‹ Fais ce que doitChapitre 3 sur 14 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Et toi, mon bien-aimé, toi, si pur et si beau, On te réserverait la même destinée.

— O France que j'aimais, patrie où je suis née, Dont le langage est doux à mes lèvres toujours, Car enfin c'est celui de mes jeunes amours Et celui dans lequel ce fils m'a dit : Ma mère, Hélas! je devais donc t'accuser d'être amère, Trouver ton ciel funeste et ton air étouffant. Mais tu m'as faite veuve, et je n'ai qu'un enfant.

Henri.

Comme c'est beau, la mer ! et comme un lor.g vo/age, Ce doit être amusant. Mais vois donc ce nuage De fumée et ce grand vaisseau.

Marthe.

C'est un steamer Qui revient de là-bas.

Henri.

Comme c'est beau, la mer

Tantôt, maman, j'ai vu notre trous-mâts qu'on charge,

Un matelot disait : Le vent souffle du large.

Cela faisait flotter, ainsi que des rubans,

Les joyeux pavillons pavoisant les haubans.

Un mulâtre, tout noir sous la blancheur du linge,

Passait; un petit mousse, agile comme un singe,

Descendait d'une vergue, et, tout le long des quais,

Au milieu des ballots, des fruits, des perroquets,

De l'odeur du goudron et du frisson des voiles,

Enchanté, je lisais, peints en noir sur des toiles,

Ces noms clairs et légers comme des cris d'oiseau :

Le Brésil, la Plata, Lima, Valparaiso.

Oh! partir sur la mer! — Et puis j'ai du courage.

J'ai réfléchi. Tant pis si nous faisons naufrage.

Comment ! J'aimerais mieux que la mer écumât,

Car je te sauverais sur un débris de mât.

Je sais mon Robinson par cœur. Que tu le veuilles

Ou non, je te ferais une maison de feuilles,

Sur une plage d'or, devant les flots nombreux,

Et là nous resterions tout seuls et très-heureux,

Bien plus, chère maman, qu'ici nous ne le sommes ;

Car ne te vois-je pas triste parmi les hommes?

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