‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 24 sur 47 · L'EDITEUR AU PUBLIC · texte numérisé non relu

L'EDITEUR AU PUBLIC

QUAND l'on examine la vie du monde j l'on trouve toujours que le sage a eu grande raison de dire qu'il falloit travailler : en effet ^ qu^est-<e qu'un homme qui ne fait œuvre de ses dix doigts f C'est un fai^ néant que personne ne regarde ^ à moins que ce ne soit pour en battre la moutarde et se moquer de lui^ ou plutôt pour le regarder avec mépris. JSul^ que Je sachcj ou du moins fort peu de gens n'aiment à être regardés de cette manière^ et ne soutiennent point la fainéantise, quand bien même ils auroient de quoi mettre sous la dent. Je sais tres^bien que notre bonne mère la Nature est marâtre pour d'aucuns^ et que tous ses enfans ne peuvent pas avoir le même talent; mais comme dans une famille qui seroit de douie enfans gtouillans il rCy en a point qui meure de faim^ et qui pour sa réfection n'ait au moins du pain et de l'eau^ il en est assurément de même dans la vie de ce monde : comme ^ par exemple^ il arrive en ce présent petit recueil que Je vous présente^ ami lecteur ; car ^ n'étant pas asseï fort pour imaginer ni vous donner des cho»

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ses de mon crû (ce qui^ Dieu aidant^ ne manquera pas de me succéder avec la peine et la fatigue que je me donne) ^ en attendant ^ je rassemble avec soin des morceaux qui seraient perdus sans les soins que je me donne / et lorsque j'en ai une quantité suffisante^ je w^ en accommode avec un honnête libraire. Ainsi ^ vivant avec loyauté^ quoique petitement^ je conserve à la postérité des choses qui^sansmoi^ ne seraient jamais plus rencontrées^ et qui méritent cependant quelque considération y car^ si Von a rassemblé ce qui regarde la politesse^ ce qui concerne Vécriture des lettres^ la façon de faire des compliments et mille autres choses fort utiles pour se bien gouverner^ Von doit aussi conserver ce qui a servi pour des bouquets et pour des plaisirs innocens et gracieux ^ qui se trouvent mêlés dans les devoirs de la vie du monde ; on en a besoin très-souvent jusqi£à la plus grande vieillesse^ car c^ est fort bien fait d^être toujours galant. Voici donc tout le fruit de mes dernières recherches^ composé de choses qui 7^ ont point encore paru sous la presse ; et je vous en fais présent^ Ami Lecteur ^ pour en tirer votre frojit en temps et lieuj et suivant Voccasion^ Adieu,

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