I.ÈONOB
Enfant ! ce qui nous eût séparés pour toujours.
C’eût été sa faiblesse ! A présent, nos amours Peuvent tout affronter ! Dominant toutes choses,
Mon frère a fait déjà bien des métamorphoses; ,
11 prendrait Rome au pape et Paris à François,
Il a pris tout son siècle à lui seul! Toutefois...
Ce qu’il ne vaincra, pas, quelle que soit sa trame,
C’est un amour profond dans le cœur d'une femme !
Or, moi, j’aime Bourbon et je suis reine aussi;
Je laisse l’empereur se donner du souci,
— Mais je te dis, à toi : Quoi que Charlcs-Quint fasse, Léonor et Bourbon sont de la même race ;
Forts tous deux, pleins de foi l’un dans l’autre, obstinés, A nous rejoindre, un jour, nous sommes destinés!...
Mais j’ai le cœur bien triste, en quittant son domaine,
De ne l’avoir pas vu, pour adoucir sa peine...
11 est peut-être là, dans le parc... Quel espoir!.
* * Léonor, Jeanne.
Sans môme lui parler, si je pouvais le voir?
(Elle se dirige vers le balcon. ) *
Personne; il doit rêver parfois sous ces grands chênes. Vieux arbres, versez-lui, lors des chaleurs prochaines, Votre ombre la plus fraîche, et faites vos rameaux Chargés de doux parfums et de chansons d’oiseaux !
Et toi, beau lac d'azur, si, par un doux mirage.
Tu pouvais dans tes eaux lui garder mon image;
Si tes échos pouvaient lui murmurer mon nom !
Si quelque chose, enfin, lui témoignait... mais non!
Il faut tout emporter d’ici, jusqu’à mon âme !
Pourtant, ne pas le voir... non je ne puis...
CABALLO, rentrant de droite.
Madame, ,
Les chevaux sont sellés; ils attendent là-bas.
LÉONOB, à Jeanne.
Tant mieux ! car tout mon cœur me jetait dans ses bras !
(Elle sort parla droite suivie de Jeanne.)