PREMIER QUARTIER
Lune ! c'est donc toi ! je te croyais morte ?
Lève encore un peu ta corne qui luit !
Par quel soupirail, cheminée ou porte,
As-tu pu rentrer au sein de la nuit ?
Tu semblais si maigre, ô ma pauvre amie !
Je me résignais à ne plus te voir,
Et je me disais : « Elle est réunie
Aux astres défunts du firmament noir. »
Car il est, au ciel, un lieu de retraite
Pour les derniers jours des étoiles d'or.
Où les feux éteints des vieilles planètes
Goûtent le repos près des soleils morts.
— Puisque te voilà, donne-moi ta bouche
Dont l'arc recourbé sourit sans repos.
Mais ferme, un instant, ton œil blanc qui louche :
Ce regard gelé me glace les os.
Veillé par Riegel et par Betelgeuse,
Je veux sommeiller entre tes bras nus
Et boire le lait d'une nébuleuse.
Et goûter le miel d'un rêve inconnu.
Je veux caresser la lyre des brises Que tenait jadis Phébus Apollon, Et danser le long de la routegrise Oià courait Hermès aux divins talons.
— Afin d'obtenir ces sublimes choses, Quels sont, ô Phœbé, mes premiers devoirs ? Il faut, me dis-tu, dédaigner les roses ?
Ne plus respirer les parfums du soir ?
Oublier les jeux du soleil sur l'onde,
Les jeux des ruisseaux, des flammes, de l'air.
Et, quand un orage au ciel jaune gronde.
Ne plus me baigner dans les purs éclairs ?
Ne plus adorer les lèvres des femmes.
Ne plus m abriter sous les tournesols.
Et ne plus chanter des épithalames
Pour les noces d'or de mes rossignols ?
Oublier l'étang qu'une étoile irise,
Les émois obscurs, les chères douleurs
Dont l'angoisse est douce et la peine exquise.
Oublier aussi le contour des fleurs ?
— Faut-il renoncer à la vie humaine Pour revivre au sein du subtil éther ? Ah! tes caresses au front des sirènes !
Tes lueurs de jade au ras de la mer ! — Faut-il donc mourir ? Eh bien, soit ! Silence ! Adieu !... Je m'en vais sommeiller, un temps. Et les traits d'argent, Phœbé, que tu lances Me réveilleront au fond de l'étang.