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Faits militaires de Messine en 1848

En face de l’extrémité des Apennins et des riants rivages de la Calabre, séparée de la péninsule italienne, se trouve l’ancienne ville de Zancle, aujourd’hui Messine, sur la mer, entourée de collines peu escarpées et non verdoyantes, dont les bases laissent peu d’espace entre elles et le détroit. Son port, sûr et trèsfréquenté, est un des plus considérables de la Méditerranée ; la ville est les alentours présentent une population de 80,000 âmes.

Fait* militaires.

Une chaussée longe le rivage, mène au Salvaiore de Greci, dernier bâtiment de Messine, et de là à Terre di faro. Derrière l’on parcourt la rue Ferdinanda , parsemée de beaux édifices d’une forte architecture. Une troisième rue parallèle à l’autre, Strada del corso, traverse la ville et conduit vers l’intérieur de la Sicile. La grande rue d’Austria coupe presqu’à angle droit les trois rues sus-mentionnées; une autre, celle de la Giudea , fait un biais en entrant dans la ville et se réunit à la rue Provinciale qui va vers Palerme.

La ville de Messine est encore entourée de sa vieille enceinte Wsïiohnée, sauf le côté vers le nord , où l’on a Bâti leïaüboûrg San-Léo , et vers le sud on àpèrçoit encore les fossés des fortifications primitives. Des six diverses portes, savoir : Y Impériale, Nuova, Porta Legui, Boccetta, Ferdinanda et Real-Basso, il n’existe réellement que les deux premières du côté du sud, où, par des ponts de pierre, la ville est en communication avec le faubourg Zaera.

Aujourd’hui la principale défense de Messine consiste dans la citadelle, très-forte par sa position autant que par l’art. Elle s’élève, du côté intérieur du port, sur le terrain qui lie la plaine de Terra-Nova à la presqu’île de San-Ranièri. Elle forme un pentagone régulier. Les cinq bastions sont nommés : San Stefano, San-Carlo , N'orimberga , San-Francesco èt San- Diégo. Le front de terre, le seul côté qü’dn poisse at-

taquer, est défendu par une demi- lune nommée Santa Teresa, et deux lunettes, Carolina et Francesca, avec lesquelles on communique par des pouls en bois. Les fossés de ce front et de celui qui tourne du côté de la lanterne sont baignés par la mer. Avant 1848, le bastion Don Blasco était entièrement séparé de la citadelle et dans un angle delà plaine de Terra-Nova, pouvant diriger ses feux vers l’ouest et le sud de la ville.

Les fortifications de la citadelle sont construites par des bâtisses solides, ainsi que celles du fort de la Lanterne et de San-Salvatore, élevées à l’extrémité de la langue de terre qui renferme le môle de Messine; pelles du fort Réal-alto, dans l’intérêt de la défense du port, croisent leurs feux avec les batteries du Salvatore et des forts Gonzaga et Castellaccio placés sur les hauteurs entre l’ouest et le sud de la ville.

Après la rébellion du 1 7 mars 1 821 , et pendant plus de vingt-six ans, la tranquillité publique n’avait jamais été troublée à Messine ; son commerce fut prospère; la ville s’embellit et s’agrandit du faubourg San-Leo; elle eut une Université; elle eut son port franc; elle devint diocèse, résidence de l’intendant, siège d’un tribunal civil, d’un tribunal de commerce, d’une cour criminelle et d’appel, enfin d’une douane de première classe.

Le petit mouvement du 1" septembre 1847 dé-

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montra que les soldats de la garnison (moins de 3,000), étaient parfaitement préparés à arrêter et réprimer toute espèce de désordre , et à prouver que la révolte ne serait jamais secondée par la troupe, toute dévouée à ses devoirs militaires.

Mais vers le milieu delajournéedu 29 janvier 1848, bonne partie de la nombreuse population de Messine, criant aux armes, attaquait courageusement et à plusieurs reprises les tranchées de Terra-Nova ; elle en fut repoussée. Quelques caronades (canons de marine), placées par les révoltés dans la rue à'Austria,, ne cessaient de tirer contre la porte qui mène à l’esplanade de la citadelle, tandisqae, du couvent de Sainte-Claire, et de plusieurs maisons , l’on faisait un feu nourri de mousqueterie. L’infanterie et l’artillerie de montagne de la garnison , sorties de leurs casernes , marchèrent en avant et répondirent à l’agression avec la même énergie. Les canons de la citadelle à leur tour causèrent du dommage à la ville. Dans cette échauffourée, la troupe eut 6 soldats tués et 22 blessés, parmi lesquels 3 officiers.

Le 20 février, à la pointe du jour, la population de Messine reprit les armes, et, réunie à des renlorts considérables arrivés de la capitale de l’île , recommença ses attaques contre les quartiers de Terra-Nova et le fort Real-Alto, mais avec des moyens bien autres que ceux du 29 janvier, attendu que la garnison ayant gardé

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une attitude inoffensive par suite d’une espèce de trêve tacite , on avait barricadé les rues qui conduisent à la citadelle , on avait élevé une très-longue tranchée dans la ville, on avait armé de gros canons plusieurs batteries en face du bastion de Sainte-Claire sur le torrent (fiumara), aux quatre fontaines, sur la plaine de la Matrice, dans le fort Andria, sur la Flore, sur un bâtiment (casino), à droite du Noviziato, au INovizialo, aux abords de la Porta-Messina ; enfin sur l’esplanade de l’église San-Girolarno, on avait placé des mortiers de douze. La plus grande partie de cette artillerie et une quantité considérable de munitions avaient été transportées, sans aucune opposition, depuis Palerme aux approches du bastion Sainte-Claire ; on avait pratiqué un tronçon de mine . et tous les courants d’eau qui vont à l’esplanade de Terra-Nova avaient été détruits. Messine était abondamment fournie d'armes à feu et d’armes blanches, et malheureusement, parmi les révoltés, la science et Part difficile de combattre dans les sièges ne faisaient pas défaut.

Le général Cardamone, commandant la province et la place de Messine , à la première invitation du commandant de la frégate anglaise la Thilis, se crut autorisé à traiter, afin de s’entendre pour étouffer dès le principe, d’une manière honorable et réciproquement avantageuse, ces premières étincelles d’un incendie qui pouvait devenir sérieux; mais on exigeait impé-

MMSITfEEN 1848 .

rieusement la reddition du fort Real-Alto , de celui du Salvatore, l’abandon de la plaine de Terra-Nova et de la citadelle. De telles propositions ne pouvant être écoutées, le feu recommença avec vigueur et continua pendant le reste de la journée, malgré de nouveaux pourparlers qui furent sans résultats.

