ACTE PREMIER
d'aumont.
Je venais vous saluer.
LUCRÈCÇ.
Vous êtes bien aimable.
D'AUMONT, montrant l'épée.
Mais qu'est-ce que cela ?
LUCRÈCE
C'est une épée... je vais prendre ma leçon... (Elle indique à gauche la salle d'armes.) Tenez, voyez... je suis en tenue de salle, et Zizi me sert de mur...
Lucrèce et Zizi croisent le fer.
d'âUMONT.
Vous tirez admirablement !
LUCRÈCE
Il le faut bien... dans mon ménage, c'est moi qui suis l'homme! D'ailleurs l'escrime est à la mode... toutes les femmes de race en font; ça développe... ça affermit... et puis, ça empêche les hommes de plaisanter.
D'AUMONT, abasourdi.
Certainement, voilà un point de vue...
LUCRÈCE, à Zizi.
Zizi, va prévenir le maître et attends-moi. (zizi entre dans la maison; à d'Aumont.) Je viens travailler ma botte italienne... car je vais avoir une affaire d'honneur.
d'aumont.
Vous?
LUCRÈCE
Oui. Vous savez si je suis vertueuse, vous qui avez essayé inutilement de me détourner de mes devoirs?
d'aumont.
C'est vrai.
Lucrèce lui passe machinalement son épée.
LUCRÈCE
Eh bien, il y a un homme qui depuis treize... ou quatorze heures peut se flatter de la chute d'un ange.
Elle se cache le visage.
D'AU MONT
Ciel! (Minaudant.) Vous auriez pu... me donner la préférence.
LUCRÈCE
Gourmand !. . Ah ! c'est une histoire étonnante que j'ai besoin de me répéter pour y croire. Cela s'est passé cette nuit à Saint-Germain.
D'AU MONT, à part.
Cette nuit, à Saint-Germain! j'y étais.
Au pavillon de Bombonne.
D'AUMONT, à part.
J'y étais.
LUCRÈCE
J'avais envoyé Zizi, ma camériste, pour y chercher un objet quelconque... Elle revient effarée en m'apprenant que le pavillon était habité.
d'aumont.
Par une femme.
LUCRÈCE
Comment le savez-vous ?
d'aumont.
Dame ! je suis chef de la police.
LUCRÈCE
C'est juste! Une femme, me dis-je, mon mari me trompe! C'est invraisemblable, mais c'est vrai... Alors, furieuse, je m'élance, j'arrive, j'interroge et j'apprends bientôt que M. de Bombonne avait donné le matin même asile à une