‹ Fantasio comédie en trois actes, en prose d'Alfred de MussetChapitre 43 sur 50 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

LE PRINCE, MARINONI sans |HiTuquo. (On nnteinl la voit du priuer.)

LE PRINCE

Non, non, laisse-moi me démasquer, (il entre en scène furieus tenant Marinoni par la imin.) Il CSt temps que j’éclate. Cela ne se passera pas ainsi. Feu et sang!... une perruque royale au bout d’un hameçon ! Sommes-nous chez les barbares, dans les déserts de la Sibérie? y a-t-il encore sous le soleil quelque chose de civilisé cl de convenable? .l’écume de colère, et les yeux me sortent de la tète.

MAIIINOM.

Vous pertlez tout par cette violence. v

LE PlIINCE.

Et ce père, ce roi de Bavière, ce monarque vanté dans tous les almanachs de l’année passée ! cet homme qui a un extérieur si décent, qui s’exprime en termes si mesurés, et qui se met à rire en voyant la perruque de son gentlre voler dans les airs! Car enfin, Marinoni, je conviens que c’est ta perruque qui a été enlevée ; mais n’estce pas toujours celle du prince de Mantoue, puisque c’est lui que l’on croit voir en toi? Quand je pense que si c’eût été moi, en chair et en os, ma perruque aurait peutêtre... Ah ! il y a une Providence; lorsque Dieu m’a envoyé tout d’un coup l’idée de me travestir; lorsque cet éclair a traversé ma pensée : « Il faut que je me travestisse, » ce fatal événement était prévu par le destin. C’est lui qui a sauvé de l'affront le plus intolérable la tête qui gouverne mes peuples. Mais, parle ciel ! tout sera connu. C’est trop longtemps trahir ma dignité. Puisque les majestés divines et humaines sont impitoyablement violées et lacérées, puisqu’il n'y a plus chez les hommes de notions du bien et du mal, puisque le roi de plusieurs milliers d’hommes éclate de rire comme un palefrenier à la vue d’une perruque, Marinoni, rends-moi mon habit.

Page 1