Dans la matinée du 22 février, les attaques se renouvelèrentcontreles quartiers de Terra-Nova, et lorsqu’on commença à se servir du canon, les soldats furent obligés de se retirer sous les murs de la citadelle. Le fort Real-Alto fut également attaqué avec du canon de 24; il devint aisé d’y ouvrir ur.e brèche considérable du côté du front de terre , et les révoltés s’en emparèrent.

La troupe rentrée dans la citadelle, les bombes et les boulets y tombèrenten grand nombre, en môme temps que l’artillerie de la garnison Lâchait de tirer principalement sur les points d’attaque, afin de nuire le moins possible à la ville. Vers les huit heures du soir, le feu maîtrisait les quartiers de Terra-Nova qu’on avait dù laisser en arrière.

Le général Pronio fut expédié de Naples dès qu’on y eut connaissance des tristes nouvelles de Messine; le général y amenait, sur divers vapeurs, deux compagnies de pionniers et de sapeurs , des munitions de guerre de toute espèce et autres objets pour soutenir la défense; le 5* régiment de ligue était dirigé de Ca-

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tan Mro et Cosenza sur la Marina de Paola et Pizzo , pour prendre ensuite ses quartiers à villa San-Giovanni et Rcggio.

Lorsque le général eut mis pied dans la citadelle , et qu’à son grand regret il entendit tonner les canons de la ville et des fortifications, il s’empressa d’expédier à Messine, par l’entremise du commandant du pyroscaphe anglais le Bull-dog , avec les décrets du roi de Naples contenant les concessions accordées aux Siciliens, la proclamation suivanle :

« Aux habitants de Messine ,

« Nommé au commandement militaire de cette in- • téressante partie du royaume, je suis venu pour en « exercer les fonctions, dans l’espoir que les habitants a de Messine, satisfaits des formes constitutionnelles « octroyées, s’empresseraient, avec tous les peuples « d’Italie, de faire éclater la joie que devait inspirer « un changement si heureux et si bien apprécié par « nos frères de Naples, de Rome, du Piémont, de Tos- « cane et de tout ce que renferment les Alpes et les « mers qui baignent cette terre classique italienne. « Mais j’ai été profondément alfecté en m’approchant « de ce port, d’entendre retentir le canon et de voir at- « taquer la citadelle par la ville, pendant qu’à Naples, « au moment de mon départ, tout était préparé pour « le rétablissement définitif des affaires de Sicile. Le « roi , les ministres et tous les Siciliens qui se trou-

MESSINE Bit 1848 .

a vent dans la capitale, prenaient le plus vif intérêt à « une cause d’une si grande importance, et tout sem- « blait conduire au plus parfait accord. Mais si j’étais « destiné à voir persister dans le coupable dessein de « répandre du sang inutilement, si l’on continuait à a attaquer ou à préparer de nouveaux moyens d’agir « contre nos ouvrages, je déclare que la ville sera mise « sur-le-champ en état de siège , et que, conformé- « ment aux ordonnances militaire», j’aurai recours à « tous les moyens possibles et j’agirai avec la plus a grande énergie pour défendre la place contre toute « nouvelle hostilité. »

A cette proclamation du général Pronio, on répondit par l’artillerie et la construction de deux batteries, l’une sur le fort Gonzaga, armée de deux gros canons essentiellement destinés à battre l’intérieur d« la citadelle et à éloigner, du côté de la mer, les bâtiments de l’escadre , l’autre placée vers le côté gauche du Novizialo. 11 Mut alors songer sérieusement à la défense. O ' le lazaret, et on établit, avec des

sacs ' , deux batteries de canon vers le débouché

de la Citadelle du côté de la grand’garde, afin de battre la porte et la plaine de Terra-Nova ; le mur devant l’arsenal de Messine fut démoli, et le fort San-Salvatorc dirigea vigoureusement son feu contre les fortifications de Heal-Alto, dont les insurgés étaient devenus maîtres.

«bsbirb br 1 848. , 0

Au commencement de la journée du 25, on plaça deux obusiers sur la batterie de la grand’garde, pendant que la canonnade était moins vive que la veille ; elle cessa même à midi précis. Aussi vit-on, vers le soir, plusieurs officiers anglais se promener sur la plaine de Terra-Nova, et peu après, des habitants de la ville les suivirent et s'approchèrent jusque sous la portée du canon des nouvelles batteries. L’on poussa alors en avant deux compagnies du 4* de ligne, afin d’occuper le bastion Don Blasco, qui avait été abandonné, et une autre compagnie fut placée derrière les meurtrières de l’arsenal. Mais le feu recommença, lamousqueterie d’abord et ensuite le canon se firent entendre tant du côté de la ville que du côté de la citadelle. Le feu continua jusque bien avant dans la nuit, et la garnison eut quatre soldats tués et dix-huit blessés , dont un officier.

Le lendemain 26, de bonne heure, pendant qu’on était occupé à embarquer pour Reggio des fusils sur le Ferdinand 11, le feu de mouiqueterie se re‘ l, vela et l’embarquement fut suspendu à plusieurs rep La nuit, une nouvelle batterie fut placée par les artilleurs à l’entrée de Terra-Nova. Les avant-postes furent plusieurs fois attaqués, et l’ennemi fut constamment repoussé Dans la matinée du 27, l'artillerie de la citadelle, continuant ses travaux, fit taire celle du Novi-< ziato ; on arma alors le bastion Don Blasco, et l’on ou-

iO MESSÜIE EN 1848.

yritun tronçon de tranchée, afin d’établir la communication entre le front de terre et la fortification qu’on était en train de construire.

Le fort Alto et les autres batteries des insurgés ayant cessé leur feu pendant vingt-quatre heures, on se flattait que le calme s’était rétabli dans Messine ; mais, dans l’après-midi du 29, plusieurs coups de canon furent échangés entre le bastion Don Blasco et la batterie de Sainte-Claire. Dans la nuit, on plaça trois canons sur les fortifications élevées de Terra-Nova, et, afin de garantir la troupe des coups de l’ennemi, on revêtit de sacs à terre les parapets de la citadelle et du fort San-Salvalore. La ligne des avant-postes fut attaquée comme les nuits précédentes, et soutint, sans s’ébranler, un feu continu de mousqueterie et d’artillerie.

Vers le soir du 1« mars, la ville recommença son feu avec toute son artillerie, et peu après l’on vit s’élever des flammes, d’abord des quartiers de Terra- Nova, ensuite de l’arsenal et du port franc.

A trois heures de l’après-midi, la canonnade reprit par intervalle entre les tranchées et la batterie de Sainte-Claire.

