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Familles illustres de Normandie

La Normandie, cette terre privilégiée, n'est pas seulement lière, à bon droit, de ses plaines fertiles, de ses gras pâturages et de ses industrieuses cités : nulle contrée, peut-être , ne citerait avec orgueil une plus brillante pléiade de poètes « d'artistes et de savants.

Est-il besoin de rappeler ici les noms si populaires de Malherbe, de Corneille, de Mézeray, de Fonteaelle, de Poussin, de Jouvenet, de Boieidieu, pour ne parler que des plus illustres?

Si le caractère doux et pacifique de ses enfants, si leur esprit industrieux et mercantile , semble les rendre moins propres aux travaux de la guerre, il ne faut pas en conclure que ce génie leur soit refusé.

Sans remonter aux RoUon , aux Robert Guiscard , aux Tancrède de Hauteville, aux Guillaume le Conquérant, nous trouverions, plus près de nous,

des noms qui ont laissé de glorieuses traces dans les fastes militaires de la France.

Parmi ces noms, ceux d Annebault, d'Harcourt, de Montgommêry , de Matignon , de Fervaques , de

6 INTRODUCTION

Médavy-Grancey, peuvent être cités avec le plus d'honneur.

C'est ce dernier i^ue notre étude a pour but de faire con naître.

Vainement, peut-être, cherciierait-on dans nos annales une autre famille qui, pendant l'espace relativement [court d'un siècle et demi, comprenant dnq générations, ait produit:

Dans la guerre, deux maréchaux de France, cinq lieutenants-généraux, un mestre de camp de cavalerie, et deux chefs d'escadre;

Dans l'église, trois évêques , un archevêque, quatre abbés et vingt-deux abbesses d'importantes abbayes ;

À la cour, trois chevaliers des Ordres du Roi, deux ambassadeurs, un premier aumônier, trois dames d'honneur delà Reine, deux dames d'atours et deux gouvernantes des petits enfants de France.

Encore faudrait-il au moins doubler ces chiffres , si Ton y joignait ceux qui, parmi les plus proches alliés desRouxel, remplirent ces éminentes fonctions.

Ne peut-on point dire, snns exagération, qu'une telle famille est entrée dans le domaine de riiistoire? Mais, ô néant des grandeurs humaines! la fécondité merveilleuse qui fut si longtemps comme l'apanage de cette race , parut tout à coup tarie dans sa source, et, vers les premières années du XVIII^ siècle, la uiûi t avait moissonné jusqu'au dernier représentant de cette illustre maison.

A peine leur souvenir vit-il encore parmi nous!

La France, jalouse de toutes ses gloires, a inscrit en lettres d'or le nom de plusieurs d'entre eux sur les tablettes historiques de Versailles.

INTRODUCTION. 7

Notre contrée, qui garde leurs cendres, et qui fut leur berceau, se montre seule indifférente à leur

renommée î

La ville d Ai geutan , par une inspiration qui l'honore , vient d'élever aux trois frères Kudes de

Mésseray un monument dont on peut' critiquer , sinon Tordonnance, au moins les proportions, mais qui doit perpétuer parmi nous leur mémoire.

Avant elle y la petite commune de Ry, berceau des Mézeray , obéissant à une généreuse impulsion , avait pi*is l'initiative d'inscrire leurs noms sur les murs de sa modeste mairie.

Partout , le souvenir des hommes qui ont laissé quelques traces de leur dévouement ou de leur génie, est pieusement conservé dans le pays qui les compte au nombre de ses enfants (i).

On chercherait en vain chez nous la moindre inscription rappelant le nom des Grancey.

L'é^e de Médavy, jadis ornée de leurs tom» beaux, n'a pas même une dalle où ce nom soit conservé. Qu'est de^ eiiu ce magnifique mausoiée que Charlotte de iluutemer, fille du maréchal de Fervaques et mère du premier maréchal de Grancey , *y fit élever à la mémoire de son noble époux , le comte Pierre I*' de Grancey? Nous ignorerions jusqu'à son existence passée, sans le précieux manuscrit dont nous allons parler, et qui contient lu généalogie des Rouxel de Médavy.

