LE TRÉSOR ET LES DEUX HOMMES
Un homme n'ayant plus ni crédit ni ressource,
Et logeant le diable en sa bourse,
C'est-à-dire n'y logeant rien,
S'imagina qu'il ferait bien De se pendre, et finir lui-même sa misère, Puisqu'aussi bien sans lui la faim le viendrait faire :
Genre de mort qui ne duit pas A gens peu curieux de goûter le trépas. Dans cette intention, une vieille masure Fut la scène où devait se passer l'aventure: Il y porte une corde, et veut avec un clou Au haut d'un certain mur attacher le licou.
La muraille, vieille et peu forte, S'ébranle aux premiers coups, tombe avec un ^ésor. Notre désespéré le ramasse, et l'emporte; Laisse là le licou, s'en retourne avec l'or. Sans compter: ronde ou non, la somme plut au
sire.
Tandis que le galant à grands pas se retire. L'homme au trésor arrive, et trouve son argent
Absent.
Quoi! dit-il, sans mourir je perdrai cette somme! Je ne me pendrai pas! Eh! vraiment si ferai.
Ou de corde je manquerai.
Le lacs était tout prêt, il n'y manquait qu'un
homme :
Celui-ci se l'attache, et se pend bien et beau.
Ce qui le consola, peut-être.
Fut qu'un autre eût, pour lui, fait les frais du cordeau.
Aussi bien que l'argent le licou trouva maître. L'avare rarement finit ses jours sans pleurs: Il a le moins de part au trésor qu'il enserre,
Thésaurisant pour les voleurs,
Pour ses parents, ou pour la terre.
Mais que dire du troc que la Fortune fit ? Ce sont là de ses traits; elle s'en divertit: Plus le tour est bizarre, et plus elle est contente.
Cette déesse inconstante
Se mit alors en l'esprit
De voir un homme se pendre :
Et celui qui se pendit
S'y devait le moins attendre.