ACTE PREMIER il
FRONDEYILLC.
Oui, il m*a écrit... j'ai reçu la lettre il y a une heure... jo ne pouvais pas t'en parler devant les firëdif.
Il s'assied inr 1« canapé.
BIRNHEIH.
Et il n est pas content, papa?
FRONDEVILLE
Non, pas content.
BIRNHEIM,
Ahl
11 boit.
FRONDEVILLE
Il est furieux, môme...
BIRNHEIM.
Ëh bien, il a tort...
FRONDEVILLE
J'en suis persuadé, quant à moi...
BIRNHEIM.
Oui, il à tort... il ne veut pas tenir compte des circonstances... voilà son tort... Il me dit toujours de suivre sonexemple, il veut que je fasse comme il a fait, lui, je le demande un peu si c'est la même chose. Papa, je ne le lui reproché pas, bien entendu, mais enfin papa avait un père qui n'avait pas le sou, moi j'ai un père qui a dix millions.
FRONDEVILLE
Gela fait une différence.
BIRNHEIM.
Voilà ce qu'il ne veut pas comprendre, et pour quelques malheureux cent mille francs... et puis j'ai une théorie, moi c'est que la vie tout entière d'un homme df^pend de la première femme que cet homme a rencontrée... Eh bien, voilà où papa a eu de la veine, il est tombé sur une femme admirable... Il est tombé sur maman... moi, je suis tombé sur...
FUONDEVILLE.
Faniiy Lear t
BIRNHEIH.
Oui, Fanny Lear... Et si je suis tombé sur celle-là, c'csi la faute à papa. (Stupéfaction de Froadeviiie.) Certainement; si papa ne m'avait pas envoyé à Londres pour étudier la haute banque, je ne serais pas allé à Drury-Lano le jour même de mon arrivée... et si je n'étais pas allé à I)rury-Lane«,«
FRONDKVILLE.
Tu n'aurais pas vu Fanny Le<ir qui, ce soir-là, y jouait la comédie.
BIBxNUEIM.
Oui. . . Elle avait dix huit ans alors. . . et elle jouait Nérissa dans \o Marchand de Venise ... Nérissa, la suivante de Portia... Tu le rappelles?
FEONDEVILLB.
Faiblement.
BIBNUEIM.
Elle jouait Nérissa, et elle disait : Aoh!... Ce qu'elle di.^aiten anglais veut dire en français que le véritable bonheur est dans la médiocrité. Cette phrase me perdit, mon ami. Il me sembla que ce n'était pas Nérissa qui venait de parler, mais*bien Fanny Lear elle môme, et que cette phrase était un programme, j entrevisse rêve de ma vie, un amour grand commmele monde, dans un cottage grand comme la main, avec des sandwiches et du thé. Dix minutes après Nérissa recevait un billet de moi, et au bout d'une année... Ahl j'ai adoré bien des femmes, à Paris^ n'est-ce pas ? J'en ai tant adoré que c'est tout au plus si je me rappelle les noms...
FRONDEVILLE
Papa se les rappelle, lui...
BlRNHEIlf.
Eh bien, toutes ces femmes-là, mon ami, je ne le leur aurais pas dit à elles, mais je puis te le dire à toi, toutes ces femmeslà, c'était bien la même chose que Fanny Lear, si tu veux... mais ce n'était pas ça...
FRONDEVILLE
Toutes lui ressemblaient, ce n'était jamais elle!...