ACTE II
MAUREPAS
Sera de démontrer clairement au roi comme sa maîtresse est peu populaire.
En vérité, je vous admire, monsieur le comte : vous ne négligez pas plus les petits moyens que les grands...
MAUREPAS
Rien n'est négligeable et rien n'est petit en guerre. Nous sommes dans le coup de feu. Je suis aujourd'hui ministre; mais, dans un mois, c'eât Saint^Florentin qui le sera si, dans un mois, madame de Pompadour n'est renversée — et remplacée.
FITZ-ONNALL.
Moi de même; je suis ruiné; et si, dans un mois, je n'ai pas relevé mes affaires, je n'ai plus qu'à disparaître.
MAUREPAS
Eh bien ! mon cher allié, il s'agit de brusquer les événements. Apprenez une chose : le maréchal de Saxe pousse la campagne en Flandre avec une activité du diable, et il va falloir que le roi rejoigne l'armée bien plus tôt qu'on ne pensait, sous deux ou trois jours peut-être,
FITZ-ONNALL.
Diable I mais ce départ soudain dérange tout notre plan.
MAUREPAS
Il le sert. Le roi ne manque plus une soirée chez la reine depuis l'arrivée à Versailles de votre charmante pupille; il me parlait d'elle hier encore avec ravissement. Seulement, vous connaissez les scrupules de notre vertueux monarque : la belle enfant n'est pas mariée ! Il faut qu'elle le soit, et dans le plus bref délai. Vous lui avez signifié déjà que le roi désire le mariage, mais non pas que vous seriez le mari. Vous hésitiez encore^ n'hésitez plus. Le roi part pour l'armée ; vous l'y
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suivez, puisque tous êtes major général; tous emmenez Toire fiancée, et tous Tépousez au camp. Nous avons eu soin, nous, de retenir à Paris M"*« de Pompadour. La marquise et Saint-Florentin sont battus, et le pouvoir est toujours à nous.
PITZ-ONNALL.
A nous? c'est-à-dire à vous, monseigneur. Mais, si je vous aide à le garder, le pouvoir — vous m'aiderez, n'est-ce pas, à reconquérir la fortune?
MAUREPAS
Penh I je ne tends, moi, qu'à un but élevé, par des moyens honorables. Et la fortune...
PlTZ-ONNALL.
Vous êtes riche, monsieur le comte I
MAUREPAS
Oh I je ne vous refuse pas mes offices. Voyons, vous me les demandez, je crois, contre la très puissante Compagnie des Indes ?
FITZ-ONNALU
Je ne vous les demande pas précisément pour moi. Le doc de Pen-Hoël, notre grand-oncle maternel, est mort récemment, laissant ses millions à la Compagnie ; mais elle n'y aurait plus aucun droit si Ton retrouvait son héritier direct, son petit-fils, autrefois perdu.
Et vous m'avez dit que vous l'aviez retrouvé tout à point, ce précieux héritier. Mais alors c'est à lui, et à lui seul, que va revenir l'héritage?
FITZ-ONNALL.
Sans doute. Seulement, ce parent qui n'avait rien, qui n'était rien, et qui, grâce à moi, va se trouver marquis de la