La ville de Verneuil^ dont fut gouverneur , aux

(1) CVât ainsi que le Mans a sa rue de Tesséi Alençon, sa nie de Ma* tifnoo, etc.

tNtkot)Udtiôi4.

XVI' et XVIP siècles, Pierre P"- de Grancey, doit à sa veuve la fondation de l'abbaye de Bénédictines, qui eut leur sainte fille pour première abbesse. Une pieuse main a retracé sur les verrières de sa

chapelle les armoiries des principales abbesses. Par quel inconcevable oubli les écussons de la foinkitrice et de sa fille ont-Us été omis dans cette nomenclature (1) ?

Combien de temps encore doit durer cette regrettable indifférence? Il ne nous est point donné de

Il savoir ; mais si notre appel pouvait avoir quelque retentissement, nous serions heureux d'avoir contribué, dans la mesure de nos forces, à la faire cesser*

Un motif plus intime et plus personnel , nous n'avons nul besoin de le taire , nous a guidé dans

le choix de cette étude.

Notre enfance s'est, pour ainsi dire, écoulée au milieu des portraits des Grancey (2). Guerriers à l'allure martiale , coiulisans enrubanés ^ prélats à la mine austère^ abbesses parfois mondaines , plus souvent ascétiques , belles dames contemporaines des Mainlenon et des Sévigné , cette nombreuse galerie avait vivement impressionné notre jeune imagination. 11 nous souvient encore d'une sombre

(1) HAIODS-Qous de dire qut celle omission doji prochanioiut'ni disparaître, grâce aui soins de rabbesâe actuelle, qui prépare eu outre ù lu dépoiUlle mortelle de» Ibnilatriccidei booneiiie digues de leur mémoire.

(S) M • de Haonoiuy d'Anbiy, notre afeol maternel» ponédait celte nombreue galetle, qol ne eomptait pas moins de deux eents perKMUiaget. Un snnd noBÉbre a dlipani dam la Bévoliitiott, uaia il nous ctf rMe encore aoe trentaine.

biyilizûu by GoOglc

INTRODUCTION

figure à la Rembrandt, quelque dignitaire de l'Ordre de Malte sans doute ; entrevu à la lueur vacillante du foyer mourant , ce mystérieux personnage a plus d'une fois provoq[ùé nos terreurs enfantines* En face se trouvait une jeune femme en costume de Cour , du temps de Louis XIY ; des boucles de cbe* veux blonds encadraient le pui- ovale de son visage, qui semblait sourire pour nous rassurer.

Nsûves illusions d'un autre âge, qu'êtes-vous devenues au milieu des vaines agitations de la vie !

En trahissant ainsi le secret de notre préférence , gardons-nous de faire suspecter notre impartialité.

Nous aurons eu elletâ signaler des faiblesses qu'il n'entre point dans notr« dea^ein de dissimuler ; nous le ferons toutefois avec la réserve qu'impose le respect de soi-même et de la bienséance.

Nos recherches embrasseront presque exclusivement tout le cours du XVII* siècle. Nous nous efforcerons de suulever d'une main discrète , mais ferme, le voile du temps qui recouvre les défaillances comme les grandeurs de cette mémorable époque, sur laquelle de récents travaux ont jeté tant de lumières.

Nous voudrions pouvoir dire avec un écrivain contemporain , et peut-être avec moins de complaisance : « L'auteur croit connaître son devoir : ce devoir est de maintenir , à travers les tableaux de mœurs les plus délicats, son jugement sévère et sa plume chaste. Il espère n*y pas manquer (i). »

Quelque éphémères que puissent être les destinées d'une œuvre, quand notre pensée se fait livrer elle

10 INTRODUCTION

revêt un corps qui nous survit. A Dieu ne plaise que ce corps devienne jamais , pour notre condamnation, une pierre d'achoppement.

Le XVIP siècle fait digue entre le XVP et le XVIIP siècle, qu'il sépare, a dit ua autre écrivain (1).

Cette digue, qui avait pour base les croyances religieuses , la philosophie du XVIIP siècle allait bientôt s'efforcer de la ruiner. De leur temps, la foi

des Pascal vi des Bossuet, des Turciinc cL des Condé, liiu mi liait de ses vives clartés les plus rebelles à la pratique des vertus chrétieunes, et rarement voyait^on les égarements les plus obstinés survivre à l'âge des passions.

