HISTOIRE DE LA PRINCESSE LACUNE
AVANT qu'on eût inventé l'écriture, par conséquent avant l'établissement de la grande Poste, il existoit une princesse qu'on nommoit la Princesse Lacune ; elle ne savoit pas écrire, parce qu'on n'écrivoit pas alors, comme je l'ai déjà dit, et de là on peut conclure qu'elle ne savoit pas lire. Elle avoit une mère et tout au moins un
126 Contes de Caylus.
père qui, heureusement pour eux et pour elle, la gênoient beaucoup. Je dis heureusement, parce que la gêne et la contrainte forment le plaisir des mères et le bonheur des filles : le plaisir des mères, parce que c'est un droit d'autorité qui leur rend la sagesse supportable; le bonheur des filles, parce que cela leur donne une occasion d'exercer leur esprit et d'attraper leurs mères.
Il est louable que les unes reprennent, il est juste que les autres trompent. L'aigreur fait la dignité des vieilles, la supercherie fait l'agrément des jeunes ; tout est établi dans le monde pour le bien de l'ordre.
Voilà donc le lecteur instruit que le Roi et la Reine rendoient malheureuse la Princesse Lacune. Elle étoit fort amoureuse d'un joli Prince, qui étoit le pot-pourri de la Cour; on l'appeloit le Prince Sous-entendu : la Reine ne vouloit pas qu'il rendît visite à la Princesse, de peur qu'il ne lui portât à la tête, ce qui peut tirer à conséquence. Mais les ordres de l'amour sont mieux exécutés que les défenses des mères.
Le Prince étoit triste, quoiqu'il eût grande attention de sourire toujours. Toute la Cour le croyoit amusant, mais son sourire n'étoit qu'un ennui sous-entendu. Il mettoit de la finesse à tout : rencontroit-il une femme, il lui disoit : En vérité vous êtes adorable, et je n'en veux pas dire davantage. Trouvoit-il un fat, il l'em-
Les Fêtes roulantes. tzj
brassoit en lui criant : Mais rends^moi donc raison de cela ; tu as les yeux bien battus ; et je parie que
Il n'est pas étonnant qu'avec autant d'esprit il eût tourné la tête de Lacune : lorsque par hasard ils se rencontroient, ils se trouvoient beaucoup d'esprit ; comment auroit-elle pu ne pas être persuadée par quelqu'un qu'elle ne comprenoit jamais?
Princesse, lui dit-il un jour, vos yeux sont
bien vifs, je ne puis y fixer les miens que
Vous devinez le reste. — Prince, lui répliquat-elle, vous pensez toujours avec délicatesse ; aussi je vous vois avec un plaisir véritable,
car — Ah! quel bonheur pour moi! reprit
le Prince, transporté. Permettez que je vous prenne la main, et — Ah! finissez. Seigneur, poursuivit la Princesse avec une voix émue ; parce que je vous ai donné mon cœur, faut-il ?
Le Prince continua, la Princesse répliqua ; il pressa, elle s'attendrit ; il cessa de parler, elle se tut : tout le reste est sous-entendu.
Quelques heures après, ne sachant plus que faire, la Princesse prit un petit morceau de crayon, et fit sans distraction plusieurs points différens. Que faites-vous. Princesse? lui dit Sous-entendu. — Je m'occupe toujours de notre amour, répondit-elle, je fais des sous-entendus. Voyez ce point-là ; je veux qu'il signifie : Mon cher Prince, m'aimez-vous? — Aussitôt le Prince
128 Contes de Caylus.
s'écria : Si je vous aime, ô Dieu ! — Cette réponse, dit la Princesse, doit avoir pour marques deux points différens. Le premier point marquera la première partie: Si je vous aime; la dernière partie, qui est : ô Dieu ! sera marquée par ce point-ci. ! — Ah ! que d'esprit! dit le Prince; nous pourrons par ce moyen nous entendre sans nous parler. — Oui, dit la Princesse, beaucoup mieux que lorsque nous nous parlons; il ne s'agit que de convenir de nos faits. Voici une petite marque que nous appellerons une virgule, ; cela voudra dire une proposition ; la réponse, qui, tant que vous m'aimerez, sera oui, aura pour marque un point sur la virgule ; s'il arrive que nous nous fassions des reproches, car l'amour délicat en a toujours à faire, ils seront notés par ce pointci, que nous nommerons le point aigu. On fera éclater sa sensibilité par un autre point, qu'on peut appeler le point de douleur. Lorsque nous voudrons dire du mal de nos parens, nous nous servirons de cédilles pour faire des allusions. Ces deux marques ( ), ainsi placées, indiqueront un téte-à-téte en dénotant qu'on est séparé des autres ; ce sera une parenthèse. Le point admiratif en sera une suite nécessaire ; et ce moment, dit-elle en rougissant, que malgré moi vous avez su amener, sera dépeint par le point circonflexe.
