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FABLE XCIII

Un jeune homme mordu par un chien enragé Se refusait a boire.

Aimable et bon, a ce que dit l’histoire,

De vingt ans il était âgé;

Il se mourait, le mal était extrême Sans l'heureux stratagème Dont s’avisa son médecin,

Homme d’esprit, de sens, un autre Marjolin, Qui, sans l’envoyer a confesse,

Du malade en secret va trouver la maîtresse Et lui dit :

Vite au lit;

Votre amant a besoin de terribles secousses. Mélancolie est a ses trousses ;

Je préfère le désespoir,

Il est d’un plus beau noir.

Je lui dirai que sa chère Euphrosine,

Malgré toute la médecine,

A jeun depuis trois jours,

Ne veut rien prendre qu’il n’en prenne.

— Mais cela lui fera trop de peine.

— Renoncez a lui pour toujours.

Ah dieux! — Allons donc qu’on s’empresse Vous seule décidez de son sort aujourd’hui;

Un amant fait pour sa maîtresse Ce qu’il ne ferait pas pour lui.

Couchez-vous, je reviens dans une heure; Qu’on tousse, crache et qu’on se meure.

Il retourne a notre enragé.

Qu’il trouve dans un coin de soucis tout rongé; Il prend sa main, la tient, le regarde en silence Il l’effraye déjà par un air d’importance;

Puis, affectant l’accent du désespoir:

Yous aimez Euphrosine, eh bien venez la voir; Il en est temps . que votre voix l’éclaire,

Dans sa gorge aujourd’hui se déchire un ulcère.

J’ai préparé la potion Qui réduirait cette inflammation ;

Il faut que d’heure en heure Le gosier soit humide ou qu’Euphrosine meure ; C’est un mal Implacable et fatal.

Euphrosine mourir! dit l’amant tout en larmes,* Courons. — Hélas! dit Gallien,

Il n’est, mon cher, qu’un seul moyen.

C’est votre malheureuse histoire,

Oui c’est votre humeur grise ou noire;

Elle répète a tous

Qu’elle aime mieux mourir que boire plus que vous.

Ah! docteur, ah! courons chez Euphrosine; Dites-lui que ma crainte est une pantomime.

Elle boira, mon cher.

Je veux boire a ses yeux. Ah! je boirai la mer.

La belle suit le bon exemple;

Le malade qui la contemple,

Boit et reboit a sa santé

Comme au fort de l’ëté.

On débute par la bourache.

On arrive au vin de grenache,

Et, comme aux pays des amoureux,

L’un ne va pas sans l’autre ; ils guérissent tous deux,

S’analiser, s’aimer soi-même,

Est dangereux dans mon système.

Il faut, pour être heureux,

Aux sentimens consacrer tous ses vœux;

Dans l’amitié, l’amour ou la reconnaissance.

Il faut fondre son existence.

Qui sait bien oublier ses maux Neutralise tous les fléaux,

Et l’heureux docteur d’Euphrosine Est encor l’amitié plus que la médecine.

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