LIVRE DOUZIÈME
LE CHAT ET LES DEUX MOINEAUX À M, le duc de Bourgogne
Un chat, contemporain d'un fort jeune moineau,
Fut logé près de lui dès l'âge du berceau :
La cage et le panier avaient mêmes pénates.
Le chat était souvent agacé par l'oiseau:
L'un s'escrimait du bec; l'autre jouait des pattes.
Ce dernier toutefois épargnait son ami,
Ne le corrigeant qu'à demi :
Il se fût fait un grand scrupule
D'armer de pointes sa férule.
Le passereau, moins circonspect,
Lui donnait force coups de bec.
En sage et discrète personne,
Maître chat excusait ces jeux:
Entre amis il ne faut jamais qu'on s'abandonne
Aux traits d'un courroux sérieux. Comme ils se connaissaient tous deux dès leur bas
âge, Une longue habitude en paix les maintenait ; Jamais en vrai combat le jeu ne se tournait:
Quand un moineau du voisinage S'en vint les visiter, et se fît compagnon Du pétulant Pierrot et du sage Raton.
Entre les deux oiseaux il arriva querelle;
Et Raton de prendre parti:
Cet inconnu, dit-il, nous la vient donner belle,
D'insulter ainsi notre ami!
Le moineau du voisin viendra manger le nôtre !
Non, de par tous les chats! Entrant lors au
combat, Il croque l'étranger. Vraiment, dit maître chat. Les moineaux ont un goût exquis et délicat ! Cette réflexion fit aussi croquer l'autre.
Quelle morale puis-je inférer de ce fait? Sans cela, toute fable est un œuvre imparfait. J'en crois voir quelques traits; mais leur ombre
m'abuse.
Prince, vous les aurez incontinent trouvés : Ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma
muse; Elle et ses sœurs n'ont pas l'esprit que vous avez.