A l'égard des mots qui ne signifient rien, convenons qu'ils seront rendus par ces marques « »,
Les Fêtes roulantes. lap
auxquelles nous donnerons le nom de guillemets.
Voilà pourquoi on s'en sert pour marquer les harangues. Ah ! qu'il y a d'Ambassadeurs dans le monde, à commencer par MM. les Échevins, qui sont de vrais guillemets !
C'est ainsi que le Prince et la Princesse parvinrent à se voir et à tromper le Roi et la Reine. Ce fut là ce qui donna la première idée de l'écriture; on la doit à l'Amour. La plume dont on s'est servi fut tirée de ses ailes. Toutes ces lignes, en points différens, furent appelées lacunes, du nom de la Princesse ; et voilà le contresens dans lequel les Auteurs tombent indignement. Ils mettent leurs lacunes en poins fixes; ils croient que cela ne veut rien dire, et cela dit trop. Ils sont souvent bien plus énergiques en ne faisant que des lacunes. Je ne veux, pour preuve infaillible des choses fortes que renferme la lacune, que tous ces petits points dont les poètes séparent les mots d'un vers qui exprime l'incertitude, le trouble, la tendresse et la terreur ; Corneille en a plusieurs ; l'Auteur de Radamisthe en est plein ; on en trouve beaucoup dans Mérope ; tout le cinquième acte d^Armide en est semé ; on en voit les plus heureuses dans le Comte d'Essex, et celle-ci surtout, lorsque Salisbury veut dire à Elisabeth :
Vous perdez dans le comte Le plus grand
130 Contes de Caylus.
Elisabeth répond :
Je le ${us, et le saU à mfi honte.
Preuve q;ue les lac^nçs disent beaucoup,, puisqu'il n'y a que « le plus grand » qui s'y trouve. Ah ! si >e fais jamais ^n ouvrage pour le Public, je yeux qu'il soit en lacunes ; et les cJnE^rs de la ville auroient été bien, moins critiqués, s'ils y avaient été aussi» . . » =
SikiÈME CHAÎ
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QUI N A PAS PARlt
Par 'Un Autetàr qui ne paroîua iàmàîs^'ii^
Ow croit pDuvoTÎF'dke, bâïiâ flatter le Pbblfc, qui'aucuft: des' âiatres ' n'appr'odioit Ûb i^ magnificence superbe d«celui-<ii C^étoit le^Qktàhr des Mariages. La Ville, toujours occupée de «e peupler, avoit ju^édignedé sa pmdeiiœ de faille faire des sujets pour les' maîtres qfu'on^ nous prépare. Cent demoîseUes,, prescfue toutes 'filles des quatreiprincîpaùx quartiers de Pô'ri&jiavoiîftnt été mariées des libéraûtéslrdedai ville ; cesrbeureiax toupies, linisrsoiis îde si fa-^opabks ank^ pices, ne pouvoient manquer de faire des fortunes proportionnées. La satisfaction peinte sur leur physîonoipie ,se communiquoitj .plus
Les Fêtes roulantes, 131
aisément, qu'il y avoit une multitude de concours attiré par la curiosité d'une fête si intéressante ; c'est ce qui les avoit fait placer sur les deux côtés du Char, à cause de la vue. Mille chaînes de fleurs, galamment entrelacées en guirlandes, semblôient lés attacher leis uns aux autres, à peu près comme Ton unit les parti- -culiers qui se destinent au service de mer*.
Une table magnifiquement servie tenoit le milieu du Char, et sembloît n'être que le repas de la noce, quoiqu'elle fût destinée à l'événement le plus éclatant de la journée.
