ACTE TROISIEME
SCÈiNE IX LA MARQUISE, FRONDEVILLC.
LA MARQUISE
Eh bien, voyons, maintenant que nous sonames tous les deux seuls, dites-moi un peu...
FRONDEVILLB.
Il s*agit de mademoiselle de Noriolis.
LA MARQUISE
Je pensais bien I
FRONDEVILLB.
Vous savez que madame de Frondeville l'avait prise avec elle?...
LA MARQUISE
Je sais... puisque c'est à madame de Frondeville que monsieur de Noriolis a dû écrire, lorsqu'il a désiré que sa petilefiUe revînt près de lui...
FRONDEVILLE
Vous savez TafTection de ma femme pour Geneviève et sa douleur lorsqu'il a fallu se séparer ?...
LA MARQUISE
Si je ne sais pas, je devine... Ohl je devine très-bien... mais, si vive que puisse être l'affection d'une famille étrangère... ne parait-il pas tout simple que mademoiselle de Noriolis préfère vivre dans sa famille, à elle?...
FRONDEVILLE
Aussi n'est-ce pas précisément pour la garder près de nous que nous songeons à vous redemander Geneviève, c'est pour la marier.
LA MARQUISE
Pour la marier î
FRONDEVILLE
Ouil
LA MARQUISE
Moi aussi, j'ai pensé à cela.
FRONDEVILLE
Et vous avez quelqu'un en vue, peut-être ?
LA MARQUISE
Oui, mais cela ne fait rien, cela ne fait rien du tout... Et, pour être agréable à madame de Frondeville, je ne demande pas mieux...
FRONDEVILLE
Vraiment?...
LA MARQUISE
Vraiment!...
FRONDEVILLE
Oh! mais nous allons nous entendre en cinq minutes, alors... vous êtes une excellente personne, au fond.
LA MARQUISE
Je ne suis pas méchante, mais j'ai beaucoup de... beaucoup de résolulion... comment dites-vous... beaucoup de ténacité... Oui, c'est ténacité qu'i} faut dire... Je suis tenace. — Avec qui voulez-vous la marier?...
FRONDEVILLE
Avec monsieur de Callières, ce jeune homme que vous avez vu là, tout à l'heure.
LA MARQUISE
Ah !... il m'a paru très-bien, ce jeune homme — et il aime Geneviève ?
FRONDEVILLE, après un instant d'hésitation.
Énormément !
LA MARQUISE
Ah I tant mieux !.. . je suis bien aise qu'il Taime beaucoup, je suis bien aise...
FRONDEVILLE
Excellente famille... Quant à sa fortune, elle est considérable... près de deux cent mille livres de rentes maintenant, et il aura plus.