‹ Fanfan la tulipe drame en sept actesChapitre 12 sur 121 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

«UiLLEMETTE.

Alteiidi'z une minute, notre chère demoiselle, que j’dille le

prévenir. (eHo eniro dans |a maison.)

ANGÈLES.

.\insi, madcmoisello, il n’y a plus d’espoir, vous allez quitter Rosel?

BLANCHE

Oui, monsieur Angélus, je vais quitter ma chère vallée, le château où a respiré ma mère, ce petit salon hlcu...

ANGÉLUS

Près de la fenêtre s’asseyait votre mère vénérée, travaillant à quelque ouvrage pour les pauvres; vous à sa droite, devant votre petite table ronde; moi à gauche, feuilletant mes cahiers sur mes genoux...

Et cela chaiiue soir, pendant tout un été et le coiimicncement du dernier hiver. Vous m’uppprcniez l’histoire...

ANGÉLUS

C'est votre mère et vous qui m’appreniez à apprendre. Je vous disais ce qu’avaient fait les iiorames, les rois, les peuples , et , selon votre approbation ou votre blâme , je les jugeais.

BLANCHE

Vous nous lisiez les poètes...

ANGÉLUS

Et je les comprenais à votre émotion. Madame de Rosel, un esprit si bienveillant, si élevé ! vous un cœur si charmant ! Près de vuus , dans ces douces causeries qui rapprochaient nos pensées, j’oubliais presque que j’étais un pauvre orphelin sans nom, j’oubliais presque que je n’étais pas votre égal.

BLANCHE

Moi, monsieur Angélus, j’étais, je suis votre obligée! Le peu que je sais, je vous le dois. Ah ! vous ne voulez pas ?... Enlin, je vous dois toujours de savoir ce que c’est qu’une âme m aiment noble et belle!

ANGÉLUS

Oh!... le soleil là-haut, quand il legarde notre monde.

le trouve beau peut être... seulement c’est lui qui le fait beau!

OUILLEMETTE, r'-nlrant.

Le grand-père vous attend.

ANGÉLUS, retenant Blanche du gette.

Mademoiselle!... ah! je me rappelle ce que madame deRosel nous disait un soir de M. de Fitz-Onnall: « Son père était on ne .sait quel aventurier Irlandais, qui, après a voir, trompé pour l’épouser la sœur de votre mère, avait fait mourir sa femme de douleur! — et, en fait de ruse et d’audace, le fils dépassait encore le père ! » Mon Dieu 1 Est-ce qu’nn tel homme ne vous contraint pas si obstinémerit à le suivre à la cour du roi Louis XV sans quelque odieuse arrière-pensée?

BLANCHE

lié 1 comment résister encore? Je suis seule au monde. J'avais un grand-oncle aux Indes, M. le duc d'Armentières; on a reçu, il y a un mois , la nouvelle de sa mort. Seule! oui, je vais me trouver seule, perdue dans ces dangers et ces intrigues, sans avoir même près de moi une figure connue.

GUILLBMETTE.

Allez, mademoiselle, il y on aura toujours une !

BLANCHE

Laquelle?

C UILLEMETTE.

Qu’est ce que vous diriez si c’était celle de Giiillemette? si Guillemette partait avec vous? si le baronnet l’avait acceptée pour votre service? si le grand-père se contentait des soins d’Alison, sa pclile-nièce, afin de pouvoir vous prêter sa petitefille?

BLANCHE, avecjolc.

Est-il possible !

Et qu’cst-ce que vous diriez si, de loin et caché dans l’ombre, Angélus vous suivait aussi là oii vous allez?

BLANCHE

Vous aussi! Oh! alors, il me semblerait que je n’aurais pas tout à fait quitté Rosel !

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