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HISTOIRE DE LA PRINCESSE LACUNE

Avant qu'on eût inventé l'écriture, par conséquent avant l'établissement de la grande Poste, il existoit une princesse qu'on nommoit la Princesse Lacune ; elle ne savoit pas écrire, parce qu'on n'écrivoit pas alors, comme je l'ai déjà dit, et de là on peut conclure qu'elle ne savoit pas lire.

Elle avoit une mère et tout au moins un

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père qui, heureusement pour eux et pour elle, la gênoient beaucoup. Je dis heureusement, parce que la gêne et la contrainte forment le plaisir des mères et le bonheur des filles : le plaisir des mères, parce que c'est un droit d'autorité qui leur rend la sagesse supportable ; le bonheur des filles, parce que cela leur donne une occasion d'exercer leur esprit et d'attraper leurs mères.

Il est louable que les unes reprennent, il est juste que les autres trompent. L'aigreur fait la dignité des vieilles, la supercherie fait l'agrément des jeunes; tout est établi dans le monde pour le bien de Tordre.

Voilà donc le lecteur instruit que le Roi et la Reine rendoient malheureuse la Princesse Lacune. Elle étoit fort amoureuse d'un joli Prince, qui étoit le pot-pourri de la Cour; on l'appeloit le Prince Sous-entendu : la Reine ne vouloit pas qu'il rendit visite à la Princesse, de peur qu'il ne lui portât à la tête, ce qui peut tirer à conséquence. Mais les ordres de l'amour sont mieux exécutés que les défenses des mères.

Le Prince étoit triste, quoiqu'il eût grande attention de sourire toujours. Toute la Cour le croyoit amusant, mais son sourire n'étoit qu'un ennui sous-entendu. Il mettoit de la finesse à tout : rencontroit-il une femme, il lui disoit : En vérité vous êtes adorable, et je n'en veux pas dire davantage. Trouvoit-il un fat, il l'em-

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brassoit en lui criant : Mais rends-moi donc raison de cela ; tu as les yeux bien battus ; et

je parie que

Il n'est pas étonnant qu'avec autant d'esprit il eût tourné la tête de Lacune : lorsque par hasard ils se rencontroient, ils se trouvoient beaucoup d'esprit ; comment auroit-elle pu ne pas être persuadée par quelqu'un qu'elle ne comprenoit jamais?

Princesse, lui dit-il un jour, vos yeux sont

bien vifs, je ne puis y fixer les miens que

Vous devinez le reste. — Prince, lui répliquat-elle, vous pensez toujours avec délicatesse ; aussi je vous vois avec un plaisir véritable.

car — Ah! quel bonheur pour moi! reprit

le Prince, transporté. Permettez que je vous prenne la main, et —Ah! finissez, Seigneur, poursuivit la Princesse avec une voix émue ; parce que je vous ai donné mon cœur.

faut-il ?

Le Prince continua, la Princesse répliqua ; il pressa, elle s'attendrit ; il cessa de parler, elle se tut : tout le reste est sous-entendu.

Quelques heures après, ne sachant plus que faire, la Princesse prit un petit morceau de crayon, et fit sans distraction plusieurs points différens. Que faites-vous, Princesse? lui dit Sous-entendu. — Je m'occupe toujours de notre amour, répondit-elle, je fais des sous-entendus. Voyez ce point-là ; je veux qu'il signifie : Mon cher Prince, m'aimez-vous? — Aussitôt le Prince

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s'écria : Si je vous aime, ô Dieu! — Cette réponse, dit la Princesse, doit avoir pour marques deux points différens. Le premier point marquera la première partie: Si je vous aime; la dernière partie, qui est : ô Dieu ! sera marquée par ce point-ci. ! — Ah ! que d'esprit! dit le Prince; nous pourrons par ce moyen nous entendre sans nous parler. — Oui, dit la Princesse, beaucoup mieux que lorsque nous nous parlons ; il ne s'agit que de convenir de nos faits. Voici une petite marque que nous appellerons une virgule, ; cela voudra dire une proposition ; la réponse, qui, tant que vous m'aimerez, sera oui, aura pour marque un point sur la virgule ; s'il arrive que nous nous fassions des reproches, car l'amour délicat en a toujours à faire, ils seront notés par ce pointci, que nous nommerons le point aigu. On fera éclater sa sensibilité par un autre point, qu'on peut appeler le point de douleur. Lorsque nous voudrons dire du mal de nos parens, nous nous servirons de cédilles pour faire des allusions. Ces deux marques ( ), ainsi placées, indiqueront un tète-à-tête en dénotant qu'on est séparé des autres ; ce sera une parenthèse. Le point admiratif en sera une suite nécessaire ; et ce moment, dit-elle en rougissant, que malgré moi vous avez su amener, sera dépeint par le point circonflexe.

