ACTE Ht, SCÈNE Vt
Une esclave docile à son moindre désir,
Et non l’enfant jovéux qu’il croirait ressaisir?
JEANNE
Je l’aimerais, seigneur, cent fois plus que moi-même ;
Mais songez-y, comment se peut-il- que je, l’aime Autant que cet ami qui, m’appelant sa sœur,
A rompu le premier les glaces de mon cœur ?
Puis, on apprend comment doit aimer une fille ,
Et moi, je ne sais pas, je n’ai pas de famille.
Mais pourquoi parlez-vous de mon père... pourquoi?
Le connaîtriez-vous, seigneur?... Répondcz-moi!...
BOURBON
Je l’ai connu jadis, grand, loyal et fidèle...
Mais depuis... il est mort... au château de Chantelle;
Il m’a dit, en mourant, votre triste abandon ;
Moi, j’ai promis qu’un jour j’obtiendrais son pardon,
Et ce pardon promis... de vous je le réclame.
JEANNE, priant.
O mon père! que Dieu prenne en pitié ton âme!...
Et crois que, si ta fille a jamais murmuré,
Ce n’est que du regret de t’avoir ignoré.
— Il ne vous a pas dit autre chose, mon père?...
BOURBON
11 m’a dit : « Mon enfant m’a toujours été chère...
» Et si je suis resté dans l’ombre... dis-lui bien » Que ce n’est pas pour moi,
(Regardant Carlos.)
Mais que c’est pour son bien. »
Mais c’est assez parler de choses douloureuses ;
Vous allez rayonner parmi les plus heureuses ;
Car le noble marquis, touché de vos amours,
Consent à vous nommer sa fille dans huit jours.
Voilà le grand secret que j’avais à vous dire ,
Et comme il est, je crois, de ceux qui font sourire, v '* J’ai cm, malgré la nuit, pouvoir vous déranger...
Ai-je bien fait?
(Jeanne fait aigue qne oai de la tâte. ) Alors, payez le messager. n- ••
(Jeanne lui présente son front. U la tient longtemps embrassée.) • ■f" Maintenant, adieu, Jeanne.
(Jeanne s'éloigne. -+ A part.) Adieu, toute ma vie. > . •.«
Ce triomphe est plus grand que celui de Pavie.
CARLOS
Mais aussi c’est par Dieu qu’il vous sera compté.
BOURBON
Dieu même ne sait pas tout ce qu’il m’a coûté !
(Carlos sort & la suite de Jeanne.)