‹ Fables. Préf. de Julees ClaretieChapitre 68 sur 318 · LIVRE QUATRIÈME m · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME m

Et belle hure outre cela.

Voici comment il en alla.

Un lion de haut parentage, En passant par un certain pré, Rencontra bergère à son gré :

Il la demande en mariage.

Le père aurait fort souhaité Quelque gendre un peu moins terrible.

La donner lui semblait bien dur; La refuser n'était pas sûr:

Même un refus eût fait, possible.

Qu'on eût vu quelque beau matin Un mariage clandestin ; Car, outre qu'en toute manière La belle était pour les gens fiers.

Fille se coiffe volontiers D'amoureux à longue crinière.

Le père donc ouvertement N'osant renvoyer notre amant, Lui dit : Ma fille est délicate ; Vos griffes la pourront blesser Quand vous voudrez la caresser.

Permettez donc qu'à chaque patte On vous les rogne; et pour les dents.

Qu'on vous les lime en même temps:

Vos baisers en seront moins rudes, Et pour vous plus délicieux, Car ma fille y répondra mieux Étant sans ces inquiétudes.

Le lion consent à cela:

Tant son âme était aveuglée!

Sans dents ni griffes le voilà, Comme place démantelée.

On lâcha sur lui quelques chiens :

Il fit fort peu de résistance.

Amour ! Amour ! quand tu nous tiens. On peut bien dire: Adieu prudence!

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