A l'égard des mots qui ne signifient rien, convenons qu'ils seront rendus par ces marques « »,

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auxquelles nous donnerons le nom de guillemets.

Voilà pourquoi on s'en sert pour marquer les harangues. Ah ! qu'il y a d'Ambassadeurs dans le monde, à commencer par MM. les Echevins, qui sont de vrais guillemets !

C'est ainsi que le Prince et la Princesse parvinrent à se voir et à tromper le Roi et la Reine. Ce fut là ce qui donna la première idée de l'écriture; on la doit à P Amour. La plume dont on s'est servi fut tirée de ses ailes. Toutes ces lignes, en points différens, furent appelées lacunes, du nom de la Princesse; et voilà le contresens dans lequel les Auteurs tombent indignement. Ils mettent leurs lacunes en poins fixes; ils croient que cela ne veut rien dire, et cela dit trop. Ils sont souvent bien plus énergiques en ne faisant que des lacunes. Je ne veux, pour preuve infaillible des choses fortes que renferme la lacune, que tous ces petits points dont les poètes séparent les mots d'un vers qui exprime l'incertitude, le trouble, la tendresse et la terreur ; Corneille en a plusieurs ; P Auteur de Radamisthe en est plein ; on en trouve beaucoup dans Mérope ; tout le cinquième acte d'Armide en est semé ; on en voit les plus heureuses dans le Comte d'Essex, et celle-ci surtout, lorsque Salisbury veut dire à Elisabeth :

Vous perdez dans le comte Le plus grand

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Elisabeth répond :

Je le sais, et le sais à ma honte.

Preuve que les lacunes disent beaucoup, puisqu'il n'y a que « le plus grand » qui s'y trouve. Ah ! si je fais jamais un ouvrage pour le Public, je veux qu'il soit en lacunes ; et les chars de la ville auroient été bien moins critiqués, s'ils y avoient été aussi.

SIXIEME CHAR qui n'a pas paru

Par un Auteur qui ne paroîtra jamais.

On croit pouvoir dire, sans flatter le Public, qu'aucun des autres n'approchoit de la magnificence superbe de celui-ci . C'étoit le Char des Mariages. La Ville, toujours occupée de se peupler, avoit jugé digne de sa prudence de faire faire des sujets pour les maîtres qu'on nous prépare. Cent demoiselles, presque toutes filles des quatre principaux quartiers de Paris, avoient été mariées des libéralités de la ville : ces heureux couples, unis sous de si favorables auspices, ne pouvoient manquer de faire des fortunes proportionnées. La satisfaction peinte sur leur physionomie se communiquoit plus

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aisément, qu'il y avoit une multitude de concours attiré par la curiosité d'une fête si intéressante; c'est ce qui les avoit fait placer sur les deux côtés du Char, à cause de la vue. Mille chaînes de fleurs, galamment entrelacées en guirlandes, sembloient les attacher les uns aux autres, à peu près comme Ton unit les particuliers qui se destinent au service de mer1.

Une table magnifiquement servie tenoit le milieu du Char, et sembloit n'être que le repas de la noce, quoiqu'elle fût destinée à l'événement le plus éclatant de la journée.

