FAN FAN LA TULIPE
pour faire un tour à ma terre, vous savez... Comme j'y arrivais, je vois de loin, au beau milieu de la propriété, quelque chose de gros qui bouge : c’était une bête étrangère, une espèce de forte jument, toute harnachée de cuivreries et d’autres affûtiaux barbares. Et savez-vous ce qu’elle faisait? Elle broutait à même mon beau gazon tout frais, l’intrigante!
ALISON
Pauvre bêle ! des orties !
RAMPONNEAU
Ah! je ne suis pas méchant, mais on n’aime pas à voir manger son bien en herbe. Je m’élance à la jument, et je veux la tirer par la bride. .Mais elle me montre les dents, en faisant hin! hin! et en me dévisageant d’une façon quasi humaine. Je vas la pousser par l’autre côté, elle me détache une ruade à m’ouvrir le bec plus grand qu’un four! Oh! alors la colère, l’amour de la propriété me monte aux yeux, j’empoigne un échalas, et pif! paf! je vous lui assène deux ou trois Itons coups. Là-dessus, il éclate derrière moi un tonnerre : — Attends^ gredin !
ANTOINE, le poussant.
Bien dit !
RAMPONNEAU, sauloiit en arrière.
Ah! vous m’avez fait peur, vous! j’ai cru que c’était lui! Oh ! mes enfants, quand il viendra, il faudra pourtant qu’il y en ait un qui me cache pendant trois jours et trois nuits, en me donnant à hoire et à manger.
ANTOINE
Mais, à la paiTin, qui était-ce?
RAMPONNEAU
Qui c’était? Un être soldatesque et sauvage, haut de sept pieds, corné de noir, queuté de blanc, et des moustaches tout autour de la tête. Ah ! dame ! je ne l’ai vu qu’en bloc , vous pensez 1 Je suis parti comme une arbalète. Mais le tonnerre a couru après moi , avec un tremblement de ferraille, de jurons et de grosses bottes de sept cents lieues. Trédieu! je m’essoufflais d’une belle peur! Mais , crac! voilà devant moi votre satanée rivière, une enjambée de quinze pieds. Et , comme j’y regardais à plusieurs fois, boum! je sens par derrière la grosse botte