‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 42 sur 318 · LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON · texte numérisé non relu

LE PAON SE PLAIGNANT A JUNON

Le paon se plaignait à Junon:

Déesse, disait-il, ce n'est pas sans raison

Que je me plains, que je murmure;

Le chant dont vous m'avez fait don

Déplaît à toute la nature:

Au heu qu'un rossignol, chétive créature, Forme des sons aussi doux qu'éclatants,

Est lui seul l'honneur du printemps.

Junon répondit, en colère:

Oiseau jaloux, et qui devrais te taire, Est-ce à toi d'envier la voix du rossignol. Toi que l'on voit porter à l'entour de ton col Un arc-en-ciel nué de cent sortes de soies ;

Qui te panades, qui déploies Une si riche queue et qui semble à nos yeux

La boutique d'un lapidaire ?

Est-il quelque oiseau sous les cieux

Plus que toi capable de plaire ?

Tout animal n'a pas toutes propriétés.

Nous vous avons donné diverses qualités: Les uns ont la grandeur et la force en partage ; Le faucon est léger, l'aigle plein de courage.

Le corbeau sert pour le présage.

La corneille avertit des malheurs à venir.

Tous sont contents de leur ramage.

Cesse donc de te plaindre ; ou bien, pour te punir,

Je t'ôterai ton plumage.

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