Tout le monde sait que la poudre, bien maniée, peut diriger à point nommé les effets du mouvement qu'elle imprime aux corps, qui, en la comprimant, sont devenus susceptibles de toute la force de son élasticité : ainsi je juge, sans vous flatter, ami Lecteur, que vous devinez que le double fond du Char étoit rempli de poudre, disposée avec tant d'art par une personne consommée dans l'artillerie dès la dernière guerre, qu'en y mettant le feu, elle devoit enlever, à hauteur des toits ordinaires des maisons, toutes les viandes contenues dans le Char, qui, décrivant chacune leurs paraboles particulières, en raison de leur gravitation différente, seroient tombées à différentes distances dans toute la superficie des places publiques,

i. On a usé de cette périphrase pour éviter le mot de galérien, qui auroit pu rappeler au Lecteur des idées peu gracieuses pour une réjouissance.

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pour y présenter des rafraîchissements aux Spectateurs.

Les peintures du Char étoient dignes de ses autres ornements. Sur un fond gros bleu, négligemment glacé de couleur de rose, on avoit peint, en argent ou en or, les différents attributs des mariages ; mais comme ils n'étoient qu'en détrempe, une pluie qui tomba toute la nuit au travers des remises du rempart les ht couler presque tous1.

Pour qu'un Char destiné à conduire les heureux époux fût assorti, de pied en cap, à leur allégresse, on avoit eu soin de prendre des chevaux de quinze à dix-huit mois, dont la gaieté devoit répondre à celle de leurs maîtres; mais on a bien éprouvé ici combien il est dangereux de confier le timon des affaires à une jeunesse. A peine le cortège étoit-il en marche, que les jeunes animaux, animés par le bruit des chars précédents et de MM. les officiers à cheval, dont ils étoient entrelacés, se livrent à toute la pétulance de leur imagination. En vain les cochers prudents usent de toutes les voies de douceur pour ramener les esprits ; la correction les irrite, leur vivacité se tourne en fureur; ils entraînent avec eux les palefreniers pendus aux longes de soie bleu et argent destinées à les retenir. Les fiancées tremblent pour leur fruit,

1. On avoir, par précaution, élevé des remises en forme de hangars, pour y mettre les Chars, afin d'être tout portes pour partir.

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les époux crient, les cochers jurent, les enfants pleurent, les chiens aboient, le peuple fuit en désordre le long du rempart; plusieurs demoiselles, voulant passer les fossés des contreallées, y tombent la tête la première : quelquesunes y gagnent, d'autres s'en désolent. La fermentation redouble ; les traits cassent enfin; tout s'arrête, le calme revient peu à peu ; la compagnie d'ouvriers, établie avec prévoyance à la suite de chaque char, s'avance diligemment ; leurs habits bleus, d'un bordé d'argent que l'on avoit mis double sur la manche pour marquer leur utilité, semblent redoubler leur zèle; et le désordre ne dure qu'autant de temps qu'il en falloit pour le réparer. Ce temps, si court, fut néanmoins assez long pour donner quelque inquiétude à la pauvre Mademoiselle Mouguif. M. Quijain se trouva là pour son malheur: l'ayant vue d'abord par derrière, voilà, dit-il, un dos de ma connoissance; il fait le tour, et à ses traits charmants il reconnoît sans peine son visage : c'est alors qu'elle auroit bien voulu troquer ses jolis yeux rouges contre des yeux noirs, son nez camus contre un autre. Ah ! ah ! lui dit-il, Mademoiselle, vous êtes donc une faiseuse de fortune; vous avez fait la mienne, j'en conviens ; vous m'apportâtes en mariage les trois cents livres de MM. les Fermiers Généraux, sans lesquels je ne serois pas actuellement garçon tailleur; mais je croyois que vous ne faisiez cela que pour moi ; et pendant que

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vous me dites que vous allez chercher des nourrissons en campagne, vous allez en prendre de tout élevés au magasin de la Ville ; car vous n'êtes là, sans doute, que pour épouser ces messieurs ? — Monsieur, reprit Mademoiselle Mouguif, ce que vous me dites est une preuve que je ne suis pas votre femme : une personne comme vous ne voudroit pas faire éclater en public des tracasseries de ménage avec son épouse ; mais, quand cela seroit, en devrois-je moins faire la fortune de Monsieur? Trop heureuse, hélas! si, comme le monsieur qui étoit Empereur et comptoit ses jours parses bienfaits, je pouvois compter les miens par de pareilles fortunes ! — M. Quijain vouloit répondre : mais M. Bouchivet, qui étoit le fiancé du jour, prenant la parole : Monsieur, lui dit-il, point tant de bruit ; Mademoiselle me fait honneur, et je vous prie d'être persuadé que je défendrois le sien. Je m'appelle Bouchivet; je ne vous en

