A QUELQUES AMIS, CHOISIS
L'heure est dure, je souffre d'elle ;
Que faire pour m'en consoler ?
J'écris quelques lignes nouvelles
Et crois avoir volé
Par ce moyen à la mélancolie
Le droit qu'elle avait de m'étreindre...
— Hypocrite ! n'est-ce pas feindre
En chantant d'oublier le mal dont tu souffris ?
— Oui, mais un long moment de douce paix s'ensuit. Par divertissement, j'épouse des querelles Etrangères, je songe à celles
Qu'aux jours passés je défendis ;
Je me retrouve avec des camarades
Bien vivants en mon souvenir,
D'un geste spirituel, je m'évade
Loin du monde sans cœur qui veut me retenir ;
Ainsi, je reprends du courage
Et je me ressaisis ;
Voilà pourquoi je parle dans ces pages
De quelques amis, choisis.
Et maintenant, je pars ! adieu !
J'aime mieux vivre
Près d'une lampe, avec un livre,
Que d'agoniser sous vos yeux.
Sans déranger ami ni prêtre,
(Et sans mourir), demain matin, j'aurai l'honneur
De ne plus être
Votre très humble serviteur.