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TRADUITE DU GREC

Sur l'air: C'est mademoiselle Manon qui a bien su me plaire, etc.

Il faut observer que, pour aller sur l'air, on ne prononce quelquefois plusieurs syllabes que comme une, et ces syllabes sont en lettres d'Italie.

'EST dans une rue de Paris que j'ai fait une maîtresse, Mais malheureusement c'est que je n'y suis pas heureux. Je lui parle quand je veux.

Je l'entretiens de tous mes feux :

Elle ne me répond pas avec délicatesse. Je la vois tous les soirs, Et si cependant je n'ai point d'espoirs Qu'elle soit, quèques-uns de ces jours, Sensible à mon amour.

Et rennes de la Saint- Jean. 219

Est-ce que je serois destiné à aimer une cruelle, Qui me dit pour jamais quelle veut me faire enrager? J'ai beau m'en fâcher, Elle ne fait rien pour me soulager; Et cependant je lui promets une flamme éternelle, Farce qu'elle a de beaux yeux, Qui sont fous, brillants et joyeux, Et d'ailleurs aussi bleus Que l'on peut voir les cieux.

Un beau jour de juillet que je la trouvai toute seule, Est-ce que je n'osai pas lui déclarer mon tourment? Je lui dis tout nettement Que je voulois bien être son amant.

Elle ne me répondit rien, ni ne fit la bégueule. Je crus pour certain, Qu'elle me répondroit dès le lendemain : Ce fut en vain, puisque son coeur Aie tient encor rigueur.

Enfin, elle me répondit, avec un air modeste, Que fay ois un fort grand tort de vouloir tant l'aimer; Qu'elle se connoît bien, qu'elle n'est pas faite pour charmer. Avec ces beaux propos, elle crut me donner mon reste. Qu'elle a des mépris,

Parce que} si son cœur étoit épris,

Elle voudroit m'aimer tant,

Que cela feroit son tourment.

Voyez la belle raison qu'à ma flamme elle oppose !

Elle me laisse quelquefois pourtant baiser ses mains.

Te vous étonnez pas si cela me fait du chagrin;

C'est que je voudrois bien, moi, qu'elle me donnât autre chose;

220 Contes de Caylus.

Mais ; hélas ! elle me répond, Et cela d'un air qui me confond, Que je n'aurai jamais Aucun de ses attraits.

Elle dit que ce n'est qu'à ses yeux qu'elle doit ma tendresse ; Mais quand bien même cela seroit, doit-elle m'en aimer moins: Malgré ses rigueurs, tous les jours je lui rends des soins, Et je lui tiens des discours tout comme pour une Princesse.

C'est que si je ne l'ai pas,

Me voilà dans un grand embarras;

Par^ que c'est celle d'Argos 1

Qui trouble mon repos.

Quoiqu'c//^ ne rende pas justice à ma confiance, Je ne veux pas la quitter pour m'enflammer ailleurs. . Vcut-etre qu'un jour je pourra.! bien vaincre sa rigueur. (Car il est des momens contre l'indifférence.)

Si je lui plais jamais, Je me payerai bien de tous mes «grets,

Etant très-sûr qu'elle a

Tout ce qu'il faut pour cela.

D'aucuns de nos amis envieux prétendent, en parlant au monde, que nous n'avons jamais connu ce que c'est que les régularités des vers. Pour les convaincre de la preuve du contraire, nous glisserons dans ce corps de

i. Paris.

Etrennes de la Saint- Jean. 221

pièces furtives une déclaration de poésie en amour, d'un anonyme nommé M. de Genticour, qui écrit avec réflexion tout ce qui lui vient au bas de la plume.

POUR MADEMOISELLE DE ROMERAY, aimable demoiselle.

'UN mouvement soudain, comme il fut légitime, Votre objet, mon vainqueur, Passa dedans mes yeux, entra dans mon estime, Et tomba dans mon cœur.

Ce ne sont point vos lis, ce ne sont point vos roses

Qui m'ont le plus tenté ; Je découvre plus loin, et vous avez des choses

Par-delà la beauté.

Votre aimable beauté contribue à ma flamme,

Qui cause mon transport; Or, c'est plus qu'en partie à cause de votre ame

Que j'aime votre corps.

222 Contes de Caylus.

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