‹ Fanfan la tulipe drame en sept actesChapitre 90 sur 121 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

Ordre de ne pas bouger, de ne pas donner l’alarme, de ne pas rne défendre. Ça parail ab-urde au premier coup d’œil, mais mon riiaréclial \a voir comme ça- s'est trouvé Higénieu,\. Dans le brouillard arrive au trot une patrouille de cavalerie ennemie. J’étais si loin de nos lignes! ils me prennent pour une de leuiv vedettes. L'officier qui commandait se détache, vient à moi, et me donne un ordre en anglais. Je ne comprends pas l'anglais ! Mais je lui entrevois des croix et des insignes; l’officier, jargormant toujours, se dresse sur ses étriers pour m’indiquer de la main je ne sais quoi... 11 n’était pas très-grand. Bah! je l’empoigne à bras le corps, je le renverse sur le coude mon cheval, et, en avant ! Zémire comprend à demi-mot l’éperon, et part au triple galop. Mon homme crie, ça me force de lui appuver légèrement ma manche sur la bonclie; ses cavaliers nous poursuivent; pif! paf! ils nous font siffler cinq ou six balles aux oreilles. Zémire va toujours. J’arrive à nos avantpostes, qui étaient tout en émoi, je dépaqueté mon iiiylord; il m’offre pour sa liberté un gros diamant, valant, à ce qu’il disait, cent mille livres, je me cramponne d’autant plus à ma prise,, et il se trouve, en effet, que c’était le général comte de Ligonnier. * — Voilà tout bonnement, mon maréchal, comme la cliose s'est passée.

LE MARÉCHAL OE SAXE

Eh! tout bonnement aussi, vous êtes un héros, mou cher 1

FANFAN

Oh ! oh! ce serait donc sans le savoir.

LE MARÉCHAL DE SAXE

Quel est votre régiment?

Les carabiniers de la Tour d’Avon.

LE MARÉCHAL DE SAXE

OÙ est votre colonel?

FANFAN

C’est moi, mon maréchal.

LE MARECHAL DE SAXE

Ah ! oui je me rappelle cette histoire : vous avez voulu con . tinuer à servir comme simple soldat?

* Voyez Journal de Barbier, tome iv, page 250.

tj.

FANFAN

Dame! soîdat/je suis sur mon terrain et je peux m'y reconnaître. Je laisse la charge èt l’honneur du commandement à mon lieutenant-colonel, un militaire brave et capable, et je me contente de défendre mes os de mon pauvre mieux.

LE MARÉCHAL DE SAXE

Mais alors il est asse* difficile de vous récompenser?

FANFAN, baillant la Yoix.

Excusez-moi, mon maréchal, c'est très-aisé.

« LE MARÉCHAL DE SAXE

Parlez donc.

FANFAN

Tout bas, si Votre Excellence le permet... Oh ! pardon ! je n'oserais jamais faire ce que je fais, si vous n’étiez pas ce que vous êtes; mais, je ne sais pas, on est tout de suite à l’aise avec le génie !

LE MARÉCHAL DE SAXE, le regardant.

Ah ! ah ! Eh bien, voyons, que souhaitez- vous?

FANFAN

Un sauf-conduit pour deux femmes, qui leur permette de sortir de nos lignes ce soir, malgré tout ordre contraire ; car enfin, au camp, vous êtes aussi mailre et plus maître que le roi, et ce laissez-passer peut sauver l’honneur de...

LE MARECHAL DE SAXE

Bien, bien! je n’ai pas besoin d'en trop savoir. Vous avez confiance en moi, j’ai confiance en vous. Vous recevrez le sauf-conduit dans un quart d’heure, (iiaui.) Vous n'avez pas à demander quelque autre chose ?

FANFAN

Si fait , mon maréchal , une nouvelle occasion de vous , servir.

LE MARÉCHAL DE SAXE

Elle se trouvera, je m’y engage.

FITZ-ONNALL.

Elle est trouvée, monsieur le maréchal. Vous m'ordonniez de choisir des hommes éprouvés; je n’en connais pas de plus sûr que celui-ci.

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