ACTE PREMIER
laissée, et c*est en mon nom qu'on vend son bien I et on le persécute pour m'avoir soutenue de ses bons conseils I
GUILLERETTE
Attendez une minute, notre chère demoiselle, que j'aille le
prévenir, (sile Mi un signe d'intelligence è Angélus et entre dans la maison.) ANGÉLUS.
Ainsi, mademoiselle, il n'y a plus d'espoir, vous allez quitter Rosel?
BLANCHE
Oui, monsieur Angélus, je vais quitter ma chère vallée, le château où a respiré ma mère, ce petit salon bleu...
ANGÉLUS
Près de la fenêtre s'asseyait votre mère vénérée, travaillant à quelque ouvrage pour les pauvres ; vous à sa droite, devant votre petite table ronde; moi à gauche, feuilletant mes cahiers sur mes genoux...
BLANCHE
Vous m'appreniez l'histoire...
ANGÉLUS
C'est votre mère et vous qui m'appreniez à apprendre. Je vous disais ce qu'avaient fait les hommes, les rois, les peuples, et, selon votre approbation ou votre blâme, je les jugeais.
BLANCHE
Vous nous lisiez les poètes...
ANGÉLUS
Et je les comprenais à votre émotion. M™® de Rosel, un esprit si bienveillant, si élevé ! vous un cœur si charmant I Près de vous, dans ces douces causeries qui rapprochaient nos pensées, j'oubliais presque que j'étais un pauvre orphelin sans nom, j'oubliais presque que je n'étais pas votre égal.
BLANCHE
Moi, monsieur Angélus, j'étais, je suis votre obligée. Tout ce que je sais, je vous le dois. Ah I vous ne voulez pas?... Enfin, je vous dois toujours de savoir ce que c*est qu'une âme vraiment noble et belle I
ANGELUS
Ohl... le soleil là-haut, quand il regarde notre monde, le trouve beau peut-être... seulement c'est lui qui le fait beaul
6UILLB1IBTTB, rerenant.
Le grand-père vous attend.
ANGELUS, retenant Blanche du geste.
Mademoiselle!... ah ! je me rappelle ce que madame de Rosel nous disait un soir de M. de Fitz-Onnall : Son père était un aventurier irlandais, qui, après avoir trompé pour l'épouser la sœur de votre mère, avait fait mourir sa femme de douleur. — Et, en fait de cupidité, de ruse et d'audace, le fils, un joueur effréné, dépasse encore le pèrel Mon Dieu ! quand un pareil homme vous contraint si obstinément à le suivre à la cour, à la cour du roi Louis XV, vous si belle et si pure, n'est-il pas permis de lui supposer quelque odieuse arrière-pensée ?
BLANCHE
Mais comment lui résister? Il est mon tuteur et mon dernier parent. Je suis seule au monde. J'avais un grandoncle aux Indes, le duc de Pen-Hoël; on a reçu, il y a un mois, la nouvelle de sa mort. Seule, oui, je vais me trouver seule, perdue dans ces dangers et ces intrigues, sans avoir môme près de moi une figure connue.
GUILLEIIETTE.
Allez, mademoiselle, il y en aura toujours une I
BLAN€HE
Laquelle?