ACTE IL
MADAME DE POMPADOUB.
Je vends de la cire à cacheter... de la vraie cire d'Espagne, à toute la cour de France.
FANFAN
Euh !... Ça me va. Mais, la grosse question: Avez-vous... avez-vous un mari ? ou un amoureux ?
MADAME DE POMPADOUB.
Aïe 1 aïe I
FANFAN
Ne rions plus 1 ne rions plus I (sue rit plus fort ii la pousse du coude.) Ne faites donc pas la coquette I c'est sérieux 1 j'en ai le respirer coupé.
MADAME DE POMPADOUB.
Pauvre garçon 1 c'est vrai qu'il a l'air tout ému. Eh bien...
FANFAN
Eh bien?
MADAME DE POMPADOUB.
Eh bien, voilà la vérité : j'appartiens.
Brr 1 envolée I C'est toujours la môme chose I Fanfan, mon ami, tu n'as pas de chance; tu as beau mettre écriteau là : Cceur à prendre, on te fait toujours la môme réponse : Cœur occupé I Ah ! saperlotte 1 c'est dommage I vous êtes encore le plus gentil oiseau bleu que j'aie vu filer à tire d'ailes.
MADAME DE POMPADOUB, le menagant du doigt.
Ah I VOUS avez eu déjà plusieurs amours ?
FANFAN
Plusieurs, oui, mais pas encore un seul. Mais, de ce coup-ci, mon cœur, tout de bon, battait la diane. Oui, là, vous m'alliez ! et il me semble que je vous allais 1
03 rANFAN LA TULIPE.
MADAME DB rOMPADOUR.
Qui sait?
FAIfPAN.
11 n'y faut plus penser, n'est-ce pas?
MADAMB DB POMPADOUR.
Non.
FANFAN
N'y pensons plusl — (nfradonae.) Chantons lœlaminil chantons isetamina I
MADAME DB POMPADOUR
Au moins, vous en prenez votre parti gaiement !
FANFAN
Vous croyez ? ■— Je me rappelle toujours une parole de feu la mère Panel, qui a été ma nourrice : Fanfan, tu es né en bas, tu seras pauvre, tu n'es point sot et point mauvais, et, pour toutes ces raisons-là, je prévois une chose, c'est qu'en ce monde ton mot d'ordre va être : Souffrir. Eh bien, sais-tu, mon garçon, ajoutes-y un autre petit mot, et dis-toi : Souffrir gaiement. On force de sel les mauvais ragoûts; relève les chagrins de bonne humeur, chante au danger et ris à la peine I — Et, tant que je peux, je suis le conseil de la bonne femme, je souffre... ahl je souffre I mais je souffre gaiement!
MADAME DE POMPADOUR
Brave cœur I Tenez, faute de mieux, voulez-vous mon
amitié ? (EUe lul tend la mnin.)
FANFAN
Votre amitié I oh ! de bien bon cœur ! — Mais, mécliante, vous me faites ce que je vous ai fait : vous ne m'offrez que le dessert I