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FABLE XIV

Dans ce fameux pays de Quinpercorantin ,

Où l’on reste le soir en partant le matin ,

Un pauvre agriculteur perdait ses équipages , Des chevaux a tous les voyages ;

C’était vraiment un Océan nouveau;

Des trous profonds, toujours plein d’eau, Trompaient le monde ;

On n’y marchait qu’avec la sonde.

On essayait de l’un et l’autre côté.

Mais on n’était ni plus ni moins crotté.

Alors le laboureur, tout près de sa ruine,

Dit : Il n’est qu’un moyen d’éviter la famine ; Employons quelques jours

A tenter ce dernier secours.

C’est d’égoutter les eaux et de paver la voie ;

Si ma bourse y suffit, j’en aurai grande joie.

Alors tout ira mieux.

Les temps seront peut-être plus heureux.

C’est dit, c’est fait; mais plus rien dans la bourse, Voila notre homme sans ressource,

Forcé de vendre son manoir.

Chacun est étonné de voir Le successeur y fixer la fortune ;

C’est cependant chose commune :

Le premier ne fait rien que boucher tous les trous. Son vœu se borne a joindre les deux bouts;

Puis il arrive un imbécille,

Comme en voit neuf cents sur mille.

Qui, trouvant sur le sol tous les arbres greffés.

Les deux pieds bien chauffés ,

Se couche sans soucis , content de ses affaires ,

Qui, malgré lui, sont toutes claires;

Il passe encor pour un homme d’esprit.

L’autre est un songe-creux qui tomba de son lit ;

On lui jette encor plus de pierres Qu’on ne dit pour lui de prières.

Qui ne réussit pas a tous les yeux, a tort; Mais il aura raison une heure après sa mort.

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