Dans les journées des 3 et 4 mars, il y eut peu de mouvement. On en profita pour faire entrer dans la citadelle deux compagnies d’élite du 5* de ligne ; mais vers la nuit on tira sur la tranchée, et la citadelle à

MESSINE EN 1848. il

son tour riposta sur la batterie du Noviziato, afin de détruire les blindages qu’on y préparait.

Le 4 mars, l’artillerie des remparts continua son feu, toujours dans le but d’annihiler les constructions de blindages, et la garnison transporta sur le front entre Norimberga et San-Carlo plusieurs mortiers et obusiers de 80, pour combattre l’artillerie du Noviziato, d’Andria et de l’hôpital militaire. On reçut plusieurs ouvrages de fascinage , confectionnés dans le fort de Scilla, et l’on commença la construction de quelques traverses sur les remparts et les courtines, où le soldat était le plus exposé, pendant qu’on continuait le couronnement des parapets.

Dans la nuit, plusieurs bandes armées, profitant d’une pluie abondante , essayèrent à plusieurs reprises d’attaquer les batteries et la tranchée de Terra-Nova.

Le jour suivant, les autres compagnies dn 5* de ligne entrèrent dans la citadelle. U s’ échangea quelques coups de canon le 6 ; mais le lendemain la ville, avec ses neuf batteries, dont deux de mortiers, fit un feu très-nourri, et, des jardins entourant le fort de Don Blasco, on tenta d’enlever la position; maison éloigna les assaillants en tirant à mitraille, ce qui leur fit perdre beaucoup de monde. Le feu continua pendant treize heures. Le bastion San-Carlo, où était placé le drapeau de la citadelle , souffrit beaucoup , et

le corps de logis sur la courtine, entre le bastion San-Carlo et Norimberga , qui servait d’habitation aux officiers de la garnison , fut démantelé par les bombes.

Le fort San-Salvatore souffrit également par le tir vertical des batteries casematées de Real-Alto. Cinq gros projectiles tombèrent sur le fort de la Lanterne, détaché de la citadelle.

Le lieutenant La Bianca , des pionniers , jeune homme d’une grande espérance, fut tué par un éclat de bombe, pendant qu’il encourageait au travail des sacs les soldats, dont douze furent également tués.

Le lieutenant Andruzzi et l’enseigne Consaivo, de l’artillerie, furent blessés ainsi que vingt-neuf soldats.

Le matin du 8, on tira de toutes les fortifications ; le feu prit à la direction d’artillerie, et il ne fut pas possible de l’arrêter. Vers midi, un incendie se manifesta aussi au pavillon en face de la porte principale ; grâce aux efforts des sapeurs et des pionniers, on parvint à l’éteindre vers la fin du jour. Mais le feu d’artillerie continua toujours avec vivacité. On perdit trois soldats, il y en eut dix de blessés ; l’adjudant Losenna, de l’artillerie, le fut pendant qu’il dirigeait une grosse pièce sur les remparts de la citadelle.

Le 10, l’artillerie de la ville ne bougea pas; la garnison de la citadelle, pendant la nuit, plaça quelques

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canons sur les points les plus exposés et continua la construction de plusieurs traverses.

Le lendemain , le fort du Salvatore tira quelque^ coups de canon pour inquiéter les travaux de siège.

Le vieux et brave général Palma vint vers cette époque déposer dans la citadelle de Messine, les bouches à feu, les munitions et tout ce qu’il avait retiré de la place de Syracuse.

Le général Pronio, dans ses rapports, ne cessait de faire les plus grands éloges de la garnison, dont la bravoure et le dévouement éclataient au milieu d’obstacles et de dangers de toute espèce.

11 signalait aussi la conduite honorable des défenseurs du fort de la Lanterne, exposés à un bombardement pour ainsi dire continuel, sans avoir, en aucune manière, les moyens de l’éviter.

Le 15 au matin , on demanda une suspension d’hostilités, et bien qu’il ne fût nullement question de s’entendre sérieusement, on convenait néanmoins qu’il fallait mettre un terme à un conflit inutile autant que sanglant des deux côtés. Mais après trois jours, on remarqua que les révoltés travaillaient à la construction de nouvelles batteries, et il fut indispensable de leur faire connaître qu’ils ne pousseraient pas impunément plus loin leurs travaux. D’ailleurs, vers le soir du 24, sept canons du plus fort calibre furent démonlés par le fort de Real-Alto et transportés vers ces bat-

terie8sans qu’on eût tiré pour déranger ces préparatifs d’une hostilité manifeste, ni les autres travaux de siège que firent journellement les insurgés.

Pendant près de trois mois, il n’y eut de part et d’autre que des faits d’armes insignifiants, à part quelques coups de canon que le général Pronio se vit obligé de tirer sur quelques points de laville.

Le 5 juin, les Siciliens rompirent l’armistice sans le dénoncer; ils cherchèrent à attirer l’attention de la citadelle sur la place de Terra-Nova, et, pendant la nuit, ils tentèrent, sur le côté opposé, d’escalader le fort San-Salvatore. Ils trouvèrent la garnison préparée contre toutes les attaques.

Mais la révolution ayant été écrasée à Naples etdans les Calabres, le roi de Naples se décida à soumettre la Sicile, afin d’y ramener l’obéissance, d’y rétablir l’ordre qu’on y avait troublé sous de vains et coupables prétextes, d’autant plus coupables que la guerre civile est ordinairement le résultat de tous ces mouvements populaires.

L’entreprise était des plus hardies, et peut-être des plus dangereuses sous le rapport politique, par suite des dispositions plus ou moins équivoques de quelques puissances de premier ordre en Europe. Tout semblait devoir en compromettre le succès. A la première nouvelle à Païenne qu’une expédition partait pour la Sicile, tout le monde dans l’ile paraissait disposé à re-

UESSINB EN 1848.

pousser l’agression , mais aussi toutes les espérances étaient fondées sur la défense de Messine, lndépendemment des bandes armées (squadre) , on avait réuni dans la place quatre bataillons d’infanterie, 2,000 hommes de garde nationale, en tout à peu près 15,000 hommes; on avait armé tous les anciens bastions de la ville, on avait immensément augmenté les obstacles de toute nature dans Messine et les faubourgs, ainsi que le nombre des bouches à feu de tout calibre; 1 20 canons et 30 mortiers tirés des arsenaux de Toulon et de Woolvich , pouvaient diriger leur feu sur la citadelle, le bastion Don-Blasco, le Salvatore, la Lanterne, et toutes les batteries de côte élevées par les Anglais en 1809, ainsi que la nouvelle batterie la Sicile, étaiènt préparées pour s’opposer au débarquement des troupes royales.

