‹ Fables sénégalaisesChapitre 9 sur 44 · FA.BLE VIL · texte numérisé non relu

FA.BLE VIL

,V CHKVRF, ET LA

brebis

Une Chèvre pétulante Trottait, bondissait, courait,

Capricieuse , bruyante ,

De la plaine verdoyante A la côte , à la forêt.

„Quoi ! nul repos ! Quel démon-vous tourmente.

Lui dit un jour la tranquille Brebis.

Pourquoi sans cesse agiter votre vie?

Nous avons dans la prairie

ne l’herbe fraîche, un pâturage exquis;

Broutez en paix; buvez à la fontaii ,

Faites l’amour , sans amoureuse peine ,

rl’nrtf* haleine.

C’est mon régime, et je m’en trouve bien.

— « Certes, ce n’est pas le mien.

Je hais la monotonie;

Pour moi, dormir c’est mourir.

J’aime à m’agiter, courir;

Pour bien jouir de la vie.

Je l’use dans tous les sens,

J’en poursuis, j’en multiplie Les trop fugitifs instans.

— « Mais, ma chère, c’est folie ;

Si vous saviez les charmes du repos,

Le doux plaisir de la mélancolie ,

Vous changeriez de propos. »

— « Plaise au ciel que je l’ignore !

Je bondis dans cet espoir.

Adieu , cousine , au revoir. »

La Chèvre, parlant encore,

S’enfuit vite et disparaît.

La Brebis, d’un air distrait,

Reste long-temps béante sur la grève,

Le cou tendu comme un mouton qui rêve.

Selon le naturel et le tempérament,

Le bonheur pour chacun diffère.

La raison le calcule en vain comme une affaire ; Il a son premier élément Dans la trempe du caractère ,

Il est tout relatif et tout de sentiment.

SENEGALAISES.

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