‹ Fanfan la TulipeChapitre 58 sur 126 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

QUESNAY, BOUCHER, GABRIEL, artistes et gens de cour, attendent, debout, causant entre eux. Deux ralets en grande livrée ouvrent la porte du rez-de-chaussée. Entre MADAME DE POMPA- DOUR.

QUESNAY

... Messieurs ! voici madame la marquise, (n va au-devant d'elle.)

MADAME DE POMPA DOUR, après avoir salué, redescendant avec Quesnay.

Monsieur de Maurepas n*est pas encore venu, docteur ?

QUESNAY

Non, madame ; il n'y a là que votre cour accoutumée, avec Boucher, votre peintre, et votre architecte Gabriel... Vous ne m'entendez pas, madame? Quelle pensée plisse votre front?

MADAME DE POMPADOUR, relevant vivement la tète.

Est-ce que je plissais le front, docteur? Ohl vous faites bien de m'en avertir, mon ami ! Si un autre que vous s'en était aperçu! — Voyez-vous, docteur, la cabale de monsieur de Maurepas est au moment de l'emporter, je me sens sous le coup d'une prochaine disgrâce, on nomme et on

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salue déjà cette jeune fille qui va, dit-on, me remplacer dans le cœur du roi, enfin je tous parle la mort dans Tàme. Mais on me regarde là4)as, et je vous parle le sourire aux lèvres ! ^ parce que mon sourire, c'est ma seule arme à moi ; parce que me montrer soucieuse, ce serait m*avouer vaincue ; parce que, si je tombe et si je meurs, je dois encore tomber dans ma grâce et mourir avec coquetterie... On ne le voit plus du tout, ce vilain pli, n'est-ce pas?

QUBSNAY.

Non, vous êtes radieuse, pauvre femme 1 et vous pouvez vous laisser voir sans crainte à votre cour.

MADAME DB POMPADOUR

Bien 1 maintenant regardez, philosophe, comme les maitresses de roi ont la souffrance enjouée. (Haut.) Approchez

donc, messieurs, approchez, (tom rentcurent; qoelquef-uns lui Daisent

u mafn.) Eh bien, vous savez la grande nouvelle, heureuse et triste à la fois : le roi quitte Versailles demain. Monsieur le maréchal de Saxe appelle sa Majesté en Flandre pour y gagner leur bataille annuelle. Il y a deux ans, c'était Fontenoy; Tan dernier, c'était Rocoux... Je vous dirai, dans un mois, le nom de la nouvelle victoire. Et pour la célébrer, messieurs, je compte donner à Choisy une grande fête, avec comédie et masques. Occupez-vous du projet tout de suite, monsieur Boucher, nous n'avons pas trop de temps à nous.

BOUCHER

Je m'y mettrai dès aujourd'hui, madame.

MADAME DE POMPADOUR prend une feuiUe sur une table.

Ah I tenez, j'ai achevé ma gravure, d'après votre dessin du Temple de l'Amitié. Qu'en dites-vous, mon confrère ?

BOUCHER

Je dis, madame, que toutes les fois que je me vois gravé par vous, je suis content de moi.

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