LE LIÈVRE (') AVEUGLE
Uif Lièvre était aveugle de naissance ;
Il vivait de charité (a).
Tout confiant dans la Divinité,
« De Dieu j'attends l'assistance (3), »
Disait-il chaque matin ; Et toujours la Providence Dnignaic pourvoir à sa soif, à sa faim.
:> Sinj^ en prit jalousie.
• 'V.'»», dît-il, par quel moyen, nib industrie, 'lujuor de rien.
'»- n-iâ vie.
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£t ne mange pas toujours.
Comment faites-vous ?» — « Je prie ;
De Dieu j'attends les secours. »
— « C'est un métier fait pour plaire,
Reprit notre paresseux;
Il me conviendrait au mieux;
Troquons ensemble nos yeux :
Avec les miens «tous verrez la lumière; Moi, je renonce à la clarté des cieux ,
£t je vivrai sans rien faire. »
Marché conclu^ — Notre aveugle nouveau Étudia son rôle et sa prière (4).
Le premier jour il vécut à gogo.
Le lendemain notre tête légère Oublia tout, reprit son caractère; Sans employer la formule ordinaire y Il dit à Dieu, jurant comme un païen :
'*'<»ii , donne-moi. . . » — Dieu ne lui donna rien (5).
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1 , un mouton ; les
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autres de belles pagnes fiu des objets pr^i«iix; mais il ne d^daigbalt pas de recevoir da pauvre la plus petite mesure de mil.
(3) Da Dicn j'iCtendi l'iuisUnce.
La résignation aux d^rels de la Providence, conséquence ordinaire du dogme du fatalisme, est la l>Me de la crojance et du canclère des Sénégalais. Comme tom les Blabom^tans, ils pensent que l'homme De peut rien sur st destinée ; que , sans force pour oiriger les événemens de sa vie, il doit attendre pasàvement les effets de la volonté divine , cause unique de tous les biens et de tous les maux. De là , le défaut de prudence, l'iDsoiiciance, l'inertie qu'on reproche avec raison aux sectateurs de l'Islamisme , et notamnwnt aux nègres du Sénégal. Parle-t-OD de l'avenir? Dûu jr pourvoira; c'est toujours leur réponse; à toolet leurs phrases ils ajoutent le: s'il plaît à Dieu; ■\< 'I leur .11'i'ive un malheur, il ne leur il inilie exclamation que celle-ci : Dieu
une conduite sage et relivatiôn des pratiques supers-
titieuses. Ce sont eux qui appellent à la prière avant le jour. En quêtant, ils chantent, ou plutôt ils psalmodient des versets du Koran, de même que nos mendians récitent des prières.
(5) « Dieu , donne-moi ...» — Dieu ne lui donna rien.
Cette fable entre bien dans les mœurs, dans le caractère, dans la religion des Sénégalais; mais elle montre tant d*intoIérance et de-dureté, qu'on peut l'attribuer à quelque marabout. Il est vrai que généralement les croyons y qui se piquent d'une grande sëvëritë , d'une rigoureuse exactitude dans les pratiques religieuses, dédaignent et condamnent les fables comme des amusemens profanes. Mais , puisque nous avons eu tant d'abbës chansonniers ou auteurs dramatiques , pourquoi les nègres n'auraient- ils pas des marabouts fabulistes ? Pourquoi , d'ailleurs , les diverses religions ne s'empareraient-elles pas d'un moyen si efficace d'occuper, de gagner les esprits? Si l'on veut, excuser un tel rapprochement , qu'est-«e donc que les paraboles? des fables d'un ordre supérieur.
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