Ou pensait généralement que tous les efforts de l’armée napolitaine seraient vains, et que même elle trouverait sui 1 la terre sicilienne sa destruction totale et son tombeau 1

Le Roi confia l’importante mission de soumettre la Sicile à un corps d’armée plus remarquable par sa valeur que par le nombre, et nomma le lieutenant-général Filangieri commandant en chef de l’expédition de terre et de mer. Ce choix fut le présage du pins heureux résultat, puisqu’il tombait sur l’homme de génie, entreprenant, actif, parfaitement au fait des

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mystères de la guerre, riche en expédients, et possédant au plus haut degré l’art difficile de se faire aimer par ses subordonnés et d’en relever le moral. A cette nouvelle le petit corps d’opération acquit cette précieuse entente qu’inspire la confiance entre les inférieurs et les chefs ; les soldats acquirent également la certitude qu’on pouvait se passer du nombre et surmonter tous les obstacles, du moment quel’inteUigence, la discipline et la valeur régnaient dans leurs rangs; il n’y eut qu’une idée sur l’heureuse issue de la tâche délicate confiée à un général qui, par ses qualités transcendantes et exceptionnelles, devait largement répondre à l’attente du Roi et du pays.

L’armée fut composée des troupes qui avaient le plus honorablement combattu dans les Calabres, de la brave garnison de la citadelle de Messine et de deui régiments suisses. L’escadre présentait trois frégates à voiles, six à vapeur, deux corvettes également à vapeur, et cinq autres pyroscapbes de plus petite portée, huit canonnières, douze balancelles (paranzelli), quatre scorridoi et vingt barques.

Dans la matinée du 20 août, on embarquait dans le port militaire de Naples, aux cris de vive le Roi, les 3* et 4* régiments suisses. Le général en chef, avec son état-major, prit place sur le Stromboli.

Aussitôt l’escadre arrivée à Reggio , l’ordre fut donné de débarquer la troupe , sauf un bataillon du 3* suisse qu’on envoya dans la citadelle.

Le lendemain, la garnison de la citadelle reçutencore un bataillon de carabiniers, le 13* régiment de ligne et le 4* bataillon de chasseurs, avec quatre obusiers de 12.

L’armée fut organisée en deux divisions, chaque division de deux brigades, ainsi qu’il suit :

Commandant en chef, S. E. le lieutenant-général Filangieri, Prince de Satriano.

Commandants df.s Divisions.

1” Division. — Maréchal de camp, Pronio.

2 e Division. — Maréchal de camp. Marquis Nunziaote. Commandants des Brigades.

1™ Division.

1” Brigade. — Brigadier Schmid.

2' Brigade. — Brigadier Diversi.

2* Division.

1” Brigade. — Brigadier Lanza.

2* Brigade. — Brigadier Busacca.

Corps.

1'* division.

1" brigade : 4* de ligne, 2 bataillons; 6° de ligne, 2 bataillons; Sapeurs, 2 compagnies.

2* brigade : Carabiniers, 1 bataillon; 13* de ligne, 2 bataillons ; 4* chasseurs, i bataillon ; 3* Suisse, 1 bataillon.

2* division.

I” brigade : 5* de ligne, 4 compagnies; 7* deligne, 2 bataillons ; 1" chasseurs, 1 bataillon ; 3* chasseurs,! bataillon; S* chasseurs, I bataillon; 6* chasseurs, 2 bataillons.

2' brigade : Ponloniers, 2 compagnies; pionniers, 1 bataillon; 3* de ligne, 2 bataillons; 3* Suisse, 1 bataillon; 4* Suisse, 2 bataillons.

Le général en chef comprit que l’occupation de

Messine servirait de base d’opération pour entrepren-

dre l’occupation de toute la Sicile , que le débarquement devait avoir lieu sur le peint le plus rapproché de la citadelle, et qu’il était utile de faire concourir à l’attaque de la ville cette brave garnison, en la faisant avancer par les communications intérieures; mais le seul obstacle qui paraissait s’opposer au premier débarquement de la troupe, réunie à Reggio, était une batterie placée au débouché de la Zaera (Fiumara), et une autre qu’on croyait placée un peu plus loin. 11 fut donc décidé de débuter par détruire la batterie dont on connaissait l’emplacement, et ensuite celle dont on présumait l’existence.

Dans la nuit du 2 au 3 septembre, on fit partir de Reggio vingt et une embarcations et la frégate Regina, remorquée par quatre pyroscaphes. L’escadre arrivée près des Moselli,les bâtiments légers se formèrent sur deux lignes en échiquier, vis-à-vis et à côté de la batteriequ’il fallait emporter, les pyroscaphes en arrière, après la frégate Regina.

L’activité du feu parti des bâtiments, ainsi que de l’artillerie du bastion D.Blasco, renversa le parapet de la batterie.

La frégate à vapeur Roberto hissa Le signal convenu pour la sortie, et quatre compagnies d’élite du 4’ et du ,6* de ligne servirent d’avant-garde à un bataillon du 3' Suisse, à un bataillon du o* de ligne, et à des détachements d’artillerie et du génie , tournis des ustensi-

les nécessaires. Il y avait en tout 80 officiers et 1 ,838 sous-officiers et soldats.

Débouchant par la poterneDon-Blasco, l’avant-garde de cette colonne, commandée par le colonel Rossaroll, rasa sur la droite les jardins dominés par ce bastion; poussa deux compagnies de chasseurs pour défendre ce côté, et se lança avec rapidité sur la batterie, où elle fut rejointe par les marins des canonnières; et en hissant le drapeau royal aux cris de Vive le roi I les artilleurs et les sapeurs mirent à l’instant hors de service les affûts, et qnclouèrent sept canons de gros calibre.

Le vapeur Robert, en se portant en avant, balaya la marine avec ses grosses pièces, et les marins, descendus à terre, s’emparèrentd’un canon placé sur une scorridoja qui était à sec sur la plage. Dans ce mouvement rapide, on prit aussi cinq autres pièces de petit calibre avec les caissons et les munitions.

Dès que le mouvement fut aperçu, le tocsin sonna dans la ville et les faubourgs, et les insurgés lancèrent des hauteurs qui environnent Messine une grêle de projectiles sur la citadelle, qui répondit à ce feu avec une grande vigueur. De la batterie du Novixiato , on tâcha aussi de nuire aux bâtiments légers et aux vapeurs; mais cette opération préliminaire accomplie de la manière la plus favorable, tous ces navires allèrent prendre leurs positions à la Calone et à Reggio ; le gé-

néral en chef s’occupa de l’exécution des autres dispositions qu’il avait arrêtées, et donna les ordres nécessaires pour attaquer Messine.

