONTAINE

Envoyant un songe lui dire Qu'un te] trésor était en tel lieu. L'homme au vœu

Courut au trésor comme au feu.

Il trouva des voleurs; et n'ayant dans sa bourse Qu'un écu pour toute ressource, Il leur promit cent talents d'or, Bien comptés, et d'un tel trésor:

On l'avait enterré dedans telle bourgade. L'endroit parut suspect aux voleurs; de façon Qu'à notre prometteur l'un dit: Mon camarade, Tu te moques de nous; meurs, et va chez Pluton Porter tes cent talents en don.

Page 1