ACTE IV
MADAME DE POMPADOUR
Oh ! songez-y, quel que soit rhomme qui accepte un tel mariage, ce ne peut être qu'un misérable I
PANFAN.
Un gredin, oui, un parfait gredin ! C'est bien pourquoi je ne le crains pas, moi soldat.
MADAME DE POMPADOUR
Eh I mon pauvre ami, si vous n'aviez à lutter que contre cet homme, ou contre le baronnet, ou môme contre le ministre I mais au fond votre véritable adversaire, c'est...
FAN FAN
Qui donc?
MADAME DE POMPADOUR
Le roi.
FANFAN
Eh bien, le roi, soit!
MADAME DE POMPADOUR
Qu'est-ce que vous dites là, malheureux?
FANFAN
Ah dame ! aussi I le roi ! le roi I toujours le roi ! Qui est-ce qui veut ce mariage de M^"® de Rosel? le roi! Qui soutient votre ministre et mon cousin ? le roi ! Qui est ce maître auquel vous appartenez? le roi! A la fin, le roi m'ennuie!
MADAME DE POMPADOUR, riant.
11 est superbe!... Allons, votre assurance me gagne. C'est entendu, mon allié, nous combattrons ensemble.
FANFAN
Victoire! la cousine est sauvée, et le roi... le roi n'est pas mon cousin !
MADAME DE POMPADOUR
Mais, attendez ! je ne vous veux pas pour allié seulement.
VoQS aviez accepté d'être Tami d'Antoinette, il faut que vous soyez l'ami de M"** de Pomi>adour«
FANFAN
Oh! ce n'est pas la même chose.
MADAME DE POMPADOUR
Eh! si, vraiment! il se peut que demain madame de Pompadour ne soit plus qu'Antoinette. Je veux que vous soyez mon ami, vous dis-je, je me le suis promis dès hier. Ouï, quand je vous ai vu si brave, si bon, si gai, portant si légèrement la vie, qui m'est parfois si lourde, je me suis dit tout de suite : Voilà une main ferme et loyale sur laquelle on aimerait à s'appuyer; voilà, dans ce temps faux et pervers, un cœur sincère où il serait charmant d'avoir sa place. — Voyons, vous pouvez bien me donner la main, et mettre un peu de votre cœur dedans, (sue loi tend u main.)
FANFAN, lignant la main de côté.
Ah! madame, c'est bien tentant, mais aussi c'est bien glissant ! Je serai votre serviteur, votre épée, tant qu'il vous plaira; mais votre ami? — Vous ne risquez rien, vous; mais moi, si la tête me tourne? Franchement, je voudrais encore, de temps en temps, chanter le jour et dormir la nuit. Et vous devriez me laisser battre un peu en retraite. — Vrai, c'est déjà tard ! c'est déjà tard 1
MADAME DE POMPADOUR
Poltron!... Allons, la main! la main! et l'amitié avec ! Il n'y a pas à dire, je la veux, cette amitié ! et je l'aurai, et promptement, et pour toujours ! — On ne me refuse pas, monsieur 1
FANFAN
Ah 1 si vous me parlez avec ces manières-là! Sans compter que, justement, vous me prenez par mon faible : j'aime l'amitié ; c'est mon luxe. Je vous disais que j'avais déjà un ami — qui est très au-dessus de moi par l'esprit et par le savoir..*