Quand , à la lueur incertaine des doctrines antireligieuses , sembla i)àlir Féternel llambeau , la dépravation , aftrandiie de ses [)lus salutaires entraves, prit un essor dont le contre-coup devait se faille longtemps sentir.

Le poison descendu goutte à goutte de la cime aux racines de l'arfore social, allait bientôt gagner en superlicie ce qu il pcidait en élévation.

Disons maintenant un mot du plan de cette élude.

Nous la diviserons en quatre chapitres.

Le premier, qui sera comme le tableau synoptique des ti'ois autres , comprendra la généalogie de la famille, depuis son aiiivée en Normandie, en 1420, • jusqu'à son extinction en 1728.

Nous ne ferons qu'indiquer dans cette esquisse

(1) Samic-Bcuve , Préface des Mémoires de Saini Simoo.

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INTRODUCTION

les personnages qui mériteront une mention spéciale, nous contentant de renvoyer le lecteur à leur article particulier, qui se trouvera dans les chapitres suivants.

Un chapitre sera consacré aux Grancey dans les

armées; il comprend! ;i , outre les deux maréchaux de ce nom, les cinq lieutenants-généraux qui leur forment un hrillant cortège, et qui combattirent pour la plupart à leurs côtés.

Nous ne pourrons passer aussi près du maréchal de Fervaques , beau-père de Pierre I" , et qui luimême porta le nom de Grancey, sans rencontrer fréquemment son nom sous notre plume.

11 en sera de même du marédial d'Uocquincourt , béau-frère de Jacques III ; et du maréchal de Gastélnau , son cousin germain.

Pour ne pas nous égarer dans des digressions et des longueurs inévitables , nous consacrerons à ces trois maréchaux des notices séparées , qui serviront d'ailleurs à mettre en relie! plusieurs détails historiques communs à tous les capitaines de la même époque.

Cinq dames de la maison de Médavy ont joué un rôle si considérable à la cour du (Irand Roi , qu'elles peuvent , à elles seules , faire 1 objet d'un troisième chapitre^ intitulé : les Grancey à la Cour. Ce sont : la comtesse de Grancey , Charlotte de Fervaques ; la maréchale de Grancey , Charlotte de Viilarccaux, gouvernante des enfants de Monsieur; ses deux charmantes fdles la comtesse do Marey et M"" de Grancey^ si connues sous le nom d'anges de la Cour; et la maréchale de Médavy.

INTRODUCTION

Le quatrième chapitre sera consacré aux Grancey

dans réglise.

Nous parlerons daljord dans ce chapitre des prélats de Médavy- Grancey, les deux évêques de Lisieux , l'évèque de Séez, archevêque de Rouen , puis de Tahbé de Grancey » premier aumônier de Monsieur et du Régent son fils.

Viendront ensuite les nombreuses abbesses, parmi lesquelles deux surtout attireront notre attention par leur mérite et leur sainteté, Louise de Médavy, abbesse d'Âlmenesches , et Guyenne Scholastique , sa sœur, première abbesse de Yemeuil

Un appendice contiendra les armoiries des principaux alliés des Rouxel.

Enfin , suivant un usage qui tend de plus en plus à se généraliser , et qui , selon nous , ne saurait être trap encouragé , nous dresserons la table alpha* bétique et analytique des noms propres contenus dans le livre , heureux si par ce surcroit de travail aride, nous pouvons faciliter les recherches de ceux qui seront tentés de nous suivre dans nos explorations rétrospectives.

Si ce premier essai devait être accueilli avec quelque indulgence, péut-étre nous déciderions-nous à diriger nos études sur d'autres enfants de notre chère Normandie , dont le souvenir mériterait d'être ravivé.

il ne nous reste plus qu'à indi(|uer les principales sources où nous avons puisé les éléments de notre travail.

Nous avons compulsé, souvent avec fruit, Tim-

INTRODUCTION

portante collection des Mémoires pour servir à l'histoire de France , de Michaud et Poujoulat. Les Mémoires de Bussy-Rabutin , publiés en dehors de cette collection , nous ont fourni leur utile appoint. Le Journal de Dangeau , si rempli de faits, malgré sa sécheresse , nous a éfé d'une grande ressou)'<'e. Saint-Simon, dont il ne faut pourtant admettre qu'avec réserve les appréciations trop souvent passionnées , ne peut être négligé par quiconque veut étudier consciencieusement la société dans laquelle

il a vécu.

