‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 39 sur 318 · LE LIÈVRE ET LES GRENOUILLES · texte numérisé non relu

LE LIÈVRE ET LES GRENOUILLES

Un lièvre en son gîte songeait (Car que faire en un gîte, à moins que Ton ne

songe ?) Dans un profond ennui ce lièvre se plongeait :

Cet animal est triste, et la crainte le ronge.

Les gens de naturel peureux

Sont, disait-il, bien malheureux!

Ils ne sauraient manger morceau qui leur profite: Jamais un plaisir pur; toujours assauts divers. Voilà comme je vis: cette crainte maudite M'empêche de dormir sinon les yeux ouverts. Corrigez-vous, dira quelque sage cervelle.

Eh ! la peur se corrige-t-elle ?

Je crois même qu'en bonne foi

Les hommes ont peur comme moi.

Ainsi raisonnait notre lièvre,

Et cependant faisait le guet.

Il était douteux, inquiet; Un souffle, une ombre, un rien, tout lui donnait la fièvre,

Le mélancolique animal,

En rêvant à cette matière.

Entend un léger bruit : ce lui fut un signal

Pour s'enfuir devers sa tanière.

Il s'en alla passer sur le bord d'un étang. Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes; Grenouilles de rentrer en leurs grottes profondes.

Oh! dit-il, j'en fais faire autant

Qu'on m'en fait faire! Ma présence Effraie aussi les gens! Je mets l'alarme au camp!

Et d'où me vient cette vaillance ?

Comment! des animaux qui tremblent devant moi!

Je suis donc un foudre de guerre !

Il n'est, je le vois bien, si poltron sur la terre, Qui ne puisse trouver un plus poltron que soi.

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