‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 44 sur 318 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Pour cette fois, elle accourut à point ;

Car ayant changé de figure,

Les souris ne la craignaient point.

Ce lui fut toujours une amorce:

Tant le naturel a de force !

Il se moque de tout: certain âge accompli Le vase est imbibé, l'étoffe a pris son pli.

En vain de son train ordinaire

On le veut désaccoutumer:

Quelque chose qu'on puisse faire,

On ne saurait le réformer.

Coups de fourches ni d'étrivières

Ne lui font changer de manières ;

Et, fussiez-vous embâtonnés.

Jamais vous n'en serez les maîtres.

Qu'on lui ferme la porte au nez,

Il reviendra par les fenêtres.

LE LION ET l'Âne chassant

Le roi des animaux se mit un jour en tête

De giboyer. Il célébrait sa fête.

Le gibier du hon, ce ne sont pas moineaux. Mais beaux et bons sanghers, daims et cerfs bons et beaux.

Pour réussir dans cette affaire.

Il se servit du ministère

De l'âne, à la voix de Stentor.

L'âne à messer lion fit office de cor. Le lion le posta, le couvrît de ramée. Lui commanda de braire, assuré qu'à ce son Les moins intimidés fuiraient de leur maison.

Leur troupe n'était pas encore accoutumée

A la tempête de sa voix; L'air en retentissait d'un bruit épouvantable: La frayeur saisissait les hôtes de ces bois ; Tous fuyaient, tous tombaient au piège inévitable

Où les attendait le lion.

N'ai-je pas bien servi dans cette occasion? Dit l'âne en se donnant tout l'honneur de la chasse. Oui, reprit le lion; c'est bravement crié: Si je ne connaissais ta personne et ta race,

J'en serais moi-même effrayé.

L'âne, s'il eût osé, se fût mis en colère, En cor qu'on le raillât avec juste raison. Car qui pourrait souffrir un âne fanfaron ?

Ce n'est pas là leur caractère.

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