La Chrouolo0e liistoriquc militaire de Pinard est un guide indispensable pour les campagnes des capitaines.

Les lettres de M^^^ de Sévigné, célles même de M"** de Maintenon, quoique plus réservées, celles de la

marquise de Villars, récemment mises en relief, ont fourni un large contingent à la partie anecdotique de notre étude.

Les historiettes de Tallemant des Réaux^ malgré leur regrettable cynisme , et quoiqu'on en, puisse souvent suspecter la véracité , n'ont pas laissé de nous être d'un certain secours.

Les pamphlets et les nombreuses chansons du XVII* siècle , source impure à laquelle on ne puise qu'avec dégoût, contiennent plus d'un trait piquant que l'on chercherait vainement ailleurs.

La Gazette , le Mercure , la Clef du cabinet des Princes (Gazette de Verdun), la Muse historique de Lorel, étaient autant de répertoires naturellement ouverts à nos investigations.

Le p. Anselme, Moréri^La Cbesnaye-Desbois, nous

INTRODUCTION

présentaient d'utiles renseignements généalogiques.

Le Gallia Chrùtiana, continué de nos Jours avec succès , nous a fait connaître les principaux traits de la vie de nos prélats et de nos abbesses.

UÉloge des illustres de l'Ordre de St-Benoit, par Jacqueline liouette de Blemur , donne de précieux détails sur la vie de deux dames de Médavy, que les abbayes d'Alnienesches et de VerneuU sont iières à bon droit de compter parmi leurs plus saintes filles.

Masseville , Gabriel Dumoulin , de Bras , Odolant- Desnos , Maurey d'Orville, tous nos historiens normands ne nous ont point fait délaut.

Les études pleines d'intérêt de Walckenaêr , de Victor Cousin, du duc de Noailles, d'Amédée Renée , et de quelques autres , sur le XVII' siècle , ne peuvent être nét,4igées par quiconque s'efiurce de suivre leui's traces.

Beaucoup de manuscrits ont été par nous consultés ; citons les plus importants.

Un curieux dossier concernant les Rouxel de Médavy , conservé à la bibliothèque impériale

( cubinet des titres ), nous a donné maint détail imprévu.

Nous avons trouvé les plus utiles renseignements dans un précieux manuscrit sur la famille de Médavy, qui nous a pour ainsi dire fourni la trame de

notre ouvrage. Nous voulons parler de la notice généalogique de Lautour-Montfort, mise si obligeamment à notre disposition par son heureux posses-

INTRODUCTION

86ar> M. Germain , auteur d'une histoire d'Argentan (i).

Plus d iine anecdote locale est empruntée au registre de Thomas Prouverre, qu'a bien voulu nous confier M. fiarrassin , avocat à Argentan.

Nous devons à Fobligeance de M. de Brossard

d'avoir pu prendre connaissance de pièces importa n tes , conservées au chartrier du chuteau des Iles- Jjardel.

Madame l'abbesse de St-Nicolas de Yerneuil, nous lui en témoignons toute notre gratitude , a mis à notre disposition des documents qui nous ont permis de tracer l'historique de cette abbaye , dont la fondation est due à la famille de Médavy.

Nous devons aussi des remerciements à madame la supérieure des Bénédictines d'Argentan, pour quelques communications d'une moindre importance.

C'était là certes un vaste champ ouvert devant nous. Il ne faut donc s'en prendre qu'à notre insullisance si nous n'en avons point su tirer un meilleur parti.

A ceux qui seraient tentés de nous suivre dans une voie trop peu fréquentée, nous ne dissimulerons point l'aridité , disons plus, les fatigues réelles de

l'entreprise; qu'ils ne se laissent pourtant point rebuter, car elle contient en même temps d'ineffables compensations.

N'est-ce pas au terme d'une de ces études , que

^1) U ne Taul pas conrondrc celle généalogie avec le manuscril do niâme auteur, appaitenont ù la ville d'AifeDtaOt et auquel nous axom eu plus 4'ii|ie occasîoa de recourir.