Tout le monde sait que la poudre, bien maniée, peut diriger à point n,ommé les effets du mouvement qu'elle imprime aux corps, qui, en la comprimant, sont devenus susceptibles de toute la force d^-^son \élàsticiti.: ainsi fe juge, sans vous flatter, ami Lecteur, que vous devinez que> 1^ double; {<^sxà du Char, étçltrcmp^d^e
poudre,; diçpos^e .avec ijant d'^iit.pjii!:uaeVfi^" soïane> consonamé^jdmis'. l'artiiieric^dès!lai;dernièfe .guerre,, qu'ien: y. i mettant 4^ feU/ elle dfivoit enleveJi^ à^bàujbeyi^/ 4^ toits ordinaires de$< maisoijts, toutes les ! viandes comemles dans le!GhaiT^ . qui y ic^écriyant ^chaicunte leuirs)parab[o]:e3 particuUèreâj etirf^0Q:deileiir.gi:iavi-tatix3iipL différente,' sectàent tombées là dîffécânte&distances ^ans-tilMiLte la siupetAciedes places publiques,
. I. On a usé 4^ cette oériphrase pour éviter le mot de galérieh, qui auroit f>u ' rappeler au Lecteur des idées peu i^âôieuseâ poùt^'Bhè: l<éteuk$ailcej
13a Contes de Caylus.
pour y présenter des rafraîchissements aux Spectateurs*
Les peintures du Char étoient dignes de ses autres ornements. Sur un fond gros bleu, négligemment glacé de couleur de rose, on avoit peint, en argent ou en or, les. différents attributs des mariages ; mais comme ils n'étoient qu'en détrempe, une pluie qui tomba toute la nuit au travers des remises Au. : rempart les fit >^ couler presque tous^
Pour qu'un Char destiné à conduire les heureux époux fût assorti, de pied en cap, à, leur allégresse, on avoit eu soin de prendre des chevaux de quin^ à dix-huit mois^ dont la gaieté devoit répondre à celle de leurs maîtres; mais on a bien éprouvé ici con^ien il est dangereux de confier le timon des affaires à \x^t jeunesse. A peine le cortège étoltT-il en marche, que les jeunes animaux,: animés pair le bruit des chars précédents et de MM. les officiers à cheval, dont ils étoient entrelacés, se livrant à toute la pétulance de leuarimagînatÎQn. En vain les cochers prudents usent die. toutes l^^voieyS, de douceur pour ramener le« esprits y la cowec^jpn les irrite, leur vivacité ^ .tpw^n^ ^en.fur^PKîfM^ entraînent avec. euTS les pa^leffeniers pendus, aux longes de soie bléù "et argent. destiaéç^i^jes retenir. Le^ fianiî:ées<tremblenf.4>pujr,il^ur^iijt,
I. On avoit, par précaution, èieve dés remise^ eWftVihe de hangars/ pôuf y mettre IW dtàrs, ifrii' d'être' tout ^rtés pour partir.
Les Fêtes roulantes. 133
les époux crient, lès cochers Jurent^ les enfants pleurent, îes chicnsi aboient,* le peuple fuit en désordre le long du rempart ; plusieurs demoiselles, '■ vcHilanï ^J^asser^l^ *■ fossés- des contreâiléés^ytomb^'t la tête la preft^ière iquelquestinfe^ y gagtîertt^ d^amres ^^'en' «désolent. La lyrmeritàtîëft' ipedd^ubte ;^'l€si tfaidî&içaisscDt .enfin; éëUt^^s'éfrirêteV"!^' ^CàlmerTeviem .peia à .peu ; la doïA^f^àgftîlé'd'bù'^rie^iv 'établie avec prévoyance à* là suJtfe dèf cBactfèe <i?hârç^'^yanoe:diH]g?emment ; leurs habits bleus, d'un "bordent .