ACTE II
FANFAN
Non, Dieu merci ! je ne l'ai jamais vue.
MADAME DE POMPADOÜR.
Vous la méprisez?
FANFAN
Oh!... je la plains.
MADAME DF. POMPADOÜR.
Oui, c’est la façon de mépriser des cœurs généreux. — Pourtant, j’ai eu quelquefois l’occasion de la voir, la marquise, et je vous assure qu’elle n’est ni méchante, ni ficre.
FANFAN^ roangpant.
Ni même ambitieuse, hein, qui sait?...
MADAME DE POMPADOÜR.
Ambitieuse ! si fait ! elle l’a été follement quand elle a souhaité d’être aimée du toi , mais aujourd’hui elle voudrait l’être noblement, et elle ne rêve plus que le roi glorieux et la Fiance heureuse. Ah! bien oui! Le roi s’ennuie, la cour corrompt le roi, la nation souffre et accuse le roi, sa cour et sa maîtresse. Rien de grand n’est possible, rien de bofl. Tenez, un brave cœur, franc et désintéressé comme le vôtre, serait un sujet d’étonnement à Versailles! Le roi voudrait le voir qu’il ne pourrait y croire ! Et si je vous présentais à la marquise. Je...
Pardon! pardon! je ne suis pas ambitieux, moi! je ne tiens pas du tout à voir le. roi , et je renonce à connaître madame de Pompadour. — Allez l de confiance, je jurerais bien une chose...
MADAME DE POMPADOÜR.
Laquelle?
FANFAN
C’est qu’elle n’est pas plus jolie que vous.
MADAME DE POMPADOUR
Oui-dà ! oui , vous jureriez. Normand ! (conir*f»i»aut \’»cceut normand.) mais vous ne gageriez point?
FANFAN
Si ! je gagerais ! (Tcndam u main.) Topez !
MADAME DE POMPADOÜR, nieUiDt la main daiii la main de Fanfan.
Et mettriez-vous beaucoup au jeu?
FANFAN
Tout ce que j’ai, pas grand’ chose, ma vie.
En vérité! — Pardon! ma main, s’il vous plaît?
FANFAN
Laissez donc ! laissez donc ! vous venez bien de la donner à la Bontemps! En voilà une main! Vous ne faites pas un état trop dur, vous !
MADAME DE POMPADOÜR.
Qu’est-ce qui vous le dit ?
FANFAN
Hé donc! cette petite menotte! est-elle assez mignonne et blanche et douce ! Tenez, à la cour, pour marquer son respect aux duchesses, on fait semblant de poser ses lèvres sur le bout de leurs doigts, comme ceci. Mais moi, vilain, je fais un nid à mon baiser dans la paume, — comme ça.
MADAME DE POMPADOÜR, reliraat vivemont sa main.
Ah!
FANFAN
Vous ai-je blessée ?
MADAME DE POMPADOÜR.
Non, mais...
FANFAN
Ah ! je vous ai dit que je n’étais pas téméraire, mais que je n’étais pas timide.
MADAME DE POMPADOÜR.
Je m'en aperçois !
FANFAN
Eh bien ! non , vous ne vous apercevez de rien du tout. Depuis un quart d’heure, je suis plus que timide, je suis poltron i j'ai peur, mes paroles tremblent derrière mes moustaches. Et pourquoi tant barguigner? et qu’est-ce qu’il y a d’offensant pour vous dans mon idée? En avant ! tant pis ! écoutez ! — Je vous trouve jolie comme un ange. 11 y a dans vous, comment dire?... un charme. Je me suis senti tout de suite étourdi par vos