Le 4 septembre, on commença à Reggio l’embarquement des troupes et du matériel ; mais il fut interrompu par une pluie diluvienne, et ne put être effectué que le lendemain.

L’escadre quitta Reggio en deux divisions : l’une se dirigea vers Messine, l’autre du côté gauche de la ville.

Le soleil était à peine levé le 6, que les divisions de lancioni, scorridoje et balancelles armées, soutenues en seconde ligne par les pyroscaphes, commencèrent un feu très-vif d’artillerie, sur un front fort étendu, contre les vignobles qui couvrent les villages de Conlessa et les habitations environnantes.

On donna, vers les neuf heures, le signal de débarquement à un peu moins de trois milles au sud de Messine. Les marins des bâtiments légers furent les premiers à mettre pied à terre ; parcourant le rivage avec la plus grande célérité, ils commencèrent leur feu afin d’éloigner les tirailleurs qui s’y étaient cachés, et qui ne firent pas grande résistance. Peu après, quelques compagnies du 1" bataillon de chasseurs débarquèrent et s’avancèrent, sans hésiter , en colonne ouverte, vers les roseaux et les vignobles, entre le rivage et la chaussée allant sur la Contessa. Les autres

compagnies de ce bataillon s’engagèrent successivement au feu sans attendre le 6' bataillon , qui était chargé d’agir en même temps sur la droite, ni le 5 e et le 3* bataillon des mêmes troupes légères.

Il ne fut pas possible au 1" de chasseurs de gagner, dans le premier élan, la large et belle route de Messine à Calania, parce que les maisons latérales dominant les terrains parcourus étaient garnies de défenseurs qui, encouragés par leur immense supériorité numérique, soutenus par leur position, et garantis par les murs à droite de la route , les volets des ouvertures, les matelas placés sur les balcons, et les tuiles des toits à la hauteur des fusils , continuèrent , avec la plus grande audace, le feu le plus meurtrier sur les soldats; mais malgré tous les obstacles, et des pertes en morts et blessés, ces braves gardèrent les positions conquises.

Le 6* de chasseurs, à peine débarqué, se mit en ligne sur la gauche du 1 er , et peu après, parurent le 5* et le 3' de chasseurs. Pendant un feu vif de mousqueterie, des grenades furent lancées par les pyroscaphes sur les toits des maisons de Contessa, sur l’église et sur les hauteurs voisines, occupées par les révoltés.

Sur la droite du 1" de chasseurs, vinrent se placer un bataillon du 3* Suisse et un autre du 3* de ligne. La ï division n était pas encore débarquée en totalité

jTKSStNE EN 1848.

lorsque le brave général Nunziantê, le vainqueur et le pacificateur des Calabres, poussa aussi l’attaque sur l’extrême gauche, afin de déboucher sur le flaric droit et de tournée l'ennemi , décidé à une défense opiniâtre vers le milieu de la ligne de bataille. Le brave brigadier général Lanza, conduisant la colonne d’attaque, fut blessé.

Continuant le mouvement double et offensif sur le front et par la gauche , et parfaitement secondés par l’artillerie de montagne, qu’on avait descendue des pyroscaphes, les soldats de la 2* division gagnèrent la chaussée et les maisons adjacentes; mais l’on ne put avancer que pas à pas sur un terrain défendu à outrance, et, au moyen des échelles, des poutres, des murs et des volets renversés, on chercha à débusquer dès ennemis invisibles, hiais animés d’unè ardeur extraordinaire.

Celte ligne de bataille changea alors de front à droite et se disposa successivement en ordre oblique, la gauche poussée en avant et développée le long des pentes des collines environnantes. Le général Nunziante, continuant toujours le mouvement avec de l’artillerie de faible calibre, et ne cessant de gagner du terrain, atteignit le torrent de Bordonaro, entre la Conlessa et Gazzi. L’ennemi, placé derrière le mur qui borde la rive gauche, opposa la plus vive rési-

MESSINE EN 1848. i‘&

stance ; mais nos soldats le combattirent avec la plus grande valeur.

Au passage de ce torrent, on perdit un canon avec son affût ; les capitaines Melendez, Livea et le lieutenant Candore, de l’artillerie, y furent blessés ainsi que plusieurs artilleurs et des animaux d’attelage du train.

L’ennemi repoussé jusqu’aux première» maisons du petit village de Gazzi, on déboucha sur la placé où est l’église de Saint-Nicolas, dont l’immense clocher, d’une grande élévation, était occupé par plusieurs hommes armés, ainsi que les maisons adjacentes.

Par le tir bien dirigé de quelques pièces de montagne, la porte de l’église fut enfoncée, et l’on se porta en avant, toujours en combattant et au milieu des flammes s’élevant des maisons que la troupe enlevait, l’une après l’autre, âux insurgés.

On détacha alors vers la droite un bataillon du 3* de ligne et un autre du 4* Suisse avec cinq pièces, afin de déboucher sur lo flanc gauche et de tourner les positions de l’ennemi, line fut pas possible d’atteindre ce but, par suite de la forte résistance que l’on rencontra au couvent de la Madeleine, et des nombreux moyens dedestruction et de défense réunis dans les environs. Mais le mouvement, exécuté avec ordre, intrépidité et audace, sons le feu le plus vif de mousquete-

rie et d’artillerie, mérita les éloges des commandants

des escadres étrangères mouillées devant Messine.

Le feu se ralentit vers la nuit, et la 2 * division établit militairement son camp, la gauche appuyée sur les hauteurs de Messine, le centre à un quart de mille de Porta Zaera et la droite sur les murs du bastion Don Blasco.

Le général Pronio, dans la matinée du même jour 6 septembre, avait rassemblé sa division entre lapremière enceinte et la grand’garde de la place. A peine eut-il reconnu lesignal de sortie, la 2' division ayant exécuté le changement de front à droite, qu’il mit en mouvement la première colonne formée des quatre compagnies d’élite du 4* de ligne, trois du 6*, une compagnie de pionniers et quatre obusiers de 12. Cette troupe, en traversant la plaine de Terranova sous la mitraille de l’ennemi et de la inousqucterie des maisons latérales, s’approcha de ces quartiers, les attaqua avec la plus grande bravoure, et s’en empara malgré la plus vive résistance. Une compagnie de chasseurs du 4* de ligne s’établit immédiatement à gauche du bastion Sainte-Claire; 150 soldats du 6* régiment occupèrent le Port-Franc, et les pionniers, sans perdre un instant, commencèrent à perforer le mur qui sépare les casernes du couvent de Sainte-Claire. Le général ordonna ensuite à cinq compagnies du 4" de ligne et aux bataillons de chasseurs de rejoindre cette première

colonne, et de se former en masse derrière le grand et fort bâtiment à l’est de Terranova. On vit en ce moment l’ennemi rétrograder dans la rue d’Austria, et de la fumée s'élever devant le Port-Franc. Le feu avait pris aux galeries qui, de cette rue , s’étendaient sur huit fourneaux de mines préparés dessous les profondeurs de l’édifice; mais heureusement les fortes pluies tombées s’étaient infiltrées dans ces galeries , et l’explosion n’eut pas lieu.