^'^tgent que Vàk ^t^1f^Âééi*)éi&lciisar> laf !ïiiàIlohepou^ma^- ^(l](tlfel*4étff^Uttli^i•$eï!/*blènc•'Wldoub^c^.lcu^.zèle; 'ti' \&AééQt^v& ^nef id<iwe 'qu'lrâîtant rde tomps;:qU'il lin^ffiltoit^jkiQr-léii^i-éipàrdr. ''©eitQmps, si;icaurt, fdVttéânftïi6ihs>^âS*ya?'4oïigf^or) jdoéxr^r^xiufelque îi^^uî^iidé'â^fe^^^rçvejMadicpiaiadle Mouguif. ^W, Ktà^é^^ s^éfkrôUWJlàl poùruBorotaalhieuj:: V'^^ mè'^^k^tà^^^^'jâ^néw^ foilà^jdilril, '\Wiéi dêqnà^eeÀftfoisè&flceijiil ^&ijiul4 toilr^'.e^.à ^^sé'é^i^i^i^ cftiriMMs 4t rfecetîtîàftjàaqsf'pcihe.sto '^\flSâ§'é^l Vest'i>-âfllMnquteMèo3àuriôitnbLepIjiyoUlu "éjffiTc^r-^eé^^fèiB^fyèaÉt^te)^ diesgreux
'^kcS^'^sôî^ ^^%f^ié?©tt^ïakjaqtreyfAfei aj> ! '^ftlr-'^ttfl,B^MàâëSfëi8%ll(È^nv0iKi -jltesi do«QjUfte ''feisëit^'6ë*MMfèî;â<ieo%ié:^^ faisll^îim^qois, ^f ëiî4<ftf^èlKèi«î>ti5>iteqmâipp£fftâa^^ jWDUtocwge "^y iâNîâ§ièÈ*fes ir^;^'feMiéMMId[esBerna[iei»)^0|é- '^î*^i^^^n%i:^i^c|0êl^rft@ihe^3sooiè^ â^tmUfS- J»WÎB5irS?n t^^illeijr
134 Contés de CuyHus.
vous me dites que vous aHe2 chercher des nourrissons en campagne, vous allez en prendre de tout élevés au magasin de la Ville ; tar vous ifétes là, sans doute, à[ue pour 'épouser ces messieurs ? — Monsieur, reprît Mâdemoiiselle Moûguif, ce que Vous me dites est une pireùve que je ne suis pas votre Ferilthe : utie pei'sbhne comme vous ne voudroif pas faire éclater en publia des tracasseries de ménage avec ^ôn épouse'; tnais, quand cela sefoit, en- devroîs-;e moins fàïré îa fortune dé Monsieur? Trop'héu*^ reuéé,' hélas J rf,' comttièf leteorisieur qui 'étoît Empereur etcorfiptôit sefs Jours Jjarsèis bienfaits,, je pduvbis éomJ3ter les riiîléris par* dé 'parèHîèsfbrtutle^ r — M. "Qaijaîn ' vbuloit ' répOildi-e ; maïs-' M; fiouchivèt, q\iï étôit' lé ûàticë du )&iiifr prétiant Ta' parole t: 'M'bnsteû'f '; îd dlti-ii; poînt tâh't'tfé br'uft ; kadéttlbîsëlle' me fait horihetih, et je vous prie d'êtf é' ^ét^ilêlcféliûé je dèfénàVôSs le sien. 3'fein*kppelle"fibtick'«riér;'jle' he' vbtts'en diWiids"daVâtlta^é,'m^is?.i!J'^^ ^'-^^ '''^ f^'^'^ J^ '■'Vatii' Mtii,' cher.'Lfectëiif^; iixPii ti'éhiàlMt f'a'â Bëâiicbîip pôut ëféitér un'è di^éUssSon eritife ces aefei mtfedèafs;' 'quï''n^"^'è'''Conndissôiértt pâs^ riikis,' cbrfiîiiè bti^ ànbit ^'édiktififfii-; lef'Cliâr tàccfommbadit^fîtsâ %â^chef,' ^qui ht^^Vût'péis mérùé' rnterfbWijiûè ' ][yaV'^Plih^éi^«héhtfe^"d'dn ï^auVkîV^^Ms^hV/ cbfhm^e'^W'fieri !a ^ôiik -^^ài-itti' W' bariaïlfe, q^f se' MVi^'éàWné-'cm^')^^ sôit pir-=aéVriht4es'lEhfentfe tfèûvéé',' -à- insulter MâdèriiôfséWé'Trîport', ^ért 'wr^dhànt -J^ Arrêtez
Les Fêtes roulantes. 135
donc, Mademoiseile, pour voirMM. vos enfants ; il est bien singulier qu'ils ne soient pas de votre noce : tenez^ i^S; voilà tous trois qui viennent au-devant de vous; au moins donnez-leur un çqrnet, de dragées. .
