FABLE LXXXVIII
A quatre pas de leurs mamans Deux jeunes filles de quinze ans Cueillaient les roses les plus belles.
L’une de ces deux demoiselles Changeait son travail en plaisir; C’était moissonner, non cueillir.
Le papillon allait moins vite Que la petite;
L’oeil a peine suivait ses pas ;
Mais point de roses sans épines ; Elle se déchira le bras,
Et sur les roses purpurines Son sang coula ; le même tour Arriva jadis a l’amour.
De son côté sa jeune amie Appelait la prudence au secours de l’envie , Passait les doigts légèrement Sur le rosier contre elle hérissé vainement ; Sa main se tenait toujours prête A la retraite.
Enfin si son bouquet Ne fut pas si tôt fait ,
Elle sortit de cette affaire Avec les honneurs de la guerre.
Cependant la douleur
Loin d’un bal projeté retint sa pauvre sœur, Et sa maman lui dit du ton de la tendresse:
— Quand on fait tout avec fureur,
La gaîté se change en tristesse ,
Et le plaisir qui fuit fait place a la douleur.