Ce coup manqué, les insurgés rentrèrent en grand nombre dans le Port-Franc, et dirigèrent leur feu de mousqueterie sur le flanc droit de la brigade réunie en masse. Le colonel Mori, du 4“* de ligne, elle capitaine Pellegrini, de l’artillerie, y furent tués.

Les pionniers eurent beaucoup de peine à perforer le mur, qui était en briques très-épaisses; ils parvinrent néanmoins à faire une assez large ouverture; mais un événement aussi rare que malheureux suspendit le cours de la victoire. Une bombe ennemie ayant éclaté au milieu de la troupe serrée en masse, tua des hommes, en blessa un grand nombre , et le feu ayant pris aux cartouches dont étaient munis les soldats, presque tous ceux de deux compagnies du 6* de ligue furent horriblement mutilés. Le 13* sortit alors rapidement de la citadelle pour venir recompléter les rangs.

C’était vers la fin du jour; les jeunes soldats de la 1" division avaient sous les yeux leurs camarades morts

MESSIHNE EN 1848.

2fi

ou mourants, brûlés, et plusieurs entièrement consumés par le feu, spectacle des plus affligeants, dont les généraux , jwir des paroles consolantes , et les officiers par leur courageux exemple , tâchaient d’atténuer la triste impression. Le général Pronio, afin de prévenir les accidents de la nuit, jugea cependant nécessaire de se retirer pour se préparer à l’attaque du lendemain, qui devenait de plus en plus sérieuse et décisive; il donna donc à la troupe l’ordre de rentrer dans la citadelle et prévint le général en chef de son mouvement.

Le général en chef, en apprenant le motif qui avait empêché la i* division decoopérer àl’exécution de son plan d’attaque, prescrivit au général Pronio de sortir le lendemain au point du jour, et tournant extérieurement le bastion Don Blasco , d’attaquer l’édifice de la Madeleine devenu l’arc-boutant , le point capital de la défense.

Pendant la nuit du 5 au 6 septembre , les avantpostes échangèrenlsansinterruption descoups de fusils, etil y eut quelques alarmes à peu près sansconséquence. Le général en chef se plaça au milieu de la 2' division après avoir ordonné quelques dispositions pour la sécurité du camp et pour l’attaque du lendemain ; puis avec celte bonté qui le caractérise, il manifesta et partagea avec les braves militaires les regrets qu’inspiraient les pertes qu’on avait faites et la peine qu’exci-

M*.«strrE fin 1848. 27

taient les soaffrances des blessés qui se trouvaient dans le camp.

Les soldats attendaient avec impatience le moment d’être ramenés au feu et de venger leurs camarades; aussi dès le lever du soleil, le 7, la mêlée recommença chaudement sur toute la ligne. L’ennemi fut partout combattu avec un élan extraordinaire et vaillamment repoussé par l’infatigable 2 e division, bien quelle fût amoindrie dé deux bataillons et de quelques pièces détachées pour l’attaque du couvent delà Madeleine (1). Au détour de la chaussée, avant d’arriver à l’hospice de

(t) Le feu commençait à peine que le général en chef reçut, par l'entremise du général Pronio, la lettre suivante :

« A bord du vaisseau l'Hercule, devant Messine, le 7 septèm- « bre 1848, it quatre heures du matin.

A monsieur le Général en chef de l’armée du roi dé Naples.

• Monsieur le Général,

a Les navires de guerre anglais et français ne peuvent plus « recevoir les familles messinoises qui fuient le sac de la ville et « le pillage dont elles se croient menacées. C’est donc au nom du « Dieu de miséricorde que les soussignés, commandant les forces « navales de France et d'Angleterre, viennent faire appel aux « sentiments d'humanité du représentant du roi de Naples; ils « viennent le supplier d'accorder une trêve pour éviter l'effusion « du sang qui a déjà trop coulé, et pour établir les conditions a d’une capitulation, lesquelles seraient débaltuesà borddu vais- « seau français l'Hercule par des chargés des pouvoirs des deux « parties belligérantes. Les soussignés offrent leurs respects et

Collo-Reale , I es ennemis opposèren tune telle résistance , par un feu nourri de mousqueterie et d’artillerie, qu’il fallut combattre au pied de chaque mur.

Les bataillons de chasseurs , augmentés d’un autre

a l’assurance de la haute considération qu’ils professent pour le « général en chef.

a Le capitaine de vaisseau commandant le Gladiateur,

a Robb.

• Le capitaine de vaisseau commandant l'Hercule, tiOlMï. a

Le général Kilangieri eipédia sur le vaisseau français f Hercule le colonel Picenna.de l’élat-major, pour faire savoir au colonel Nouay que si l'ennemi suspendait les hostilités, il en ferait autant à son tour, afin de donner le temps aux Messinois de se soumettre pleinement à leur souverain légitime ; mais qu'il lui annonçait, ainsi qu'au colonel Robb , qu'il continuerait à combattre jusqu'à ce que la soumission fût certaine et entière.

En attendant, les membres du conseil exécutif de Messine réfugiés sur Cliercule, euren l'audace de transmettre par le lieutenant-colonel Picenna , un écrit contenant les bases de la capitulation, et ainsi conçu '

« Les royalistes prendront possession de la ville ; la question

• gouvernementale sera décidée par le parlement; on respec- « te», à l'égard de tous sans aucune exception, l'honneur, la « vie, la liberté individuelle et les propriétés; le gouvernement « de la ville reste» aux autorités actuelles, les prisonniers se-

• ront réciproquement rendus. »

Le capitaine Nouay , en remettant ce papier au colonel Picenna, lui dit d’étre persuadé d'avance, que ces bases ne pouvaient être acceptées; mais qu'à cause de ses instructions particulières, et de celles du commandant anglais du Gladiateur, il priait instamment qn'on lui adressé' une réponse par écrit. Or,

du 4* Suisse et de partie du 3*, se lancèrent en avant vers la gauche, repoussant vigoureusement des masses considérables de révoltés , et aussitôt qu’ils les eurent mises en fuite , ils couronnèrent les hauteurs voisines , bien qu’ils fussent tourmentés par l’artillerie du Noviziato.

