LIVRE DOUZIÈME
A les ouïr, tout le monde, Toute la machine ronde Roulait sur les intérêts De quatre méchants marais.
Cette plainte téméraire Dure toujours: et pourtant Grenouilles doivent se taire, Et ne murmurer pas tant ; Car si le soleil se pique.
Il le leur fera sentir; La république aquatique Pourrait bien s'en repentir.
l'hyménée et l'amour
À LL. AA. SS. mademoiselle de Bourbon et M. le prince de Conti
Hymémée et l'Amour vont conclure un traité Qui les doit rendre amis pendant longues années:
Bourbon, jeune divinité, Conti, jeune héros, joignent leurs destinées. Condé l'avait, dit-on, en mourant souhaité: Ce guerrier, qui transmet à son fils en partage Son esprit, son grand cœur, avec un héritage Dont la grandeur non plus n'est pas à mépriser. Contemple avec plaisir de la voûte éthérée Que ce nœud s'accomplit, que le prince l'agrée. Que Louis aux Condé ne peut rien refuser. Hyménée est vêtu de ses plus beaux atours : Tout rit autour de lui, tout éclate de joie. Il descend de l'Olympe, environné d'Amours
Dont Conti doit être la proie;
Vénus à Bourbon les envoie.
Ils avaient l'air moins attrayant Le jour qu'elle sortit de l'onde, Et rendit surpris notre monde De voir un peuple si brillant.
Le chœur des muses se prépare:
On attend de leurs nourrissons Ce qu'un talent exquis et rare Fait estimer dans nos chansons.
Apollon 5^ joindra ses sons.
Lui-même il apporte sa lyre.
Déjà l'amante de Zéphyre Et la déesse du matin Des dons que le printemps étale Commencent à parer la salle Où se doit faire le festin.
O vous pour qui les dieux ont des soins si pressants, Bourbon, aux charmes tout-puissants.
Ainsi qu'à l'âme toute belle; Conti, par qui sont effacés Les héros des siècles passés; Conservez l'un pour l'autre une ardeur mutuelle. Vous possédez tous deux ce qui plaît plus d'un
jour, Les grâces et l'esprit, seuls soutiens de l'amour. Dans la carrière aux époux assignée, Prince et princesse, on trouve deux chemins: L'un de tiédeur, commun chez les humains; La passion à l'autre fut donnée.
N'en sortez point, c'est un état bien doux, Mais peu durable en notre âme inquiète: L'amour s'éteint par le bien qu'il souhaite; L'amant alors se comporte en époux.