dirai pas davantage, mais

Vous sentez, cher Lecteur, qu'il n'en falloit pas beaucoup pour exciter une discussion entre ces deux messieurs, qui ne se connoissoient pas; mais, comme on alloit s'échauffer, le Char raccommodé reprit sa marche, qui ne fut pas même interrompue par l'impertinence d'un mauvais plaisant, comme il y en a toujours parmi la canaille, qui se mit, comme on passoit par-devant les Enfants trouvés, à insulter Mademoiselle Triport, en lui disant : Arrêtez

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donc, Mademoiselle, pour voir MM. vos enfants; il est bien singulier qu'ils ne soient pas de votre noce : tenez, les voilà tous trois qui viennent au-devant de vous; au moins donnez-leur un cornet de dragées.

Mademoiselle Triport fut assez interdite, comme une personne qui ne s'attend pas à quelque chose; mais une dame qui étoit là, de sa connoissance, prit son parti : Allez, Monsieur, dit-elle, on sait ce que c'est que la médisance du public ; mais Mademoiselle est connue : ce n'est pas la fille d'un bedeau qui porte la verge depuis vingt ans avec assez de considération pour avoir obtenu une place dans les mariées, qui est capable de pareille chose ; une fille élevée comme elle pourroit bien être attrapée une fois par une foiblesse ; mais, avec l'éducation qu'elle a eue, on apprend, de ses premiers malheurs, à éviter la récidive.

Cette conversation dureroit peut-être encore, si l'on ne fût arrivé à l'esplanade de la porte Saint-Antoine, lieu de la première distribution. Le char étant arrêté, on mit le feu à la première mine ; mais comme, dans les affaires d'un grand détail, on ne peut pas tout prévoir, on n'avoit pas songé qu'en faisant sauter les viandes, on donneroit une fameuse commotion aux mariés. En effet, à la première secousse, voilà tous les mariés en mouvement; vous croyez bien qu'ils ne perdirent pas de temps à descendre ; ils descendirent cependant encore plus vite qu'ils

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ne vouloient; jamais union ne fut de moins longue durée; et, en effet, ils n'ont point eu tort. Quand on a agi de bonne foi dans un mariage, on est bien disposé à le rompre, quand on se voit en but à l'artifice : chacun, en effet, s'en alla de son côté1. Mais c'est à quoi le public a fait peu d'attention; il devoit, en effet, la sienne au spectacle d'un ambigu magnifique, servi dans la moyenne région de l'air. L'effet de la mine fut parfait : mille gigots en l'air faisoient un coup d l'œil que l'on ne peut bien se figurer sans Favoir vu ; les cornets de sucre, se délivrant par leur propre vibration, faisoient pleuvoir une grêle de dragées ; des compagnies de perdreaux pleuvoient toutes rôties par-dessus les fossés de la Bastille ; les poulets, comme par instinct, tomboient en foule chez les plus jolies femmes du Marais ; un troupeau de dindons vint tomber dans les cours du palais, et Ton a vu des bandes d'oies jusque dans le quartier du fauxbourg le plus reculé.

L'absence des mariés rendit inutile une plus longue marche de ce Char : c'est ce qui fait qu'il n'a pas eu la réussite des autres ; mais on a cru devoir rendre compte au public de l'invention peut-être la plus judicieuse de toute la fête, et qui méritoit le mieux de réussir.

1. On espère que ceci ne dégoûtera pas le public de se marier; on ose lui assurer que la règle n'est pas sans exception, et qu'il pourra encore se contracter des mariages de bonne foi.

Les Fêtes roulantes.

LES REGRETS DES PETITES RUES Sur l'Air : Jean, faut-il tout vous dire?

OUS entendions dire partout:

Monsieur de Bernage, à ce coup,

S'est surpafie lui-même.

