FABLE LIX
Comme il n’est rien de pur en cette pauvre vie;
Je crois voir une tache a la philantropie.
Un duc apprend que son fermier,
Dans un temps de pénurie,
Se propose de charrier Dix sacs de grains a la mairie Pour les malheureux du canton Portant le sac et le bâton.
Il court a lui, et lui dit : « Mon cher maître,
» Vous êtes gëne'reux, et c’est fort bien de l’être;
» Mais craignez d’établir le taux » Où l’on fixera vos impôts ;
» Sur la fortune prësume'e,
». La ge'nérosité doit être de'sarmce
( îoo )
3) Par l'intérêt de vos enfants,
33* Et vous les taxez pour cent ans. »
Le métayer le remercie,
Et ne va pas porter son bled a la mairie.
Le duc, dès le lendemain,
Fait acheter, sur le marché, du grain;
Il embellit la bienfaisance De la faveur de sa présence;
Ce noble orgueil, plus d’une fois cité.
Se fond en popularité;
Il secoue une main, frappe sur une épaule,
Et content de son rôle,
Pour le faire lui-même, il empêcha le bien;
Comptons sa franchise pour rien,
Mais pour beaucoup le désir d’être utile;
De fermiers généreux je lui voudrais un mille.
On est jaloux du bien que fait autrui :
On voudrait être lui:
Seul cas où je trouve en la vie Des attraits a la jalousie.
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