Vingt-cinq soldats du i7* de chasseurs, douze du 4* Suisse et les trois sapeurs Gennaro Volpicelli, Cosmo Guerrieri, et Andrea Portolano, descendirent vers le torrent(FiumarajZaera,etgrimpèrentsurlacollinedont le sommet estcouronné par le fort tionzaga. Ace trait d’audace les révoltés abandonnèrent les fortifications et le fort fut enlevé. Dans l’ivresse du succès, et avec une témérité inouïe, sept de ces soldats se détachèrent de leurs camarades , et parvenus au bas de l’enceinte

comme les conditions n'étaient pas signées, le général en chef, afin de leur imprimer une certaine régularité, les fit transcrire snr deux feuilles; il les signa pour copie conforme, et les renvoya après y avoir ajouté les lignes suivantes.

« Monsieur le Commandant.

a Ci-dessus la copie des prétendues bases de la capitulation « que mon chef d’état-major me remet de votre part. Mon de- « voir et l’honnenr militaire me défendent de les accepter, ce a que vous sentirez aussi bien que moi.

a de profite de cette occasion pour vous remercier, ainsi que a votre collègue, de votre médiation amicale, quoique malbeua reuseineut infructueuse, a

de Messine correspondant avec les batteries ennemies du INoviziato, ils la franchirent au moyen d’une échejlp et s’y maintinrent courageusement.

La grande route de Calania était défendue par plusieurs bouches à feu, dpnt les tirs commandaient à toute sa longueur. Un fort détachement du 7 e de ligne et une poignée de soldats suisses du 3‘ se jetèrent dans les ternes attenantes aux bâtiments du côté de l’ouest, et dirigèrent un feu des plus suivis sur les artilleurs ennemi?.

La 8 e compagnie de fusiliers suisses, se trouvant derrière l’hospicede Collo-Reale, d’où l’on avait tiré sur elle, s’élança avec une grande hardiesse pour s’emparer de cet établissement , surmonta toute résistance, pénétra, par les avenues latérales du jardin, dans le vaste bâtiment, repoussa et tua tout ce qui voulut tenter de l’arrêter , et, par les croisées, elle foudroya tous les artilleurs qui servaient les bouches à feu sur la chaussée.

La gauche de la division était déjà sur les hauteurs dominant le flanc droit de l’ennemi ; ses succès et les heureux résultats des autres attaques jetèrent le découragement et l’épouvante parmi les révoltés, dont la retraite fut des plus précipitées.

Cependant quelques-uns des plus audacieux persistant à servir quelques canons sur le grand chemin, un 1" sergent et deux soldats du T de ligne, joints à un sergent et quelques militaires du 3” Suisse , s’élancent avec une intrépidité sans exemple, et se présen-

tent à bout portant devant la batterie, g'y poussent alors tète baissée, tuent ou mettent en fuite les insurgés

qui étaient restés à leur poste. Ces braves soldats, rejoints par leurs camarades venant par la même grille, et les bataillons qui s’avancent sur la roule avec l’artillerie, s’emparent, aux cris de Vive le roi, des munitions ainsi que des boucbes à feu qu’ils enclouent surle-champ.

Les soldats du général Nunziante, victorieux de tous les obstacles, avant de pénétrer dans la ville de Messine, se réunirent et se mirent en ordre depuis les hauteurç jusqu’à la porte Impériale.

Au lever du soleil de cet heureux jour, qui décidait des destinées futures de la Sicile, et peut-être de l’Europe , la première division sortit de la poterne de -Don Blasco, côtoyant la mer, tourna à droite, et traversant les jardins de Moselle, se dirigea vers le monastère de la Madeleine.

Le général Zola était à la tète de la colonne, comprenant un bataillon du 3 e et un autre du 4* Suisse, un bataillon du 3' de ligne, une compagnie de sapeurs et quatre obusiers de 12. La réserve, composée des autres troupes de la division, resta sous les ordres du brave et loyal général Pronio.

La résistance opposée par l’ennemi, du moment que nos soldats se montrèrent, est indicible; chaque pas coûta d’énormes sacrifices. Afin d’éloigner les révoltés des

maisons rurales et des deux premiers murs des jardins qui formaient des enceintes dominées par l’édifice de la Madeleine , on fut obligé d’ouvrir un passage à coups de canon et par des travaux qu’exécutèrent habilement des troupes du génie , exposées sans cesse aux feux de mousqueterie et d’artillerie.

Les premiers obstacles surmontés , il s’en présenta un beaucoupplus difficile à vaincre. De toutes les ouvertures des bâtiments à côté de l’édifice , des toits et du clocher de l’Eglise partaient d’innombrables coups de feu. Les défenseurs étaient en foule dans les maisons à gauche et dans l’allée à côté ; et vers le prolongement du mur de l’Église, il y avait un canon qui faisait le plus grand ravage parmi les assaillants. Pendant deux heures nos soldats furentexposésàun feu croisé que lançaient de tous côtés des insurgés abrités par des matelas et des couvertures; mais la vue de la quantité de morts et de blessés dans les rangs de nos braves soldats excite de plus en plus leur courage, leur ardeur à venger leurs camarades. Par une petite brèche, que le canon a faite et que les soldats élargissent au moyen des baïonnettes et des crosses de fusils, ils débouchent dans la seconde enceinte et commencent à se déployer sur la gauche, d’abord parce que le terrain est plus uni, et ensuite par ce qu’ils veulent à tout prix se réunir à la 2“ division.

Lesdeux bataillons suisses, marchant sur la gauche,

s'empareront, après une attaque opiniâtre, d une batterie de mortiers établie pour nuire à la citadelle; on y plaça, en fort peu de temps, quatre obusiers pour battre artillerie qui tirait contre les colonnes d’attaque.

Après des efforts héroïques et quatre assauts réitérés contre une suite de bâtiments entièrement renfermés, on parvint enfin à dégager le front de la gauche de la ligne de bataille; ainsi l’édificede la Madeleine fut isolé et privé des défenses latérales.

Il y eut beaucoup d’officiers distingués et de vaillants soldats tués ou blessés. On regretta vivement la perte ducapilaine adjudant-major Manuel, du 4* Suisse, du lieutenant adjudant-major du même régiment, du lieutenant Rossi, aide-de-camp du général Zola, et de ' l’intrépide capitaine Andruzzi , de l’artillerie, qui fut tué sous les murs de la Madeleine.