INTRODUCTION

l'éminent écrivain auquel on doit de si séduisantes peintures de la société du XVIP siècle, lui adressait naguères cet éloquent et suprême adieu, où Ton voit avec bonheur percer la foi du chrétien :

€ Posons la plume, et mettons fin à ces peintures d'une société à jamais évanouie , et de femmes que l'œil des hommes ne reverra plus. Encore quelques pages sur M'"^ de Lougueville , et nous aurons dit adieu à ces rêves de nos heures de loisir , que caressa notre jeunesse et qui nous ont accompagné jusqu'au terme de l'âge mûr. Nous l'avouons, nous ne quittons pas sans regret cet aimable et généreux commerce. Soyez bénies en nous séparant, muses gracieuses ou sévères, mais toujoure nobles et grandes , qui m'avez montré la beauté véritable et dégoûté des attachements vulgaires. C'est vous qui m'avez appris à fuir les sentiers de la foule , et au lieu d'élever ma fortune ^ à tâcher d'élever mon cœur.

(( Grâce à vos leçons , je me suis complu dans une pauvreté iière; j'ai perdu sans murmure tous les prix de ma vie, et j'ai été trouvé fidèle à une grande cause, aujourd'hui abandonnée, mais à laquelle est promis l'avenir. Soutenez-moi dans les épreuves suprêmes qui me restent à traverser. Contemporaines de Descartes , de Corneille , de Pascal, de Richelieu , de Mazarin , de Condé , Anne de Bourbon, Marie de Rohan, Marie de Hautefort , Marthe du Vigean, Louise«*Angélique de La Fayette, sœur Sainte-Euphémie, âmes aussi fortes que tendres, qui, après avoir jeté tant d'éclat, avez voulu vous éteindre dans robscurité et d&nsie sUence, donnez-

moi quelque chose de votre courage. Enseignez-moi à sourire comme vous à la solitude, à la vieillesse , à la maladie, à la mort. Disciples de Jésus-Christ , joignez-vous à son précurseur sublime pour me répéter , au nom de Févangile et de la philosophie , quil est temps de renoncer à tout ce qui passe, et que la seule pensée qui désormais me soit pei anse est celle de quelques travaux utiles^ du devoir et de Dieu » (1) l

(i) H>* de Hauteftirt, par If. VieUir Coutin, 9* 6ditn p* iSa489.

GËiNÉALOGIE

Non loin de l'antique bourg d'Âlinenesches , renommé par sa célèbre abbaye de Bénédictines , à égale distance de Séez et d'Argentan , le voyageur qui parcourt en chemin de fer le trajet entre ces deux villes ^ aperçoit, sur les bords riants de TOrne , ce qui reste encore du chftteau de Médavy*

Quelle ne devait pas être , avant sa mutilation , Timportance de ce château, puisque, réduit de près de moitié, il n'en présente pas moins d'imposantes proportions î Ûeui belles tours circulaires , derniers débris d'une enceinte jadis fortifiée , adi&vent de donner à cette antique demeure un cachet aristocratique.

L'enceinte, dont on ymt encore les traces , avait pour limite au nord le lit de la rivière ; un canal circulaire , garni de parapets avec balustrade y la fermait de l'autre côté.

Le style du château nous révélerait l'époque assez peu reciûée de sa reconstruction , si d'ailleurs Lautowv

Montfort ne nous apprenait que ce fut l'œuvre du luarquis de Grancey , frère du maréchal de xMédavy , dans les dernières années du règne de Louis XTV. Le cbAteau qui fit place au nouvel édifice , s'il offrait

généâlogië

un aspect moins grandiose , répondait mieux , à coup sûr, aux exigences d'une époque où la sécurité était le prix des précautions stratégiques. Nous verrons bientôt, en effet, qu'il eut à subir de vf^ritables sièges, quoique la cause en fût parfois assez futile.

L'ancien château renfermait en outre une chapelle dédiée à saint Jean^ à la présentation des seigneurs de Médavy , comme la cure paroissiale elle-même, au moins depuis ilili.

