ACTE IV
FAN FAN, revenant.
Vous blesser, moi ! Oh 1 madame, je suis un pauvre diable, mais, là, en vérité, un bon diable 1 Seulement, il faut comprendre aussi... Depuis que je vous ai vue, je ne sais plus du tout où j'en suis, je rêve tout debout, je vas dans la nuit, je vis dans la fièvre. Enfin, tout à Tlieure, on me dit votre nom, — le petit, le gentil. Ah! voilà la lumière! Et vite j'accours, gaiement, comme au feu. Mais je tombe sur votre autre nom, le gros, le terrible. Qu'est-ce que vous voulez ? je m'en allais, je me sauvais, parce que... c'est stupide à moi... je soufire. J'ai vu tout d'un coup entre nous deux comme un précipice. J'étais déjà — ne riez pas l — j'étais jaloux ! jaloux à l'aveuglette, jaloux de quelqu'un d'inconnu. Je sais de qui à présent, je sais de qui I
MADAME DE POMPADOUR
Mon pauvre garçon!..,
F A N F A N , doulooreusemen t.
Ah ! madame ! vous vous êtes donc moquée de moi hier ? Et — vous m'avez fait venir, estr-ce que c'était pour vous moquer encore ?
MADAME DE POMPADOUR
Non, je voulais tout simplement présenter au roi mon protecteur.
Ah ! oui, au roi 1 C'est juste ! il me semble qu'hier vous m'avez dit quelque chose comme ça. Mais alors pourquoi m'avoir caché votre vrai nom ?
MADAME DE POMPADOUR
Vous m'avez bien caché le vôtre 1 On vous appelait marquis tout à l'heure : qu'est-ce que cela signifie ?
FANFAN
Ah I oui, une jolie comédie, parlons-en 1 Voilà monsieur
100 FANFAN LA TOLIPE.
de Fitz-Onnall qui prétend que je suis son cousin, et marquis de... de... enfin un nom à créneaux. Mais je viens de ressayer, mon cousin : il est faux 1 II se moque de moi ou il se sert de moi, mais je réponds qu'il me trompe.
MADAMB DB POMPADOUR.
Dans quel intérêt le baronnet inventerait-il cette parenté?
FANFAfi»
Oui, qu'est-ce qu'il veut ? dans quel piège me pousse-t-il ? dans quelle intrigue est-il en train de me fourrer malgré moi?
MADAME DB POMPADOUR
Vous ne vous en doutez pas ?
Ma parole, non ! et c'est un drôle d'effet, allez, pour un gaillard de mon encolure, de se sentir manié, tiré, de ci, de là, comme un pantin, sans savoir à quoi on sert. Mais je le saurai, vive Dieu ! je me dépêtrerai ! et je vous jure qu'alors le pantin donnera du fil à retordre à son propriétaire 1
MADAME DE POMPADOUR
Tout ceci est pourtant assez étrange.
FANFAN
Allons, bon 1 est-ce que vous me croyez d'accord avec l'Irlandais, par hasard? Il ne me manquait plus que çal vous vous défiez de moi, à présent?
MADAME DE POMPADOUR
Je me défie?... Ehl ce n'est pas ma faute, vous voyez bien, c'est mon supplice I c'est ma misère I c'est ce qui me sépare de tout ce qui m'approche I c'est ce qui fait qu'hier je ne me suis pas nommée à vous : je voulais pouvoir vous croire. Je me défie?... Mais — vous parliez de pièges et d'intrigues... — Songez donc que je vis entourée d'intrigues et pièges. Je me défie ?. . . Si je vous disais que je me défie de moimôme, oui, de mes sentiments, de mes pensées, de ma pâleur