Mais il restait encore à conquérir le principal boulevard des révoltés et le dernier mur qni l’entourait. On faisait un feu nourri du monastère , rempli d’hommes décidés à en défendre l’entrée à tout prix. Cependant les artilleurs étaient parvenus à la troisième enceinte par une nouvelle brèche faite à coups de canon. Aussitôt que les sapeurs l’eurent rendue praticable, les soldats du 3* et du 4* Suisse , avec ceux du 3* de ligne et des autres corps, s’y élancèrent au pas de charge et vinrent occuper les jardins de ce vaste et solide édifice.

Ils ne s’arrêtèrent pas là : affrontant le danger le plus Faits militaires 3

34 MESSINB BU 1 848.

imminent, ib abattirent les boisages des portes, arrachèrent les grilles en 1er, pénétrèrent dans l’intérieur de la Madeleine et passèrent par les armes tous les ennemis qu’ils y trouvèrent; en ce moment le soldat Amy, du 3* suisse, montra une bravoure et une adresse admirables.

Ceuxqui, parmi les révoltés, purent s’échapper, s'enfuirent vers la porte Neuve, et tâchèrent en vain de défendre six gros canons; mais quelques coups furen t à peine tirés à mitraille à peu de distance, que les pièces furent enlevées à la course par quelques soldats du 3* suisse.

ba résistance faiblissait de ce côté, et la 1" division se nattait en communication avec la 2” par la chaussée qui traverse celles de Portanova et Porta Impériale,

Çe fnt alQra quç l’ennemi, persuadé que tout effort serait inutile et que partout il était repoussé par nos braves soldats, se décida à abandonner peu à peu toutes les batteries qui avaient foudroyé la citadelle; la déroute devint générale , et on chercha à sç sauver à travers çhatnps en bandes nombreuses qui disparaissaient les unes après les autres pour chercher des retraites éloignées et sûres. Ainsi, en deux jours, cette défense, pré,parée pendant plusieurs mois avec des moyens extraordinaires, avait efé vaincue et réduite au néant.

Mab da n » ce moment de victoire complète et incon-

testable , le général Filangieri sut joindre à la gloire militaire la gloire civile.

Son premier soin fut de préserver Messine du pillage, ainsi que de l’incendie qui commençait déjàsurplusieurg points de la ville, où les matières propres à l’alimenter ne manquaient pas. Il donna ordre aux deux divisions de s’arrêter ; il défendit aux soldats l'entrée de la ville ; il confia la garclfc de deux portes à de nombreux détachements de troupes d’élite , et lit transporter avec la plus grande activité et le zèle le plus ardent les pompes nécessaires pour arrêter le feu partout où il se manifestait. Messine fut ainsi sauvée de la dernière catastrophe. Legéttéral s’occupa ensuite d’organiser la municipalité de cette Ville riche , populeuse et commerçante, bien décidé à y rétablir l’ordre, la paix et la Sécurité.

Ce fut le 7, un peu après midi, qu’arrivait à Naples te rapport suivant.

« Le lieutenant-général Filangieri à S. Exc.le minis- « tre de la Guerre et de la Marine.

« Messine est conquise , et est Centrée sous l'obéis— a sance de sou légitime souverain. Une résistance déS- • espérée de deux jours a été domptée par la valeur « admirable des troupes royales, qui, aux cris de Vive « le roi, ont surmonté les plus grands obstacles. »

Dans l’après-midi de ce même jour, les troupes entrèrent à Messine par la porte Impériale, et y priren

leurs quartiers; mais ils trouvèrent la ville entièrement déserte. Des maisons avaient été converties en

forteresses, et à l’extrémité de chaque rue on avait construit une barricade. Ce fut alors que l’on put sc convaincre de la multiplicité des moyens de défense réunis pour repousser l'attaque. Ce qui avait été d’abord taxé d’exagération n’était que t^op vrai, notamment la quantité de mines préparées et que nos intrépides soldats purent éviter ou détruire.

Ces braves marchaient à poitrine découverte au milieu d’une grêle de balles; iis affrontaient sans hésitation toute espèce de périls ; ils surent vaincre toutes les difficultés que présentait le terrain ou que créaient les ennemis; ils combattirent avec une valeur peu commune dans une guerre acharnée , affreuse , une guerre à outrance. Tous les officiers, sans exception, soutenaient par leur exemple la confiance des soldats et étaient toujours les premiers à marcher au feu. Les deux différentes armes rivalisèrent de zèle, d’activité et de bravoure; un même intérêt, un même sentiment, celui d’une gloire solidaire à acquérir, produisaientune noble émulation dans l’accomplissement du «devoir militaire, qui résume tous les autres dans l’obéissance entière, absolue, passive.

Tous les trophées qui constituent une victoire corn'

plète, artillerie, munitions, drapeaux, forteresse, tombèrent au pouvoir de nos troupes; mais aussi tous ces succès coûtèrent un sang précieux. Dans le combat opiniâtre d’environ 30 heures , il fut tiré des deux côtés plus de 18,000 projectiles; 333 officiers et 8,818 sous-officiers et soldats , formant le nombre des combattants de deux divisions, virent tomber glorieusement 8 officiers et 152 soldats, indépendamment de 38 officiers et 871 soldats blessés, perte proportionnellement supérieure à celle des vainqueurs dans les principales batailles du siècle.

La prise de Messine, effectuée par une poignée de braves, est un faitd’armesquihonoreraitlessoldatslesplus aguerris de l'Europe. Aussi tout le monde se plut à admirer cestroupesqui, d’un seul coup, avaient tranché lesdifficultés très-sérieuses que la politique de ce tempslà pouvait faire surgir de la guerre de Sicile. Mais ce qui honora particulièrement le petit corps de l’expédition, ce fut la lettre que le général en chef adressa le 10 septembre au Roi.

Sire,

« Votre Majesté daignera permettre que je mette à * ses pieds vingt et un drapeaux enlevés par ses vail- « lants soldats, sur des barricades garnies d’artillerie « et sur d’autres points fortifiés, conquis à main armée

36 messins sa \ 848.

« l’un après l’autre aux cris de Vive le roi, cris aux- « quels je répondais à mon tour: Qu’il vive cent lus- « très. »

Maintenant ce dépôt sacré de traditions, de gloire et d’honneur, orne les parois du sanctuaire de la Très* Sainte Trinité à Gaëte. On n’oubliera donc jamais les braves qui ont illustré les armes napolitaines dans les combats de Messine , et les militaires de notre pays se souviendront toujours avec orgueil que le vaillant, le célèbre général Filangieri était le chef de cescourageux soldats.

Antoine ULLOA,

Capitaine d'état-major de S. M. te roi des Deu- Sicile*.

Pari». — Typographie de H. V. de So»c», rue de Serres, si.

— - Digfeeé k y Goo gl

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