Cette cliapelle était ornée de belles verrières, sur Tune desquelles était figuré un guerrier à genoux , armé de toutes pièces, et le pot en tète. Une cotte d armes recouvrait son armure: on y avait représenté, à côté d'autres armoiries, l'écusson des Rouxel, timbré d'une crosse et d'une mitre , avec une croix de Malte en chef (1).

L'étymolQgie de Médavy a exercé la sagacité des antiquaires (2). Sans nous arrêter à leurs conjectures

un peu divergentes , nous dirons que cette terre était depuis longtemps possédée par des familles puissantes. Orderic Vital nous apprend, en effet, qu'un seigneur de Médavy, nommé Hugues, était, au XP siècle, un des principaux vassaux de Roger, comte de Montgommery.

Agathe , fille de Payen de Médavy, en épousant

(4) llannserit de la bibUotfaèque Impériale (donier conccmaiit lesBouxel de lUdafy). Col dana cette chapelle qoe te iitmTaieiil, à ii*eQ paa donter, lea cafCBint de la lîiiiiillei quoltiiie r^gllie iiaioiMÎale œnlliit le OBafniliqiie mnÊt/^ du pranler cootite de Graooey.

(8) Méda?y: «MifaalinNf met Davidis, tiudiu» David, Maii David, j|#e> deta Daoidis ;me pour maïuto, mélalrie; med[tn celtique pâturage)} Medlc, à Waitrint mélange d*eau& (rOrne xeceTani le Doa à Médavy.)

GÉNÉALOGIE. 21

Fouques d'Àanou^ vers la fin du XIU* siècle ^ apporta le domaine de Médavy à cette puissante maison (1).

La famille du Merle, qui eut vers cette époque un maréchal de France et deux gouverneurs d'Argentan, posséda ensuite Médavy.

Au commencement du XV* siècle, cette terre appartenait à Cktlin Paynel, qui, le 23 septembre 1409 , la oéda h Guillaume Larçonneur, en échange de la terre d*Aubry-le-Panthou , revenue peu de temps après à celui-ci.

Guillaume ]!iarçonneur ayant marié , quelques années plus tard , sa fille unique à Jean Rouxel , seigneur du Plessis-Morvant, le domaine de Médavy passa définitivement à la femille de ce dernier, qui en prit le nom et le posséda jusqu'en 1728, c'est-à-dire jusqu'à la mort de son dernier représentant.

Avant de nous occuper de Jean Rouxel et de sa postérité, voyons donc ce qu'était Guillaume Larçonneur.

Parmi les seigneurs anglais qui suivirent en France Édouard III et ses successeurs, dans les premières aanées du XIV*^ siècle , et qui secondèrent le succès de leurs armes en Normandie , plusieurs reçurent d'importantes dotations dans notre contrée, à l'exemple de ce qu'avait fait trois siècles plus tôt Guillaume le Conquérant pour ses braves compagnons. D'autres y firent de riches établissements , et surent se concilier la faveur de nos princes. Seulement la conquête de

(1) En 1327, Agathe de Médavy était veuve, et reconnaissait aux Assises d'Argentan les transactions faites à roccasion de la cure de Médavy, dont le patronage avait été auiuôué, en 1181 , par ses ancCtres aux moines de Sl-Evroult,

GÉTIÉALÛGIË

GiiiUaume devait être durable , tandis que l'occupation

anglaise allait avoir un terme.

Aussi vitHDn nos voisins reprendi'e bientôt la route de l'Angleterre qu'ils n'avaient pas eu le temps de perdre de vue. Quelques-uns cependant renoncèrent à leur patrie, et se fixèrent définitivement parmi nous. Tels furent les ancêtres de Guillaume Larçonneur.

Dès 1399, ce dernier était officier du comte Pierre II d'Alençon. C'est vers cette époque qu'il dut épouser Jeanne ou Jacquette d'Agneaux, d'une ancienne lamille normande.

Quelques années plus tard, Guillaume Larçonneur était devenu Téouyer favori et le maître d'hôtel de Jean

I**, duc d'Alençon, ce prince dont la valeur é^ah la sagesse. Jeanne d'Agneaux , de son côté , n'était pas moins avancée dans les bonnes grâces de Marie de Bretagne, dudiesse d'Alençon, qui en fit sa dame d'honneur.