C'est bien pis encore cette fois Que ce ne tut aux Bals de Bois :

Ah ! mardié, que je l'aime!

Ce Magistrat judicieux Ordonne les Fêtes au mieux,

Au parfait, au suprême:

Les beaux Chars! les jolis chevaux !

Le bon vin qui sort des tonneaux !

Ah ! mardié que je l'aime!

Tous ont crié, grands et petits, Du bourgeois jusqu'au noble fils

De Monseigneur de Tresme :

Vive, vive mille et mille ans Monsieur le Prévôt des Marchands !

Ah! mardié que je l'aime !

Cependant il nous fit, hélas!

Pour nous seules, du jeudi gras

Un jeudi de carême.

Au diable aussi qui chantera, Et celle de nous qui dira :

Ah ! mardié que je l'aime!

138 Contes de Caylus.

Qu'à nos fenêtres, quelque jour, De son brelingot, à son tour,

Aux balcons d'un troisième, Il voye un objet plein d'appas, Qui lui fasse dire tout bas:

Ah! mardié, que je l'aime!

La nuit, quand, pour la cajoler, Il pensera nous enfiler,

D'une vitesse extrême Nous barricadant avec soin, Nous l'enverrons dire plus loin :

Ah! mardié que je l'aime!

CHANSON NOUVELLE Sur V Air : Y avance, y avance, y avance, etc.

iVloNSlEURle Prévôt des Marchands,) ,.

tt j> j j pis.

Homme d un grand entendement, I

Pour célébrer le mariage

De notre Dauphin, a fait rage.

Il a rassemblé, tout d'abord, Les Magistrats de Ville en corps, Leur a dit: Que nous faut-il faire, Si au public nous voulons plaire?

Ne donnons plus de Bals de Bois, On les critiqueroit, je crois;

Les Fêtes roulantes.

Car on en a dit du mal, parce Qu'ils sentoient un peu trop la farce.

Sur quoi Messieurs les Ëchevins Ont dit : Faudra donner du vin, Des cervelas en abondance, Et des violons pour la danse.

Le Prévôt des Marchands a dit :

Vous avez tous beaucoup d'esprit ; Mais c'que vous proposez de faire Me paroît un peu trop vulgaire.

Faisons promener des chariots Dorés du bas jusques en haut.

On approuva l'idée, à cause Que c'étoit une belle chose.

Ainsi; le jeudi au matin, Ces beaux Chars, au nombre de cinq, Furent en marche, bien en file, Par toutes les rues de la Ville.

Dans le premier est le Dieu Mars, Qui se tient droit comme un César, Traîné par des chevaux d'Espagne, Car on n'alloit pas à l'épargne.

Il étoit fait d'un beau carton, Sur un dessin de Bouchardon, Et remuoit tant soit peu la tête, Comme pour approuver la fête.

Contes de Caylus.

Les cochers et les postillons Etoient tout couverts de galons Rouges comme des écrevisses, Et dorés comme des calices.

Ensuite l'Hymen et l'Amour

Sur le second vient à son tour,

Avec un orchestre qui touche

Tous les airs de Monsieur des Touches.

Le troisième est un Vaisseau Bleu et argent, quoique fort beau, Où il y avoit de la mangeaille Et de quoi bien faire ripaille.

Ceux qui suivent sont merveilleux, Bien plus plaisans et plus joyeux ; Bacchus est dans le quatrième, Et Cérès est dans le cinquième.

Après s'être bien promenés, J'ignore où on les a menés ; Mais au peuple on entendoit dire:

Ça nous a dû faire bien rire.

Les Fêtes roulantes.

CHANSON NOUVELLE Sur l'Air : Monsieur le Prévôt des Marchanda

<E jour venu, dès le matin, Près de la Porte Saint-Martin, Il sortit, c'est vérité pure, Des tonneaux, des dieux, des cochers, Du pain, des chars, de la dorure, Des cervelas et des archers.

Au premier de ces chariots, Que de tras, tras! que de tros, tros!

C'étoit le Dieu Mars de la Thrace, Triomphant de je ne sais quoi:

On l'auroit su, si dans sa place On nous eût montré notre Roi.

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