‹ Facéties du comte de CaylusChapitre 27 sur 47 · LE BOUQUET DE ROSES · texte numérisé non relu

LE BOUQUET DE ROSES

CERTAINE Agnès, qui s'appeloit de même, belle, charmante et jeune, comme on doit rêtre à cet âge^, ai m oit, sans le savoir, le fils d'un bourgeois de son voisinage. A la fin, il

I. Elle devoit avoir près de quinze ans à la Saint-jfean prochaine.

arriva que le Jour de la fête chacun lui apporta des bouquets. Le gentil voisin y vint aussi lui souhaiter une bonne fête; mais il y vint les mains vides, dont on lui fit la guerre agréablement ; et Agnès même, sans qu'il y parût, car elle étoit bien née, ne put s'empêcher dans Tâme de lui en savoir mauvais gré : c'étoit moins un présent qu'une marque d'estime qu'elle auroit voulu recevoir du voisin. Lui, sans se déconcerter, leur dit : Vous n'y connoissez rien, tous tant que vous êtes, car j'apporte à

Mademoiselle En même temps, par surprise

et sans dire gare, il fournit à Agnès deux baisers des mieux appliqués qu'il en fut jamais; si bien qu'il colora tous les attraits de la belle, qui s'écria au fort de l'émotion : Eh bien ! que faites-vous donc ? Il lui répondit : J'embellis ce que j'aime. Agnès continua de s'animer et de rougir : si sa rougeur vint de pudeur, il n'importe; il suffit que le voisin, content de son exploit, leur dit à tous : Voyez si je ne lui ai pas donné un bouquet de roses !

Étrennes de la Saint-Jean. 157

Page 1