En 1410, le duc accordait à son favori des lettres

paicutes reconnaissant qu'il était de noble lignage, et l'exemptant de prouver sa noblesse, à cause de l'éloignement de son pays d'origine.

Guillaume Larçonneur devait être aux côtés du duc d'Alençon , lorsqu'à l'exemple de Charles 1", son ateul, tué à Crécy , il trouva une glorieuse mort sur le champ de IjLitaillc d'Azincourt, après avoir tué de sa propre main le duc d'York et terrassé le roi d'xVngleterre.

Le duc Jean II d'Alençon et la duchesse Jeanne d'Orléans, sa femme, continuèrent envers Guillaume Larçonneur et Jeanne d'Agneaux la protection qu'ils avaient trouvée auprès de Jean I*^

Aussi Larçonneur joignit-il bientôt à ses (>liarges le

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GÉNÉALOGIE

gouvernement d'Argentan, à une époque où ce poste avait une importance considérabie , à cause des incursions des Anglais.

Iiorsqu'en Hil le roi d'Angleterre, Henri vint mettre le siège devant cette ville , il s*en empara avec assez de facilité pour qu'on ait accusé le gouverneur d'avoir manqué d'énergie dans la défense.

Ëst-ce Guillaume Larçonneur qui doit porter le poids d'une telle accusation? r^ous pouvons en douter, puisque, s'il faut en croire le manuscrit de M. Pigeon sur l'histoire d'Aigentan , le gouverneur de cette ville s'appelait Trousseau ville , quand elle fut prise par les Anglais.

Quoi qu'il en soit , Larçonneur ne tarda point à donner la mesure de sa valeur, en se faisant tuer aux côtés de son maître. Les Français étaient parvenus à reprendre Yerneuil, en 1424, lorsque le duc d'York, frère du roi d'Angleterre , connaissant tout le prix de cette place, accourut pour en faire le siège, avec des forces imposantes. Le duc d'Alençon , quoiqu'il n'eût alors que 15 ans, marcha résolument h sa rencontre dans la plaine de St-Denis. Un combat meurtrier s'engagea, en vue des remparts de la ville; l'issue en fut fiitale à nos armes : 5000 des nôtres restèrent sur le champ de bataille , et parmi eux se trouvait récuyer du duc , dont le dévouement ne put empêcher la captivité de son maître.

La ville d'Argentan dut à Guillaume Larçonneur et à Jeanne d*Agneaux la fondation de la principale chapelle de l*hôpital St-Thomas , où cette dernière regut la sépulture (1).

(i) Celle tanMoù Ail eonllnnée par leibres patentes du due d^Alençon, en date éa i6 décembre iitS»

GÉNÉALOGIE

Ou y remarquait, jusque vers la fin du XVIP siècle, les armes des fondateurs et celles du duc d'Alençon , leur maître. A cette deroière époque , on eut la sisgulière idée d'en faire une sacristie , et les armoiries disparurent (1).

Guiiiaume Larçonneur était f^eignour de Médavy , Aubry-le-Panthou , Royvilie et Bretel ; son crédit à la cour des ducs lui assunût en outre un rang des plus élevés. Aussi sa Me passait-elle pour le plus riche parti du pays , lorsque, vers 1415 , elle épousa en premières noces Alain de la Vieuxville , chevalier, seigneur de la Mothe-Beaussey , en Bretagne.

Les biens personnels de Marie Larçonneur s'accrurent bientôt de ceux de son premier mari, qui mourut peu de temps après son mariage , sans laisser de postérité. Les héritiers d'Alain de la Yieuxvîlle intentèrent à sa veuve un procès qui fut renvoyé devant le l'aiiement de Rennes, le 20 novembre i428, par le duc Jean de Bretagne.

Mais à cette dernière époque, Marie Larçonneur était déjà remariée , et son nouvel époux était Jean Rouxel, le chef de la famille que nous nous efforçons de foire connaître.

Il l'avait sans doute connue à la cour de Bretagne, oîi elle avait suivi son premier mari , car Jean Rouxel était écuyer du duc de Bretagne , dont il avait reçu les terres et seigneuries du Plessis-Morvant , situées en cette province.

Gomme les ancêtres de Guillaume Larçonneur, Jean Rouxel était venu d'Angleterre en France, mais pour

(i) LinliNUvlldotfert (nniiniciit nr Aigciitaii).

