‹ Falkland, ou La conscience, drame en cinq actes et en proseChapitre 33 sur 58 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Je n’irai point.

BLOWMER.

Mais, mylord, quel motif voulez-vous qu’on donne à ce refus ?

Je n’en sais rien. Cruel homme que vous êtes! ne voyez-vous pas que j’expire ?

B lo w si ER.

Mylord, mylord, remettez-vous... mon âge, votre confiance, un dévouement à votre personne, qui date de vo§ premiers ans, me donne le droit de vqus parler. Ah ! mylord , songez à ce que vous étiez , et voyez ce que vous êtes! Rappelez-vous vos jours glorieux! Vous avez gouverné les trois royaumes , et vous ne pouvez régler les mouvements de votre ame! Une nation entière vous a dû son bonheur, et vous ne pouvez établir votre repos! Tout le monde bénit vos jours que vous seul vous semblez maudire! Dans toute l’Angleterre enfin vous n’avez qu’un seul ennemi... vous même. Un misérable point d'honneur vous maîtrise , vous tue, et trouble le bien-être de tout ce qui vous environne. Un mot innocent vous semble une perfidie, dès que vous lui trouvez le moindre rapport ‘avec votre malheureux procès ; alors votre imagination s’allume, votre jugement s'égare; et ces mouvements de fureur soudaine, qu’on est loin d’attendre, vous feraient passer pour un homme coupable, aux yeux de ceux qui ne vous connaîtraient pas.

Ah ! vous dites vrai , mon ami... mais vous me connaissez , vous... vous savez...

BLOWMÈK.

Que vous n’avez été que malheureux... Allons... allons , mylord , il ne vous faut plus qu’un peu de volonté ferme pour redevenir vous-même... n’abandonnez pas la victoire à une ombre, à un Tirrel dans le tombeau...

Éloignez cette image.

B LO W MB R.

Osez l’envisager au contraire pour vous affermir. Vous l’avez bravé vivant; mort, il vous ferait trembler!

Oui, je vais vous suivre, Blowmer; vous me rendez à moi-même : votre vertu l’emporte ; j’ai ressaisi toute ma force à son accent... *ine voix intérieure est là qui répond à la vôtre, et me dit que je puis tenter encore des choses louables. On ne plaît constamment aux hommes que par un exercice suivi de la vertu; c’est ainsi que je voulais , que je veux encore leur plaire ; oserait-on m’en blâmer? Oh! s’il suffisait d’être utile pour réparer ses faiblesses!... Si l’avenir nous amenait l’oubli du passé ! Si je pouvais renaître , je ne dis pas •au bonheur, mais à ce sentiment de soi-même qui nous assure notre propre estime , en nous assurant celle des autres !

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