‹ Fanfan la tulipe drame en sept actesChapitre 95 sur 121 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

contre moi ! Pourquoi êtes-vous venus ? Qu’cst-ce que vuus voulez faire?

ANGÉLUS

Vous alliez aujourd’hui épouser mademoiselle Blanche de Rosel. Nous venons empêcher cet odieux mariage.

FANFAN

Eh î madame de Pompadoiir n’y peut rien : le roi ne la lecevra même pas; et tu peux encore moins qifclle!

' ANGÉLUS

Si fait, je peux quelque chose.

FANFAN

Et quoi donc?

ANGÉLUS

Essayer de vous ramener d’abord, essayer de vous tuer après.

Ah ! tu me menaces, moi Fanfan, toi Angélus !

ANGÉLUS

Oh ! mais quelle idée vous faites-vous donc de moi? pour quel enfant faible et peureux me prenez-vous? Comment! j’ai dans le cœur un amour, un amour insensé peut-être, mais enfin qui est devenu ma vie et mon âme. Cet amour, ce rêve, mon unique bien, mon unique joie, vous qui vous dites mon ami, mon compagnon, mon frère, vous venez me le voler, vous épousez la femme que j’aime, vous me tuez, enfin 1 vous me tuez! Et puis vous voulez que je sois calme! cl vous vous étonnez qu’il y ait de la colère dans ma voix cl du sang dans mes laines!

FANFAN

Oui, c’est vrai. Angélus, oui, tu as raison, les apparences sont *■ contre moi, j’ai l’air de le trahir. Je prends ta place, n’esl-ce pas? car, c’est positif, je prends ta place ! Alors tu peux te croire en droit de m’accabler, de m’injurier, de me frapper. Tu vois, je te fais ta part, je te comprends, je t’excuse. M ds toi, cependant, t’es-tu demandé aussi pourquoi motif je pouvais accepter vis-à-vis de toi cette situation ten ible? Madame de Pompadour et toi, qui vous disiez mes alliés, mes amis, qui aviez promis

de vous fier à moi, qu'esl-ce que vous supposez donc? Réponds, réponds à ton tour, quelle idée vous faites-vous de moi?

ANGÉLUS

Mon Dieu ! que voulez-vous qu'on suppose? Vous aurez vu, d'une part, la cause de madame de Pompadour compromise , de l'autre, votre fortune faite, la faveur du roi assurée; alors vous aurez été entraîné, ébloui.

FANFAN

Enfin, je suis un misérable et un infâme! Ah! Angélus! Angélus !

ANGÉLUS

Non, eh bien, nm ! tu n'es pas capable de ces abominables calculs ! Non! je te connais, je me souviens, je t’aime. Tiens, je ne menace plus, je supplie. Je ne veux plus douter, je ne demande qu'à croire. — Dis-moi, voyons, dis-moi, ce mariage ne se fera pas, n’est-il pas vrai?

FANFAN

Ce mariage se fera, il faut qu*il se fasse.

ANGÉLUS

Oui, plus tard? à Paris? en gagnant du temps?

FANFAN

Non, ici, aujourd’hui, tout à l’heure.

ANGÉLUS

Malgré toi alors? parce qu’on t’y force?

FANFAN

Non, de mon plein gré, par ma volonté ferme et libre.

ANGÉLUS

Oh! Mais tu vas t’expliquer, tu vas me révéler la cause étrange qui te fait agir ainsi?

FANFAN

Rien ! je ne peux te rien dire ! Il faut que ta confiance en moi soit aveugle. 11 faut, en touchant du doigt ma trahison, que tu croies encore à mon amitié. Je te mets là à une rude épreuve. Mais il me semble que si j’étais à ta place, moi, je croirais. Angélus, crois-moi ! Ce que je parais faire contre toi, je le fais pour toi. — Je ne peux pas non plus te mettre trop sur la voie! — Ne cherche pas! ne raisonne pas ! crois-moi, voilà tout. Accorde-

Page 1