Madejnoiselle Triport fut assez interdite, cpmnie, une personne qui ne s'attend pas à quelque chosç; mais .ui;i/e dame qui étoit là, de sa connoissanjce^prît son parti : Allez, Monsieur, dit-elle, on sai^, ce ,que c'est que la médisance du. public ; TÇiQ\% Mademoiselle est cpnnue : ce n'qst pas la fil}e.d'un bedeau qui porte la verge depuis vingt ans avec assez de considération gojuiç avoir obtenvL une place dan3. les. mariées, qui est capable de, pareille chose ; une fillp élevée cpnime.elle povfrroit bien être attrapée une fo^s par, unç foiblejssje ; njais, . ^vec. l'éducation
qy'4^ '* :ftV^^2).'9%',^PP^^^4^ <i^. ses., premiers
n;ia,l,l\enirs, ^é;vr}tejr,^réçjijdi.ye, ,
, ; Çiçtt^ copvçrs^j;ion flurierq^t peut-4trp encore,
si l'on ne fût arrivée l'esplanade, de. la porte
iSairU-Aotçip^ lieuj^ejiçpffpiière dfstribijtipn.
J[H8,(;l»^r,çt?iit ^rjêjtfi, 9j;,çii; l^lçii ^,'ia première
mn^ i -mk ÇO^WÇ» ^?^ If s. ^Ç p^res,d')ii;i grand
4^1,; oarjfle^BÇHtjp^s to«^ pj;^Afpir, j^n n'avpit
-pap.,songiç fi}^;enj^i?apt s9ift?^.Mv,iaade?, on
(49nnej5)|^^^iiift^QUsp.<^iqR^c)tiqa.5i^m^iés.
Mj^h à if. Pf eipièjçe sçppujse, yoUà. to^s , les
jn^rié^ en^.flWSyen^eptj.vp^ls çi[oxçz^ HF- ,<iu]ils
iOfl!;P9îdjreiîî ;B?^.; 4fi.,fiçRipi ^^ jfjesçpndre i, ils
4ç5€*pdireftt,ççpfi?|d?n,t e^fiore |pl,iji6^.yite (ju^k
136 Contes de Caylus.
ne vouloîent; jamais union ne fut de moins longue durée; et, en effet, ils n'ont point eu tort. Quand on a agi de bonne foi dans iin mariage, on est bien disposé à le rompre, quand on se voit en but à rartifice : chacun, en effet, s'en alla de son côté*. Mais c'est à quoi le public a fait peu d'attention ; il devoit, en effet, la sienne au spectacle d'un ambigu magnifique, servi dans la moyenne région de l'air. L'effet de la mine fut parfait : mille gigots en l'air faisoient un coup d'oeil que Ton ,ne peut bien se figurer sans l'avoir vu ; les cornets de sucre, se délivrant par leur propre vibration, faisoient pleuvoir une grêle de dragées ; des compagnies de perdreaux pleuvoient toutes rôties par-dessus les fossés de la Bastille ; les poulets, comme par instinct, tomboient en foule chez les plus jolies femmes du Marais ;. un troupeau de dindons vint tomber dans les cours du palais, et l'on a vu des bandes d'oies jM;sque-4aQS;]^ quartier du fauxbourg içi pluBrecuté-*. -. >v. > . 1
itî
L'absence de&. mariés vendit iUutlile une plus longue marche de Ge>Ghar : c'est ce qui fait qu'il n'a pas eu la rétWsîte des autres ;ma'ï^ on a cru devoir rendre compte au'pùbfic de l'invention peut-être la plus judicieuse de tc^ute la fête, et qui méritoît le mieux dé réussir. ,,
I. On espère que ceci ne- dégoûtera pas Je public de se marier ; on ose lui aasurer que U règle n'est pas sans exception, et qu'il pourra en<coi^f^^e.p<^tr^tçr des {nariages de bonne foi. ,, ^ .. ,. .^
Les Fêtes roulantes. 137
LES REGRETS-DES PETITES RUES
. Sur l'Air ; Jean, faut-il tout vous dire?
O us entendions dire partout:
Monsieur de Bernage, à ce coup,
S*e8t surpaffé' lui-même.
C'est bien pis encore cette fois Que té nd fÎLt attx Bals ée Boi^: '
Ah l naardiéy qiie je l'ai met •
Ce Magistrat judicieux Ordonne jes Ff;t;^s au miisux^ . . Au parfait, au suprême:.
