ACTE V
neau : Fanfan vous a-t-il donné ordre de faire préparer en secret une voilure de voyage?
' RAMPONNEAU
Oui, pour ce soir. Mais, en même temps, il m’a dit que mademoiselle Blanche el lui, ils allaient décidément signer tanlot leur contrat de mariage : expliquez- moi donc ça, Guillemetfe.
GÜILLEMETTE.
Faut-il, monsieur Ramponneau?... Vous, alors, continuez bien à ne me rien cacher des actions de votre autre maître, le baronnet.
RAMPONNEAU
Lui! ce tyran-là, mon maître! C’est le seul maître toujouis que je trahisse avec un peu de plaisir! Allez! allez! parlez sans crainte.
GUILLEMETTE
Eh bieh donc, ils ne peuvent plus faire autrement que de , signer ce contrat aujourd’hui, sans quoi mademoiselle Blanche, de gré ou de force, aurait à épouser monsieur de Cassé demain ; mais Fanfan a juré à mademoiselle que cette frime de mariage-là ne l’engagerait pas du tout à lui, et la délivrerait pour sûr du baronnet, et, en preuve de son dire, il lui a promis que, dès ce soir,- il lui ferait quitter le camp et la mettrait en voiture avec moi sur la route de Paris.
RAMPONNEAU
Et sur ce, mademoiselle Blanche a consenti?
GUILLEMETTE
Oh! elle hésite et elle pleure encore. Mais moi, j’ai mis dans ma tête que je la persuaderais, et j’en viendrai à bout. Oui, Fanfan me devra ça, à moi, Guillemelte. Car, c'est désespérant! il me prend toujours pour un enfant ! Ma parole, il croira que j’ai douze ans pendant toute ma vie!
RAMPONNEAU
Bah ! qu'est-ce que ça vous fait, Guillcmettc, s’il y en a d’autres qui ont de meilleurs yeux ! et qui seraient bien contents, ceux-là, si vous vouliez aussi vous intéresser à leur situation !
GUILLEMETTE
^ Oh! votre situation m’intéresse, monsieur Ramponneau; mais c'est que justement elle est un peu trop.., inquiétante.
FANPAN LA TULIPE
Oui, oui, j’ai deux fiancées, l'une charmante, l'autre hideuse : ma guinguette, et... la potence. Mah c’est la guinguette que j’épouserai ! et, dans mon cabaret, Guillemette, je vous ai toujours rêvée pour ma cabaretière ! Toujours je vous vois trônant dans mon comptoir, au milieu des brocs et des pintes, moi auprès debout, jordonnant le poing sur la hanche.Quel coup d’œil! les tables regorgent de buveurs, les marmitons vont, viennent, courent effarés dans le grand brouhaha des chansons et des jurons, dans le joli cliquetis des verres et des baisers. Les enfants piaillent, les poulets se sauvent, la friture chante dans la poêle, la fumée de la vaste cheminée apporte des odeurs nourrissantes, et lé chien, qu’on vient de détacher du lournebroche, approprie délicatement l’écumoire avec sa langue !
GUI LLEMETTE.
Oh ! c'est très-appétissant ! Cependant, le meilleur pour vous. Ramponneau, ce serait d’abord si le baronnet vous rendait cette satanée preuve.
RAMPONNEAU
Mais à quel prix me la rendra-t-il? c’est là le hic, je le sais bien ! je risquerai peut-être d'être fusillé pour éviter d’être pendu ! Le bourreau me fait faire des choses ! Qu’est-ce que c'était que ce paysan, à deux lieues d'ici, à qui je suis allé dire une fois de sa part : Les canards ont passé l’étang?— Oh ! Guillemette, le jour où le baronnet me promettra mon papier pour un service qu’il int demandera, vous croyez peut-être que je danserai de joie ? Eh bien ! non, je me trouverai mal de peur !
GÜII.LEMETTE.
Pourtant, quand un homme a un peu de cervelle !
RAMPONNEAU
Oui, mais quand un homme n’en a pas?
GÜII.LEMETTE.
Allons donc ! terrez, vous n’avez, Aans le moment, qu'à me demander avis, et je veux que le loup me croque si, moi petite tille, je ne vous tire pas d'affaire.
Ah! merci, Guillemette! c’est convenu... Dieu! le baronnet!