GÉNJiALOGIE.

y combattre dans les armées du roi Charles VI. Il s'était ensuite attaché an duc Jean de Bretagne, dont

il devint bientôt l'éciiyer. Il avait Lté attiré à la cour de Bretagne par son frère, Thierry Rouxel, qui occupait un rang distingué dans la province.

Ce Thierry Rouxel n'ayant point laissé d'en&nts mâles , ses biens considérables passèrent , en 1397 , dans l'illustre maison d*Âvaugour , descendue des ducs de Bretagne, par le mariage de sa fille unique avec un seigneur de cette niaiaon (1).

Jean Rouxel demeura donc seul de son nom en France , ou plutôt en Normandie , qui devint son pays d'adoption , aprte son mariage. Mais une branche de sa fomille s'était perpétuée en Angleterre , où elle remontait à la conquête. On voit, en effet, figurer sur la liste des compagnons de Ouiliaume un seigneur normand d^ nom de Roussel , qui se distingua à la bataille de Hastings.

Les descendants de ce Roussel devinrent les Rouxel de France et les Russel d'Angleterre.

Le célèbre premier ministre de la Grande-Bretagne, lord John llusàcij ne se gloniiaiL-il pas de cette origine (2)?

Quant à notre Jean Rouxel, nous pouvons maintenant l'appeler Rouxel de Médavy , car à la mort de

(1) Le seigneur d'Avaugour prit les armes des Rouxel, que portait encore la duchesse de Monibazon, desceuduc de ce mariage. Après sa mort, ça veuve épousa un Goyon de la Moiusaye, de la famiUc des MatlgnoD» qui prit aussi les armes des Rouxel.

(2) Il y a quelques années, le curé de la paroisse de Rosel près Caen, qui passe pour le berceau de cette famille , eut Tidée de s'adresser à lord Jolin Bnsael pour «bteitf r watt, docbe , qui lui Itat cowloisement octrojéc*

GÉNÉALOGIE

Guillaume Larçonneur, il devint seigneur de Médavy , d'Aubry, Royville etBretel.

Jean Rouxel inaugura dignement sa vaillante lignée. Ea 1432 j il était au nombre des trente chevaliers qui soutinrent l'honneur de nos armée dans le combat singulier oti furent défaits trente seigneurs anglais , près du château de RAnes , à quelques lieues d'Argentan.

Par lettres patentes datées de Rernay le V juin 1437, le roi Charles VII fit don à Jean Rouxel de divers héritages situés ès bailliages d'Alençon et de Gaen, en considération de ses services.

Lorsque mourut Marie Larçonneur, au château de Médavy, le 16 juillet 14()0, son Tuari avait déjà cessé de vivre , et les lots de ses liiens , laits entre leurs sept enfants, datent de cette époque.

Dès le 17 janvier 1437 (1457 selon d'autres), ils avaient partagé les biens personnels de leur mère et ceux de son premier mari , qu'elle leur avait cédés.

Occupons-nous maintenant de ces sept enfants , qui furent :

L Alain Rouxel, l'aîné, seigneur du Plessis-Morvant en Bretagne , de Royville , Bretel et Aubry>le*Panthou en Normandie.

Alain Rouxel s'étant déclaré pour le duc de Bretagne , le roi Charles Vin , par lettres du 24 novembre 1487, confisqua tous ses biens sitîiés en Normandie au profit d'Antoine Martel ; mais ces lettres ne reçurent point d'exécution j et il fut bientôt réintégré dans tous ses droits. Etant rentré en Normandie vers la môme époque , il ne tarda point à être de nouveau inquiété comme ayant favorisé le meurtre de rofGcîal de Séez, tué par le page d'un sieur Le Bouthellier. Son inno-

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cence fut sans doute bientôt reconnue , car peu de temps après, il obtint des lettres de rémission.

Alain Rouxel mourut en 1490. Il avait épousé Henée de Sailet, dont il eut un fils, Pierre Rouxei, mort à Tours , en i SOS , sans laisser de postérité , et après avoir dissipé ou engagé tous ses biens. C'était pourtant un Taillant guerrier qui obtint le collier des Ordres du roi (1).

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