Lés beaux Chars! les jolis chevaux !
Le bon vîii qui sort des tonneaux !' Ah ! mardié que je Vaime !
•' ' Tbutolrtfcrié',''grtmd^etlpetit«J "' ' " '
Du bourgeois jusqiti^att iioblÉi âls - ' • -
.. D)3'Mon$dlgQQurjde»Treaixidr'^'' .'
yiye, visM!, milfe, i^t «aille ^na . f . - ,
.M9ûsieur,lAi?^^y^d(^5^?Çch^îî4M jAh! mvffi^quej^J'^e!, ,, , .
Cependant il nou^ nt^ hélas!.
Pour nous seules,' du jeudi gras : Un j^udi- de carême.
Au diable' aussi qui chantera, Et c5elle de nous qui dii*a :
Ah ! mardié que je l'aime !
ijS Contes de Caylus.
Qu'à nos fenêtres, quelque jour, De son brelingot, à son tour,
Aux balcons d'un troisième, Il voye un objet plein d'appas, Qui lui fasse dfre tout bas :
Ah ! mardié, que je Taime !
La nuit, quand, pour la cajoler, Il pensera nous enfiler.
D'une vitesse extrême Nous barricadant av^c soin, Nous renverrons dire plus loin :
Ah ! mardié que je l'aime !
CHANSON NOUVELLE Sur l'Air : Y avance, y avance, y avance, etc.
O N S I Et R lé Prëvdt de's Marchands, j , .
Homme d'un gtkaà entendement, f
Pour célébrer le mariage De notrerD^phiOff allait rag/^4! c . (|
Il a rassoniJJ4>/foutK4'*bflrd,vi f. ; ri
Les Magistrattri4i^y}lie^ii 9PîP«,, t . . , . ■ ) Leur a dit : Que nous faut-il faire, Si au public nous; vouloas plairç? , ,,
Ne donnons |>lus de 3^1? ^^ Bois, ^ .
Ou les critiquW^je ci;oi^; ., .*, "/ ^,, ,
Les Fêtes roulantes. 139
Car on en a dit du mal, parce Qu'ils sentoient un peu trop la farce.
Sur quoi Messieurs les Ëchevins Ont dit : Faudra donner tiu vin, Des cervelas en abondance, Et des vi$loj3is pour la danse.
Le Prévôt des Marchands a dit :
Vous avez tôtrs beaucoup d'esprit ; Mais c'que Vous proposez de faire Me paroît un i^u trop vulgaire.
Faisons promener des chariots Dorés du bas jusques en haut.
On approuva l'idée, à cause Que c'éidit^ ônè4>âlè chdi^. '^ '
Ainsi^ le jeudi au matin,
Ces beaux Chars, au nombre de cinq, « m
'-''^ par toutej.)ç^^^5]}ç^j^ la..Yi|Je..,^ :. .,^^,^,^,„
,^i\\ :r.in -Ji .'i *]'•'•;.; .i.- S
Dans le prenîifir«W?le\W«d«iM^y n- ■■ ^ ' Qui se tient droit comme un César, Traîné par deç^^héffâfuiÉ^dîEspk^lïdf^^^ ' ■ ' Car on n^âttï^t j^as-i'répak-gne.J-i^ ^ • ^
Ilétoitf^t'(ri%yeaii'caf=feiii, '':"'" " '^ Sur un des$in de Bouchardon, Et remu<jit'-^nt''8<ii4èîî'fâ^t'étè;""^' ' '^ Comme pour ap^i'ouwt^ïà^Fété'. '^ '" "'^
I40 Contes de Caylus.
Les cochers et les postillons Etoient tout couverts de galons Rouges comme des écrevisses, Et dorés comme des calices.
Ensuite l'Hymen et TAmour
Sur le second vient à son tour,
Avec un orchestre qui touche
Tous les airs de Monsieur des Touches.
Le troisième est un Vaisseau Bleu et argent, quoique fort beau, Où il y avoit de la mangeaille Et de quoi bien faire ripaille»
Ceux qui suivent sont merveilleux, Bien plus plaisans et plus joyeux ; Bacchus est dans le quatrième, Et Cérès est dans le cinquième.
Après s'être bien promenés.
J'ignore où on les a menés ; Mais au peuple on ântendoit dire :
Ça nous a dû f4flnMM)^ire.
Les Fêtes roulantes.